- Les maires passent à l'offensive.
- Les villes veulent plus de pouvoir.
- Les Québécois posent une condition claire.
- Des factures colossales se profilent.
- Les chefs devront répondre présent.
Pendant que les cinq chefs se battent pour attirer l'attention des électeurs, une autre force politique s'installe au centre du jeu. Aujourd'hui, au Sommet électoral de l'Union des municipalités du Québec, les maires ont placé leurs propres priorités sur la table et demandé aux partis de préciser ce qu'ils comptent réellement faire pour les villes. Et cette fois, difficile de répondre en restant dans les grandes formules de campagne.
Le message est particulièrement clair dans un nouveau sondage Léger commandé par l'UMQ. 87 % des répondants souhaitent que les nouvelles responsabilités confiées aux municipalités soient accompagnées du financement nécessaire. Près de trois Québécois sur quatre estiment aussi qu'une plus grande autonomie municipale pourrait ultimement mener à de meilleurs services.
Autrement dit, les citoyens semblent prêts à donner davantage de responsabilités aux villes, mais pas à leur remettre une facture supplémentaire avec le même paquet cadeau.
Et les dossiers ne manquent pas. Logement, itinérance, mobilité, infrastructures, développement économique, adaptation aux changements climatiques… une bonne partie des enjeux qui dominent la campagne se retrouve déjà dans les bureaux des maires.
Le problème, c'est que les villes ont beau être aux premières loges, elles n'ont pas toujours les moyens qui vont avec. L'UMQ rappelle notamment que les municipalités sont responsables d'une très grande part des infrastructures publiques, tout en dépendant largement de l'impôt foncier pour leurs revenus.
Aujourd'hui, les cinq chefs devront donc parler aux maires. Mais surtout, ils devront leur dire jusqu'où ils sont prêts à aller.
Quand les villes demandent les clés
Le mot « autonomie » peut sembler abstrait dans une campagne électorale. Sur le terrain, il devient pourtant très concret. Qui décide du logement? Qui finance les infrastructures? Qui intervient en itinérance? Qui paie lorsque les responsabilités augmentent?
L'UMQ veut justement revoir ce partage des rôles et des moyens. Son rapport sur la fiscalité municipale souligne les limites d'un modèle où environ 70 % des revenus municipaux proviennent de l'impôt foncier, alors que les villes portent une part considérable des infrastructures publiques.
Et les citoyens semblent suivre. Le sondage dévoilé aujourd'hui montre une confiance importante envers les municipalités et une volonté de leur donner davantage d'outils.
Le message aux cinq chefs est donc assez simple. Les villes sont prêtes à prendre leur place, mais elles ne veulent pas seulement recevoir de nouvelles responsabilités. Elles veulent aussi les moyens de les assumer.
Le nerf de la guerre
Il y a d'ailleurs une question qui risque de revenir dans plusieurs promesses électorales : combien coûtera cette autonomie?
Parce que donner davantage de pouvoirs aux municipalités peut sembler séduisant, mais derrière chaque compétence transférée se cache une facture. Et celle-ci finit toujours quelque part.
Les infrastructures offrent déjà un aperçu du défi. L'UMQ estime à plus de 50 milliards de dollars le déficit de maintien des actifs municipaux. Plus tôt cette semaine, un autre sondage Léger commandé par l'organisation révélait aussi que 57 % des Québécois craignent que l'accès à l'eau potable devienne problématique au cours des dix prochaines années.
Voilà pourquoi le rendez-vous d'aujourd'hui dépasse largement le monde municipal. Les maires ne demandent pas simplement plus de place à la table. Ils demandent de pouvoir agir une fois assis.
Et dans cette campagne où chacun promet de prendre les choses en main, les villes viennent rappeler une réalité toute simple : pour avoir les clés, encore faut-il avoir les moyens de payer le loyer.