Vous est-il déjà arrivé d’avoir un fou rire si violent que vous en aviez mal au ventre et aux côtes ? Eh bien, il s’avère que cela peut littéralement vous tuer. Si vous ne me croyez pas, découvrez Sir Thomas Urquhart, chevalier écossais du XVIIe siècle, écrivain et excentrique invétéré, qui a d’ailleurs trouvé la mort d’une manière tout aussi excentrique. On raconte qu’il aurait ri si fort en apprenant une « bonne nouvelle » que cela l’aurait tué ! Voyons de plus près comment cela a bien pu se produire.
1. Une riche famille des Highlands lui a assuré un avenir sans souci
Thomas Urquhart est né en 1611 à Cromarty, dans les Highlands écossais, au sein d’une longue lignée de propriétaires terriens aisés. Sa famille régnait sur la région depuis des générations. Dans ces conditions, tout lui avait déjà été pratiquement offert sur un plateau d’argent.
2. À l'université à 11 ans, parce que pourquoi attendre, n'est-ce pas ?
À l’âge de 11 ans, Urquhart est entré au King’s College d’Aberdeen. Oui, onze ans ! Quoi qu’on puisse dire de lui par la suite, il n’était manifestement pas un imbécile, même s’il a, en réalité, passé sa vie à se comporter comme tel.
3. Un grand tour de luxe à travers l'Europe
À la fin de ses études, Urquhart entreprit un « Grand Tour », qui le conduisit en France, en Espagne et en Italie. Il s’agissait en substance d’une année sabbatique réservée aux plus fortunés, au cours de laquelle ils mêlaient découverte de différentes cultures, visites touristiques et démonstration de richesse. « Se la péter », comme disent les jeunes aujourd’hui. Il s’imprégna des idées et des langues européennes avant de rentrer chez lui, en Écosse, en 1636.
4. La bataille au nom le plus ridicule de l'histoire
De retour chez lui, Urquhart se plongea dans le chaos politique écossais. Il devint un royaliste convaincu. En 1639, il combattit un groupe appelé les « Covenanters » lors d’une bataille dont le nom compte parmi les plus célèbres de l’histoire (juste après « La Grande Puanteur de Londres », sans doute) : la « Trot of Turriff ».
5. Le roi Charles Ier l'a fait chevalier
En récompense de sa loyauté et de sa participation aux combats (les royalistes l’emportèrent, soit dit en passant), Urquhart fut adoubé par le roi Charles Ier le 7 avril 1641, à la Whitehall Gallery de Londres, et prit ainsi le titre de Sir Thomas Urquhart.
6. Cet héritage cachait un piège de taille
En 1642, le père d’Urquhart est décédé et lui a légué les vastes domaines familiaux. Cela semble formidable, jusqu’à ce qu’on apprenne qu’il a également hérité d’énormes dettes en plus de ces terres. Ainsi, au lieu d’un gain inattendu et confortable, il s’est retrouvé avec un véritable casse-tête financier.
7. Fuir ses dettes, au sens propre du terme
Pour régler ses dettes, Urquhart a fait ce que n’importe quelle personne sans scrupules aurait fait : il a quitté le pays. Il a séjourné sur le Continent, en partie pour échapper à ceux à qui il devait de l’argent.
8. Le premier ouvrage de cet excentrique était un manuel de mathématiques
En réalité, Urquhart a publié un ouvrage en 1645. On aurait pu s’attendre à ce qu’il écrive sur n’importe quel autre sujet que les mathématiques, mais c’est pourtant ce qu’il a fait. Cet ouvrage, intitulé Trissotetras, traitait de la trigonométrie en s’appuyant sur la théorie des logarithmes.
9. Son style d'écriture déroutant faisait en quelque sorte partie de son image de marque
Urquhart avait un style bien à lui, et ce style était, disons, assez chaotique. Il adorait utiliser des mots étranges, grandiloquents et inventés de toutes pièces, souvent au point de rendre le texte presque illisible. Mais tout cela est voulu. Pensez simplement à la personne la plus prétentieuse que vous connaissiez, celle qui n’arrête pas d’utiliser des mots qu’elle a pour ainsi dire sortis d’un dictionnaire des synonymes. C’est exactement lui, et je ne serais pas surpris si « grandiloquent » était en réalité son deuxième prénom.
10. Sa rébellion contre Cromwell lui a valu d'être qualifié de traître
Aussi turbulent qu’il soit, Urquhart ne pouvait tout simplement pas rester à l’écart des ennuis. À ce stade, c’est comme une malédiction. En 1649, il prit part à un soulèvement royaliste contre les forces d’Oliver Cromwell près d’Inverness. Comme on peut s’en douter, cela ne s’est pas bien passé. Les États du Parlement écossais, réunis à Édimbourg, le déclarèrent officiellement traître pour cette raison. Il était donc d’abord chevalier, puis débiteur, ensuite auteur excentrique, et désormais… un homme recherché.
11. Encore une défaite, cette fois-ci à Worcester
Loin d’être du genre à abandonner un camp en déroute, Urquhart soutint Charles II en 1650 et marcha avec son armée jusqu’à la bataille de Worcester en 1651. Ce fut toutefois un désastre. Les forces de Cromwell écrasèrent complètement les royalistes.
12. Cap sur la Tour de Londres
Après la défaite de Worcester, Urquhart fut capturé et emprisonné à la Tour de Londres. C’était l’une des prisons les plus redoutées du pays. Et pour aggraver encore davantage une situation déjà désastreuse, il perdit ses manuscrits et vit les domaines de sa famille confisqués. Sa liberté, son écriture et son foyer : tout cela disparut d’un seul coup. Aïe !
13. La prison n'a pas empêché la signature de contrats d'édition
Même enfermé à la Tour de Londres, après avoir tout perdu ou presque, Urquhart n’a cessé d’écrire, d’écrire et d’écrire encore, et de publier des livres. C’est là qu’intervient la chanson « Non-Stop » de la comédie musicale Hamilton.
14. Cet arbre généalogique remonterait, semble-t-il, jusqu’à Adam
L’un des livres d’Urquhart, écrit en prison, était un ouvrage généalogique qui avançait une affirmation complètement farfelue. Il y retracait l’histoire de sa lignée familiale jusqu’à Adam et Ève. Oui, Adam, le tout premier être humain de la Bible ! Mais selon cette logique, ne sommes-nous pas tous les descendants d’Adam et d’Ève ?
15. C'est à lui que l'on doit l'un des plus grands plaidoyers littéraires de l'Écosse
En 1652, Urquhart publia également un recueil en prose défendant l’honneur de l’Écosse, dont le titre interminable était généralement abrégé en « The Jewel ». Bon, je vais vous donner le titre complet : « Ekskybalauron : ou La découverte d’un joyau des plus exquis ». Son héros s’inspirait d’un véritable aventurier écossais connu sous le nom d’« Admirable Crichton ». Ainsi, pour couronner le tout, ce chevalier endetté et excentrique a contribué à défendre la réputation de l’Écosse par l’écrit. Quelle envergure !
16. Puis Cromwell l'a tout simplement laissé partir
Contre toute attente, ce sont les forces mêmes qui avaient emprisonné Urquhart qui l’ont libéré. En 1652, Cromwell accorda à Urquhart une libération conditionnelle, lui permettant de retourner brièvement à Cromarty avant de repartir finalement pour le continent vers 1653.
17. Une nouvelle langue parfaite, sans les mots
En 1653, Urquhart publia son projet de langue universelle parfaite que tout le monde pourrait utiliser. Il n’y avait qu’un seul petit problème… ce projet ne comportait aucun vocabulaire concret. Il décrivait cette langue si extraordinaire avec une telle richesse de détails, mais affirmait que les mots eux-mêmes figuraient dans un immense manuscrit qui avait été perdu après la bataille de Worcester. Peut-être s’agissait-il d’un des premiers témoignages du « minionais » ? Qui sait !
18. Bien sûr, il a rejeté la faute sur les agents de recouvrement
Plutôt que d’admettre que son « langage sans mots » (quel drôle d’oxymore) était inachevé, Urquhart a trouvé un bouc émissaire : ses créanciers. Il a affirmé que ceux qui le harcelaient pour récupérer leur argent l’avaient distrait et l’avaient empêché de mener à bien son chef-d’œuvre linguistique.
19. Son plus grand succès a été la traduction d'une comédie française grivoise
Malgré tous ses projets farfelus, l’œuvre la plus respectée d’Urquhart était en réalité une traduction. Il a transposé en anglais le roman français déjanté, drôle et grivois Gargantua et Pantagruel de François Rabelais, et on la considère encore aujourd’hui comme l’une des traductions les plus vivantes et originales jamais réalisées. Bien sûr, cet homme obsédé par les langages étranges et ludiques allait produire une version légendaire du livre le plus joyeusement bizarre de l’Europe de la Renaissance ! Cela n’a rien de très surprenant en soi.
20. Et puis, selon certaines sources, il serait mort de rire
Selon une légende de longue date, Urquhart vivait à l’étranger en 1660 lorsqu’il apprit que Charles II avait été rétabli sur le trône. La nouvelle l’aurait apparemment tellement réjoui qu’il éclata d’un fou rire si violent qu’il en mourut sur le coup. Malgré le scepticisme que cela peut susciter, tout ce que je peux dire, c’est que, quoi qu’il en soit, quelle façon de partir !
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