L’Ontario refuse d’accueillir plus de travailleurs étrangers, malgré la pénurie de main-d’œuvre
L'Ontario a rejeté une proposition d'Ottawa et refusera d'autoriser les entreprises rurales à recruter davantage de travailleurs étrangers temporaires pendant l'été. Le ministre de l'Immigration de l'Ontario, David Piccini, a confirmé que la province n'était pas disposée à augmenter le nombre de travailleurs étrangers employés dans les zones rurales. M. Piccini a invoqué le taux de chômage des jeunes pour justifier cette décision. Le taux de chômage des jeunes en Ontario a augmenté au cours des trois dernières années. Près de 15 % des Ontariens âgés de 15 à 24 ans sont sans emploi.
Ottawa recommande une augmentation
La proposition fédérale a été annoncée en début d'année par Emploi et Développement social Canada. À l'origine, le programme avait été conçu comme une mesure temporaire destinée aux provinces et territoires confrontés à de graves pénuries de main-d'œuvre dans les régions rurales. Dans le cadre de cette initiative, les provinces pourraient demander l'autorisation permettant aux employeurs éligibles de conserver leur effectif actuel de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire et de relever le plafond autorisé de main-d'œuvre à 15 % jusqu'en mars 2027. Actuellement, ce plafond est fixé à 10 %. Les responsables fédéraux ont déclaré que cette politique visait à répondre aux défis particuliers auxquels sont confrontées de nombreuses communautés rurales pour recruter et retenir des travailleurs, tout en maintenant des mesures de protection. Les employeurs sont tenus de démontrer qu'ils ont d'abord tenté d'embaucher des Canadiens et des résidents permanents.
Les Canadiens doivent toujours être prioritaires pour les emplois disponibles.
– Emploi et Développement social Canada
L'Ontario rejette la proposition
Contre toute attente, l'Ontario a immédiatement rejeté cette proposition. Le ministre de l'Immigration, David Piccini, a clairement indiqué que l'Ontario cherchait à réduire sa dépendance vis-à-vis des travailleurs étrangers temporaires, et non à l'accroître. Lors d'une conférence de presse à Kitchener, M. Piccini a clairement indiqué que l'Ontario n'était pas intéressé par l'élargissement de son programme de main-d'œuvre étrangère, invoquant le problème chronique de la province à attirer des travailleurs dans les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre. M. Piccini a adressé une lettre à la ministre fédérale de l'Emploi, Patty Hajdu, pour faire officiellement savoir que la province se retirait du programme. Selon M. Piccini, bien que cette proposition puisse faciliter les choses et réduire les coûts pour les entreprises, elle n'apporte aucune aide aux Ontariens.
Au cours des dernières années, l'expansion rapide du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) a eu un impact évident et néfaste sur les perspectives d'emploi des travailleurs ontariens, en particulier des jeunes cherchant à faire leurs premiers pas sur le marché du travail
– David Piccini
M. Piccini a proposé des stratégies alternatives, affirmant que la province préférait investir dans des solutions à long terme plutôt que dans des mesures palliatives. L'Ontario prévoit de s'attaquer à ce problème par le biais de voies d'immigration permanentes, tant régionales que provinciales, qui aideront les employeurs à pourvoir les postes en forte demande et à attirer des travailleurs qualifiés dans les communautés rurales, tout en protégeant les travailleurs locaux. M. Piccini a souligné la nécessité de doter les Ontariens des compétences nécessaires pour occuper les emplois habituellement occupés par des travailleurs étrangers temporaires. S'il a certainement raison de mettre l'accent sur la nécessité de « renforcer les compétences » de la jeune main-d'œuvre ontarienne, la province est également confrontée à des milliers d'emplois vacants.
Selon Restaurants Canada, le secteur de la restauration compte actuellement 58 000 postes vacants, un chiffre qui devrait atteindre 105 000 d'ici 2030. La pénurie se fait davantage sentir dans les zones rurales. Bien que les travailleurs étrangers temporaires ne représentent qu'environ 1,5 % du secteur, selon Restaurants Canada, ils ont constitué une bouée de sauvetage pour le secteur de la restauration au cours des trois dernières années. David Pierce, vice-président des relations gouvernementales à la Chambre de commerce du Canada, s'est exprimé sur la question. M. Pierce a affirmé que, s'il est important de soutenir l'emploi des jeunes, toute une série de facteurs influencent les déficits d'emploi.
Comme le montrent nos recherches, la situation n'est pas aussi simple que le laisse entendre le discours dominant selon lequel les travailleurs temporaires prendraient les emplois des Canadiens qui les souhaitent,
– David Pierce
Que sont les travailleurs étrangers temporaires ?
Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) est un programme fédéral canadien qui permet aux employeurs de certains secteurs d'embaucher des travailleurs étrangers temporaires à bas salaire lorsqu'ils ne parviennent pas à trouver des Canadiens qualifiés pour effectuer le travail. Ce programme est géré conjointement par Emploi et Développement social Canada (EDSC) et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Avant qu'un employeur puisse embaucher un ressortissant étranger dans le cadre du PFTE, il doit généralement obtenir une étude d'impact sur le marché du travail (EIMT). Ce document atteste de la nécessité de recourir à un travailleur étranger temporaire. L'employeur doit prouver qu'il a déployé des efforts raisonnables pour recruter localement et qu'il offre un salaire et des conditions de travail équitables. Il doit également démontrer qu'il a préalablement tenté d'embaucher un citoyen canadien.

Pour les employeurs de l'Ontario, le plafond relatif aux travailleurs étrangers temporaires restera fixé à 10 %. Bien que le gouvernement provincial ait la possibilité de revoir sa position, il semble peu probable que Doug Ford revienne sur sa décision. Les entreprises rurales qui espéraient bénéficier d'un relèvement de ce plafond continueront d'opérer dans le cadre de la limite actuelle de 10 %, tandis que les exemptions sectorielles déjà en vigueur pour des secteurs tels que les soins de santé, la construction et l'agroalimentaire ne sont pas affectées. Alors que la pénurie de main-d'œuvre continue de toucher une grande partie de l'Ontario rural, la décision de la province garantit que le débat sur l'équilibre entre les besoins en main-d'œuvre et les priorités en matière d'emploi local n'est pas terminé ; il ne fait que commencer.