Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé lundi qu’il ouvrait une enquête sur une vidéo ayant fait le tour des réseaux sociaux cette fin de semaine, soit la simulation de l’exécution à la guillotine du ministre du Travail, Jean Boulet. Le corps policier refuse toutefois de préciser si cette enquête a été déclenchée à la suite d’une plainte, rapporte La Presse. Cet acte a été commis lors de la manifestation pour la Journée des travailleurs, qui a rassemblé des milliers de personnes samedi à Montréal.
L’organisation derrière la simulation se défend
Sur les images, on aperçoit un manifestant trancher la tête d’une marionnette bâillonnée qui représente le ministre Jean Boulet, le tout sous les acclamations de la foule. Lui et deux autres personnes piétinent ensuite la tête en carton.
Dans une déclaration transmise aux médias lundi, l’Alliance Ouvrière, l’organisation derrière cet acte, a affirmé que «cette performance carnavalesque rappelait un symbole historique de la colère populaire contre des élites déconnectées».
«La classe ouvrière a fini de s’excuser», lance Alliance Ouvrière
Alliance Ouvrière a également indiqué n’avoir jamais affirmé que la marionnette représentait réellement le ministre Boulet.
«Ce sont les médias et les commentateurs qui l’ont dit. Elle représentait un membre de l’élite générique… et il semble que les politiciens se soient sentis visés», ont-ils écrit. Le groupe a aussi affirmé qu’il pense que «la grande majorité des personnes présentes a compris et soutenu» son message, et qu’il est temps que «le peuple demande des comptes au pouvoir avant que la situation ne s’aggrave».
Il a notamment reproché au ministre Boulet d’avoir «laissé Amazon jeter à la rue plus de 4500 travailleurs» lors de la fermeture de ses entrepôts au Québec, l’an dernier. «La classe ouvrière a fini de s’excuser», a conclu Alliance ouvrière.
Une action «isolée» selon les organisations syndicales
Plusieurs drapeaux d’organisations syndicales sont visibles sur la vidéo en question. Or, le geste a été dénoncé par les grandes centrales syndicales présentes lors de la manifestation. Via une déclaration commune publiée sur X, la CSQ, la CSD, la CSN et la FTQ ont qualifié cette action d’«isolée», dont elles se «dissocient entièrement».
Le rassemblement de samedi «a réuni des milliers de manifestants issus de l’ensemble des organisations syndicales, du milieu communautaire, d’organismes citoyens et d’associations étudiantes, qui ont défilé pacifiquement dans les rues de Montréal, et ce, du début à la fin», ont affirmé les groupes syndicaux.
La classe politique condamne le geste
De nombreux politiciens ont également condamné ce geste, dont la première ministre Christine Fréchette.
«Les syndicats avaient la responsabilité de dénoncer les actes survenus lors d’une manifestation, ce qu’ils ont fait rapidement. Je suis convaincue que nous ferons la démonstration qu’il est possible d’avancer de façon constructive sans violence ou menaces», a commenté sur X Mme Fréchette dimanche.
«Ce type d’action n’a pas sa place dans notre société », a renchéri sur X le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard. «Les Québécois ne sont pas un peuple violent: notre démocratie repose sur le dialogue, la négociation et la conciliation en cas de désaccord.
Des excuses s’imposent pour ces agissements inacceptables.»
Ruba Ghazal, la porte-parole de Québec solidaire, a souligné sur Bluesky que «la violence politique n’a pas sa place en démocratie, peu importe d’où elle vient», et a exigé des excuses de la part des manifestants ayant commis ce geste.
PSPP critique la réaction de Fréchette
En entrevue à LCN, le chef du Parti Québécois Paul St-Pierre Plamondon a salué la décision du Service de Police de Montréal (SPVM) d’ouvrir une enquête sur l’événement lundi, mais a déploré la réaction de Christine Fréchette. Selon lui, la première ministre ne devrait pas se satisfaire de messages dans lesquels les organisations syndicales se dissocient de cet événement.
«Si quelqu’un arrive cagoulé avec une pancarte inappropriée, peut-être qu’on n’y peut rien, mais ici, c’est bel et bien une organisation syndicale qui a bâti une guillotine, qui l’a mise sur place. Il y a des centaines de personnes entourant cet événement-là qui applaudissent. C’est complètement inacceptable», le leader du PQ.