Une bataille juridique opposant deux des plus grandes entreprises technologiques mondiales menace de bouleverser le secteur de l’intelligence artificielle, en pleine évolution. Ce qui avait commencé comme un partenariat étroit a dégénéré en une confrontation judiciaire mêlant allégations de vol de secrets commerciaux, d’anciens ingénieurs d’Apple et de technologies matérielles confidentielles. Ce litige a déjà suscité des réactions publiques de la part de personnalités éminentes de la Silicon Valley et pourrait avoir des conséquences durables sur l’avenir de l’innovation en matière d’IA.
La fin d'un partenariat
L’offensive juridique lancée par Apple contre OpenAI a transformé l’un des partenariats les plus importants de la Silicon Valley en une bataille judiciaire aux enjeux considérables. La plainte fédérale, déposée le 10 juillet, allègue qu’OpenAI s’est livrée à une action coordonnée visant à obtenir les secrets commerciaux les plus précieux d’Apple par l’intermédiaire d’anciens employés et de relations d’affaires. Cette affaire survient quelques semaines seulement avant l’introduction en bourse très attendue d’OpenAI, ce qui en fait d’emblée l’un des litiges juridiques les plus suivis du secteur technologique.
Les accusations fracassantes d'Apple
Selon la plainte déposée devant les tribunaux fédéraux, Apple accuse OpenAI d’avoir cherché à obtenir des informations confidentielles afin d’accélérer la concrétisation de ses propres ambitions en matière de matériel grand public. La société affirme que les agissements présumés concernaient des documents techniques exclusifs, des conceptions de produits non encore commercialisés, des techniques de fabrication ainsi que des informations confidentielles relatives à la chaîne d’approvisionnement qui, selon Apple, représentent des années de recherche et de développement ainsi que des milliards de dollars d’investissement.
Les allégations de Chang Liu
L’une des principales allégations d’Apple concerne l’ancien ingénieur Chang Liu. Selon la plainte, M. Liu aurait découvert, après avoir rejoint OpenAI, une faille d’authentification interne permettant d’accéder aux fichiers techniques d’Apple stockés dans le cloud. Apple affirme qu’il a téléchargé de nombreux documents confidentiels, dont un document technique de plus de 1 000 pages, au lieu de signaler cette faille de sécurité par les voies appropriées.
Accusations portées contre Tang Tan
La plainte cite également Tang Yew Tan, ancien vice-président de la conception produit chez Apple, chargé des principaux programmes liés à l’iPhone et à l’Apple Watch. Apple affirme que M. Tan a encouragé les ingénieurs d’Apple passant des entretiens chez OpenAI à apporter des composants matériels lors de ces entretiens afin de les présenter dans le cadre de démonstrations. La plainte indique en outre qu’il aurait conseillé, via des applications de messagerie privée, à des employés sur le point de quitter l’entreprise comment transférer des fichiers tout en contournant les contrôles de sécurité internes d’Apple.
La chaîne d'approvisionnement au cœur du système
Au-delà des anciens employés, Apple accuse OpenAI d’avoir indûment cherché à obtenir des informations confidentielles relatives à la fabrication par l’intermédiaire de l’un de ses partenaires de production exclusifs. Selon la plainte, OpenAI aurait fait valoir qu’Apple avait autorisé ce fournisseur à divulguer un procédé exclusif de finition des métaux en plusieurs étapes. Apple fait valoir que cette technique était protégée par des accords de confidentialité stricts et constituait l’un de ses avantages concurrentiels les mieux gardés en matière de fabrication.
Défendeurs cités
La plainte déposée par Apple cite comme défendeurs OpenAI, ses entités à but non lucratif et commerciales, la start-up spécialisée dans le matériel informatique io Products, récemment rachetée par OpenAI, ainsi que Tang Yew Tan et Chang Liu. Selon la plainte, les agissements présumés reflétaient une stratégie institutionnelle plutôt que des actions isolées de la part de certains employés. Apple soutient que l’objectif était de réduire considérablement les délais de développement du matériel d’OpenAI, alors que la concurrence s’intensifie sur le marché des appareils grand public dotés d’intelligence artificielle.
OpenAI riposte
OpenAI a rejeté les allégations d’Apple et a déclaré qu’elle comptait se défendre avec vigueur devant les tribunaux. L’entreprise affirme respecter les droits de propriété intellectuelle et examine actuellement la plainte avant de déposer sa réponse officielle. Cette action en justice intervient néanmoins à un moment crucial, alors qu’OpenAI poursuit son expansion au-delà des logiciels pour se lancer dans le matériel grand public, suite à son acquisition d’io Products.
Un moment décisif
Le moment choisi pour cette action en justice a particulièrement retenu l’attention, car elle intervient à peine quelques semaines avant l’introduction en bourse prévue d’OpenAI. Apple soutient que l’utilisation abusive présumée d’informations confidentielles aurait conféré à OpenAI un avantage concurrentiel déloyal dans le cadre du développement de nouveaux produits matériels susceptibles, à terme, de concurrencer directement l’écosystème d’appareils grand public d’Apple.
Altman répond
La bataille juridique s’est rapidement étendue aux réseaux sociaux après qu’un utilisateur d’X a écrit : « Sam Altman n’avait pas peur d’Elon, mais il est terrifié par Apple. Ça se voit à toutes ses publications d’aujourd’hui. » Altman a répondu directement en écrivant : « Je n’ai pas peur d’Apple, mais j’ai un immense respect pour cette entreprise. C’est une entreprise de premier plan. » Sa réponse a rapidement fait le tour de la communauté technologique alors que les discussions autour du procès s’intensifiaient.
Musk se joint à la lutte
Elon Musk est également intervenu en publiant : « Après avoir volé une association caritative spécialisée dans l’IA open source, tu as ensuite volé toute la technologie mobile d’Apple ! Waouh », avant d’ajouter : « Il élève l’arnaque à un tout autre niveau. » Altman a répondu : « Mon pote, c’est toi qui vends aux investisseurs du marché boursier des centres de données spatiaux à court terme. » Musk a alors rétorqué : « On commencera à les faire voler l’année prochaine. Tu pourras peut-être venir les voir si ton agent de probation donne son accord. Après avoir volé une association caritative spécialisée dans l’IA open source, tu as ensuite volé toute la technologie des téléphones d’Apple ! Waouh. Qu’est-ce que tu prévois comme bis ? C’est difficile à surpasser. » Musk n’est pas partie au procès intenté par Apple, et ses commentaires sont indépendants des poursuites judiciaires.
Une affaire historique dans le domaine de l'IA
À mesure que la procédure judiciaire avance, cette affaire devrait devenir l’un des conflits phares en matière de propriété intellectuelle de l’ère de l’IA. Apple réclame des dommages-intérêts et demande au tribunal d’interdire toute utilisation ou divulgation ultérieure des informations confidentielles qui, selon elle, auraient été obtenues de manière abusive, tandis qu’OpenAI prépare sa défense. L’issue de cette affaire pourrait avoir des répercussions non seulement sur les entreprises concernées, mais aussi sur la manière dont le secteur technologique protège ses secrets d’affaires, alors que la concurrence pour développer la prochaine génération de matériel d’IA s’intensifie.