Entre abolition de la TVQ sur certains produits, chèque pour l'épicerie et l'essence et réduction du coût de l'immatriculation, la première ministre Christine Fréchette a annoncé lundi un lot de mesures totalisant 682 millions de dollars afin de pallier la hausse du coût de la vie.
Présent à la conférence de presse, le ministre des Finances, Eric Girard, a indiqué qu'une fois les aides temporaires écartées, les promesses de la première ministre représenteront une dépense permanente de 336 millions de dollars par année pour l'État.
«L'inflation, ça touche tout le monde, a rappelé Mme Fréchette. On doit donner de l'oxygène aux Québécois. On doit donner un coup de pouce financier aux Québécois», a déclaré Mme Fréchette lors d'une conférence de presse dans un supermarché de Sherbrooke lundi après-midi. Les mesures annoncées pourraient représenter une aide globale de 350$ pour une famille avec deux enfants, a-t-elle résumé.
L'abolition de la taxe de vente du Québec (TVQ de 9,975%) entrera en vigueur dès le 15 juillet et s'appliquera sur divers produits d'épicerie et d'hygiène de base, dont les salades de fruits et les plateaux de légumes coupés, les muffins vendus individuellement, les barres tendres ainsi que le papier hygiénique et les mouchoirs.
Le gouvernement estime que ce retrait de la TVQ sur certains produits pourrait faire économiser quelque 50$ par année à une famille de quatre personnes (deux adultes et deux enfants).
Dans ce qui a été annoncé lundi, seule cette détaxation survivra plus d'un an. Le coût de cette mesure est évalué à 102 millions par année.
En ce qui concerne les coûts d'immatriculation, ces derniers seront réduits de 50$ pour un an à compter du 1er septembre. Selon La Presse, ce sont près de 4,9 millions de véhicules immatriculés au Québec qui pourront être admissibles à cette mesure.
Cette mesure, estimée à 245 millions de dollars, sera couverte par les coffres du gouvernement, et non de la Société de l'assurance automobile du Québec, a indiqué le ministre des Transports, Benoit Charette.
À cela s'ajoute le «versement spécial pour l'épicerie et l'énergie» aux personnes bénéficiant du crédit d'impôt pour solidarité. Le montant offert sera de 100$ pour les personnes vivant seules, de 150$ pour les familles monoparentales et de 200$ pour les ménages avec enfant. Ce versement aura lieu le 4 juin prochain, et coûtera 335 millions de dollars. Il toucherait environ 3,5 millions de Québécois, d'après le gouvernement.
Dans ses modalités, cette mesure vient s'ajouter à l'Allocation canadienne pour l'épicerie et les besoins essentiels annoncée par Ottawa en janvier dernier.
Les partis d'opposition et certains analystes politiques ont déploré ces annonces, les qualifiant d'électoralistes.
Un dépassement du budget de 250 millions $
Les nouvelles mesures présentées lundi porteront à 336 millions $ le coût des annonces faites par la première ministre Fréchette depuis son arrivée au pouvoir, à la mi-avril.
Le budget de 250 millions de dollars alloué par le ministre des Finances, Éric Girard, pour les promesses des candidats au leadership de la Coalition avenir Québec (CAQ) ne suffit donc plus à Christine Fréchette.
Plus tôt ce mois-ci, le ministre Girard avait d'ailleurs mis en garde la première ministre qu'elle était en voie de dépasser cette somme dans un courriel consulté par Radio-Canada.

«Je me dois de souligner que je suis inquiet du nombre d'annonces considérées par notre gouvernement depuis votre élection», avait-il écrit. Lors du conseil général de la CAQ le week-end dernier, M. Girard a tenté de relativiser ce courriel, disant qu'il en avait écrit des «milliers» au cours de sa carrière.
La ministre Fréchette s'est justifiée sur cet écart budgétaire lors de la mêlée de presse lundi: «Il y a eu des rentrées d'argent additionnelles, ce qui nous a donné une marge de manœuvre additionnelle. On a eu des recettes rehaussées et des besoins rehaussés, donc on fait concorder les deux.»
Selon le ministre Girard, les mesures respectent la capacité de payer de Québec: «Lorsqu'on prend l'ensemble des mesures que nous avons faites depuis l'arrivée de la nouvelle première ministre, à terme, c'est 336 millions par année, c'est donc 86 millions de plus que ce que nous avions prévu au budget».
«Les dépenses du gouvernement du Québec sont de 165 milliards […], c'est vraiment là un petit montant qu'on absorbe aisément avec des revenus supplémentaires», a-t-il ajouté.
Toujours selon lui, «les finances publiques sont dans un bon ordre», et ce, malgré le déficit de 8,6 milliards annoncé dans son budget de mars dernier. «On a 4% moins de dettes que lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, en proportion de l'économie. Vraiment, la dette est bien gérée. Alors je vous confirme qu'on a la marge de manœuvre pour faire les gestes qu'on fait aujourd'hui», a affirmé M. Girard.
L'inflation est passée de 8 % en 2022 à près de 3 % cette année, mais elle n'a pas pour autant fait baisser les prix à l'épicerie. En outre, le conflit entre les États-Unis et l'Iran a fait bondir le coût de l'essence de plus de 50 % en 13 semaines, a rappelé M. Girard.