L’Empire romain s’étendait autrefois sur une grande partie de l’Europe, de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, laissant derrière lui un héritage historique si riche que nous en parlons encore des milliers d’années plus tard. D’ailleurs, l’expression « mon Empire romain » est devenue sur Internet une façon abrégée de désigner ce sujet auquel on ne peut tout simplement pas s’empêcher de penser ou de parler, et je dois avouer que j’ai moi-même plusieurs « Empires romains » ! Mais l’Empire romain devient encore plus fascinant dès lors que l’on dépasse le cadre des empereurs, des gladiateurs et des conquêtes pour s’intéresser à la vie des gens ordinaires. Leurs lois pouvaient régir tout, depuis ce que l’on portait pour le dîner jusqu’à la fréquence à laquelle on pouvait ramasser les fruits tombés dans le jardin de son voisin. Voici 20 lois romaines qui me rendent très reconnaissante que personne ne vérifie la quantité d’or que je porte ni si j’ai mis un pantalon aujourd’hui.
1. Si tu portes un pantalon à Rome, tu vas perdre tout ce que tu possèdes
Alors que les pantalons étaient monnaie courante dans tout l’empire, ils étaient interdits dans la ville de Rome. Quelle histoire ! En 397, 399 et 416 de notre ère, les empereurs Honorius et Arcadius ont promulgué des décrets interdisant le port des pantalons et des bottes de style germanique, les contrevenants s’exposant à la confiscation de leurs biens et à l’exil définitif. Ces décrets visaient à protéger les symboles de l’identité romaine (la toge et la tunique) plutôt qu’à refléter un acte de folie.
2. Des femmes ont bloqué l'accès au Forum pour protester contre un plafond sur l'or
L’année suivant la cuisante défaite de Rome à Cannes en 216 av. J.-C., le Sénat promulgua la Lex Oppia, qui limitait les possessions en or des femmes à une demi-once, interdisait les garnitures pourpres sur les vêtements et interdisait aux femmes de se déplacer en charrette à Rome et dans ses environs, sauf pour accomplir des rites religieux. Bien que des impôts fussent prélevés sur l’ensemble de la population pour faire face aux besoins de la guerre, ce décret ne visait que les femmes. Vingt ans plus tard, en 195 av. J.-C., les femmes bloquèrent avec succès le Forum, forçant l’abrogation de la Lex Oppia malgré les objections de Caton l’Ancien. On peut dire sans risque de se tromper qu’elles en avaient assez.
3. Non, les créanciers romains ne démembraient pas leurs débiteurs
Les lois sur la dette de la Rome antique étaient très sévères, mais elles n’étaient pas aussi effroyables que le prétend une légende circulant sur Internet. Un débiteur dont la dette était confirmée disposait de 30 jours pour s’acquitter de celle-ci ; passé ce délai, il pouvait être enchaîné et placé en détention privée pendant 60 jours, nourri d’au moins une livre de céréales par jour, puis exhibé lors de trois jours de marché avant d’être légalement vendu comme esclave de l’autre côté du Tibre. Ils n’étaient pas « découpés », comme l’a souligné un érudit spécialiste de l’Antiquité ; l’expression traditionnelle « couper en parts » faisait référence aux parts de créances. C’était déjà suffisamment sinistre sans que les réseaux sociaux n’exagèrent les choses.
4. On ne pouvait pas enterrer d'or, sauf dans ses dents
Les Douze Tables, l’un des tout premiers recueils de lois écrits de la Rome antique, interdisaient aux Romains d’enterrer ou d’incinérer de l’or avec les défunts, afin de limiter les fastes funéraires excessifs. Une exception curieuse prévoyait toutefois que les fins fils d’or placés dans la bouche des défunts, utilisés pour fixer les dents qui bougeaient, pouvaient être conservés. Les dentistes étrusques et romains utilisaient en effet des fils d’or pour stabiliser les dents qui bougeaient et pour fixer des dents artificielles.
5. Pleurer lors d'un enterrement romain n'a jamais été illégal
On prétend parfois que les Douze Tables interdisaient aux femmes de pleurer lors des funérailles romaines, mais ce n’était pas les pleurs en eux-mêmes que la loi interdisait, comme l’a souligné un écrivain romain. Ce qu’elle visait, c’étaient les manifestations de chagrin hautement théâtrales chez les femmes, accompagnées de la pratique rituelle consistant à se lacérer les joues jusqu’au sang et à entonner des chants de lamentation. Toute cette mise en scène pouvait même prendre un caractère compétitif, puisque ces actions étaient souvent exécutées par des pleureuses professionnelles engagées à cet effet. Le chagrin était acceptable ; le problème, c’était d’en faire tout un spectacle.
6. Vends ton fils trois fois, et tu le perdras pour toujours
Toujours selon les Douze Tables, un père devait vendre son fils comme esclave à trois reprises avant de perdre son autorité légale sur lui. Les filles et les petits-enfants ne devaient être vendus qu’une seule fois. Cela semble brutal. Mais sous la République romaine, les juristes ont fait preuve de créativité à ce sujet : le processus de vente s’est transformé en une cérémonie permettant aux pères d’émanciper leurs fils adultes, en procédant à trois ventes simulées afin de les libérer légalement de l’autorité paternelle.
7. Une chanson méchante pourrait te valoir d'être battu à mort en boîte de nuit
Écrire ou réciter des vers diffamatoires constituait un acte si grave qu’il s’agissait d’un crime passible de la peine capitale à l’époque des Douze Tables. La peine prévue était la mort par coups de gourdin. À l’époque de la fin de la République, cependant, les sanctions s’étaient assouplies pour se transformer en lourdes amendes prononcées à l’issue de procès civils pour injure. Les lois s’étaient assouplies au fil du temps, mais la menace que représentait un poème diffamatoire, elle, n’avait pas diminué.
8. L'interdiction du mariage qui a déclenché une révolte
Inscrit dans les Douze Tables, l’interdiction des mariages mixtes entre patriciens et plébéiens ne dura que cinq ans. Après que les plébéiens eurent menacé de faire sécession de Rome, un tribun nommé Caius Canuleius fit adopter une loi en 445 av. J.-C. abrogeant cette interdiction. Cette restriction matrimoniale visait à préserver l’accès des patriciens à la richesse et aux fonctions sacerdotales.
9. Trois nuits passées hors de chez elle ont permis à une épouse de conserver ses biens
En droit romain, si le mari et la femme vivaient ensemble pendant 365 jours, le mari acquérait le contrôle total du patrimoine de son épouse. Cependant, l’épouse pouvait échapper à ce transfert de biens, comme le prévoyaient les Douze Tables, en s’absentant du domicile conjugal pendant trois nuits consécutives chaque année — ces trois nuits d’absence remettaient en quelque sorte à zéro le compte à rebours des 365 jours. Techniquement, cette action ne mettait pas fin au mariage ; il s’agissait simplement d’une formalité visant à garantir que le patrimoine reste au sein de la famille d’origine de l’épouse.
10. Les perruques blondes étaient une obligation légale, pas une question de style
Pour les travailleuses du sexe romaines, les perruques blondes constituaient un signe distinctif officiel. Comme les femmes romaines avaient rarement les cheveux blonds naturels et que la couleur blonde était associée aux captives étrangères, la loi municipale obligeait les travailleuses du sexe à se teindre les cheveux ou à porter des perruques blondes pour signaler leur statut. Il leur était également interdit de porter la stola, réservée aux matrones respectables, et elles devaient s’habiller d’une toge de style masculin ou de vêtements de couleur safran. Même la Rome antique avait un code vestimentaire très précis.
11. À Rome, on avait même légiféré sur l’arbre fruitier de son voisin
Les Douze Tables stipulaient que toutes les branches en surplomb devaient être élaguées jusqu’à une hauteur de 15 pieds au-dessus du sol ; à défaut, le voisin pouvait les élaguer et conserver le bois. De même, si des fruits tombaient sur le terrain du voisin, le propriétaire pouvait y pénétrer un jour sur deux pour les ramasser sans se rendre coupable d’intrusion. Des siècles plus tard, le code de Justinien reprit ces mêmes règles.
12. Auguste a accordé aux pères davantage de droits de mise à mort qu’aux maris
Les personnes reconnues coupables d’adultère étaient punies par la confiscation de la moitié de leurs biens ainsi que par l’exil. La loi d’Auguste sur l’adultère obligeait les maris à divorcer de leurs épouses infidèles, sous peine d’être poursuivis pour proxénétisme. La loi accordait aux pères le droit de tuer leur fille et son amant s’ils étaient surpris ensemble dans leur maison, tandis que le mari n’était autorisé à tuer que les amants de condition modeste s’ils étaient surpris chez lui.
13. Pas d’assignations à comparaître, alors Rome t’a fait crier à la place
À l’époque romaine, si un témoin refusait de témoigner, il n’existait aucun moyen de l’y contraindre, mais les Douze Tables offraient une solution juridique. On avait le droit de se rendre tous les trois jours au domicile du témoin réticent, de se poster devant sa porte et de lui crier des accusations. En substance, on humiliait le témoin afin qu’il témoigne pour sauver sa réputation. Cette mesure s’appliquait toutefois aux témoins officiellement désignés ; il ne s’agissait pas d’un « joker » permettant de harceler n’importe qui.
14. Les défendeurs malades ont eu droit à un chariot, pas à une calèche
Un défendeur cité à comparaître devant le tribunal devait se présenter immédiatement ; à défaut, il pouvait y être traîné de force. Si l’homme était trop âgé ou trop malade pour marcher, le plaignant devait fournir une charrette ouverte ou un animal de trait, mais une calèche agréable, confortable, couverte et rembourrée n’était jamais exigée. Si le défendeur voyageait dans le confort, ce n’était qu’à la discrétion de son accusateur. Il était obligatoire de se présenter au tribunal ; rendre le trajet confortable ne l’était pas.
15. À Rome, ce ne sont pas seulement les hôtes qui ont été sanctionnés, mais aussi leurs invités
Des interdictions visant les dîners somptueux, tant au niveau local qu’à l’échelle de l’Italie, furent adoptées à plusieurs reprises, car les gens continuaient à les ignorer. La Lex Fannia limitait les dépenses consacrées aux repas à 10 asse la plupart des jours, à 30 les jours de marché et à 100 lors des fêtes ou des mariages. Les fruits de mer de luxe furent interdits, tout comme le vin étranger. Une loi ultérieure rendit également les invités légalement responsables, de sorte qu’ils étaient condamnés à une amende au même titre que les hôtes.
16. Ton esclave a cassé quelque chose ? Fais-le-moi livrer
Une dette pouvait être éteinte par le transfert définitif de la propriété d’une personne vivante ou d’un animal. Par exemple, le chef de famille romain était strictement responsable des dommages causés par ses esclaves, ses enfants ou ses animaux. Si nécessaire, cette responsabilité pouvait être éteinte soit en versant des dommages-intérêts à la victime, soit en cédant à celle-ci l’esclave, l’enfant ou l’animal fautif.
17. Rester célibataire, ça coûte cher : la « taxe sur les célibataires » d’Auguste
En l’an 9 de notre ère, les deux consuls qui ont instauré une version de la loi sur le mariage d’Auguste étaient eux-mêmes célibataires de longue date. La loi obligeait les hommes âgés de 25 à 60 ans et les femmes âgées de 20 à 50 ans à se marier et à avoir des enfants, sous peine de sanctions financières. Les célibataires n’avaient pas le droit de recevoir d’héritage de la part de personnes sans lien de parenté, et les couples sans enfant devaient céder la moitié de certains legs au Trésor public. Il n’y avait pas de peines d’emprisonnement, seulement des sanctions en matière d’héritage. L’ironie de voir deux célibataires invétérés introduire cette loi est difficile à manquer !
18. La loi qui empêchait les filles de familles aisées de toucher d'importants héritages
Le droit des femmes à posséder des biens et à hériter se poursuivit sans encombre ; la loi soutenue par Caton l’Ancien, la Lex Voconia, se contentait d’interdire aux citoyens les plus fortunés de Rome (ceux possédant 100 000 sesterces ou plus) de désigner une femme, même leur fille unique, comme héritière dans leur testament. Les legs de moindre importance en faveur des filles restaient toutefois autorisés.
19. Les jeux de dés sont illégaux toute l'année, mais légaux pendant une semaine en décembre
Dans la Rome antique, les paris sur les jeux de hasard, en particulier les jeux de dés, étaient illégaux, sauf pendant les Saturnales, une fête célébrée en décembre. Il était toutefois possible de parier tout au long de l’année sur des épreuves sportives telles que la lutte et la course à pied. Un tenancier de taverne qui autorisait les jeux d’argent dans son établissement renonçait à son droit d’intenter une action en justice s’il venait à être victime d’un vol ou d’une agression par la suite.
20. Tue ton père, fais-toi enfermer dans un sac
Dans le droit romain, le parricide — le meurtre d’un proche parent — était considéré comme un crime particulier contre nature, et non simplement contre la famille. Dans sa forme la plus aboutie sous l’Empire, le condamné était battu puis cousu dans un sac en cuir aux côtés d’un chien, d’un coq, d’une vipère et d’un singe, la tête recouverte d’une peau de loup et les pieds chaussés de bottes en cuir brut. Il était ensuite jeté dans un cours d’eau, ce qui lui interdisait d’être enterré en terre romaine. Tous ces éléments n’étaient pas utilisés dès le début, mais sous l’Empire, les quatre animaux étaient employés, ce qui en faisait l’un des châtiments les plus sévères du droit romain.
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