Dans un récent article de la Gazette de Montréal, des chercheurs ont constaté que les loyers dans la ville de Montréal ont explosé au cours des dix dernières années, avec une hausse de près de 70 % par rapport à 2016. Montréal est une ville réputée pour son marché locatif abordable, mais une multitude de facteurs a fait grimper les prix ces dix dernières années, et les Montréalais en font les frais. En 2006, le loyer mensuel moyen d'un logement à Montréal n'était que de 617 $. Ce chiffre est passé à 761 $ en 2016, et aujourd'hui, en 2026, le loyer mensuel moyen a grimpé en flèche pour atteindre 1 291 $, soit une augmentation de 70 %.
Montréal n'est plus une bonne affaire
Depuis les années 1970, Montréal avait la réputation d'être une ville abordable pour les locataires. Après avoir perdu son statut de centre économique, les loyers y sont restés bas. Alors que Toronto prenait le relais en tant que centre d'affaires du Canada, les prix y ont grimpé en flèche tandis que ceux de Montréal restaient bas. Selon un rapport de David Wachsmuth, titulaire de la chaire de recherche du Canada en gouvernance urbaine à l'Université McGill, la hausse des loyers à Montréal a considérablement réduit l'écart qui la séparait d'autres grandes villes canadiennes comme Vancouver et Toronto (deux villes connues pour leurs marchés locatifs onéreux).
« Il est important de noter que ce rattrapage s'observe également dans toute la province. Si l'on examine les régions du Canada où les loyers augmentent le plus rapidement, elles se trouvent toutes au Québec »,
-David Wachsmuth
Pourquoi Montréal a-t-elle toujours été abordable ?
Selon M. Wachsmuth, plusieurs raisons expliquent pourquoi Montréal a toujours été moins chère que les autres grandes villes canadiennes. L'une d'elles est l'urbanisme de Montréal. La ville regorge d'immeubles de location de faible hauteur, alors que Toronto et Vancouver s'appuient sur des maisons individuelles et des immeubles en copropriété de grande hauteur. Montréal regorge de logements locatifs. Entre la quantité impressionnante de logements disponibles et l'histoire artistique et culturelle de la ville, Montréal a toujours été en mesure d'offrir des prix plus bas que les autres grandes agglomérations.
Quels sont les facteurs qui font grimper les loyers ?
M. Wachsmuth a donné une multitude de raisons expliquant pourquoi les loyers ont augmenté de manière si spectaculaire. L'une d'elles est la COVID-19 et l'évolution démographique qu'a connue Montréal. Les années qui ont suivi la COVID-19 ont été marquées par une forte croissance démographique et de faibles taux d'inoccupation des logements, ce qui a entraîné une forte hausse de la demande. Francis Cortellino, économiste du logement à la SCHL, a analysé l'évolution de l'offre et de la demande.
« La demande était supérieure à l'offre. On a donc beaucoup de locataires qui cherchent les mêmes appartements »,
-Francis Cortellino
Les propriétaires et les bailleurs, quant à eux, affirment qu'ils sont eux-mêmes confrontés à des pressions financières croissantes en raison de la hausse des taux d'intérêt, des coûts d'assurance, des taxes et des frais d'entretien. Certains propriétaires interrogés en ligne et dans la presse locale ont déclaré s'appuyer fortement sur les lignes directrices du TAL pour déterminer les augmentations, tandis que d'autres ont fait valoir que des hausses plus importantes étaient devenues nécessaires simplement pour couvrir la hausse des coûts d'exploitation liés aux hypothèques et aux services publics. La nouvelle formule du Québec permet également des ajustements supplémentaires liés à certaines dépenses de rénovation, ce qui, selon les défenseurs des locataires, pourrait inciter à des rénovations superficielles visant principalement à justifier des loyers plus élevés.
Il faut également tenir compte de l'impact des recommandations d'augmentation des loyers formulées par le Tribunal administratif du logement (TAL) du Québec, qui suggère aux propriétaires d'augmenter les loyers de 3,1 % en moyenne pour les baux renouvelés entre avril 2026 et avril 2027. Bien qu'inférieures à la recommandation controversée de 5,9 % émise en 2025, les associations de locataires font valoir que ces augmentations restent historiquement élevées à un moment où de nombreux Montréalais consacrent déjà une part importante de leurs revenus aux frais de logement. Le TAL a souligné que cette recommandation ne constitue pas un plafond obligatoire, ce qui signifie que les propriétaires peuvent toujours tenter d'obtenir des augmentations plus importantes en fonction des coûts de rénovation, des taxes et d'autres dépenses liées à des propriétés spécifiques.
Montréal reste en tête par rapport aux autres villes
Malgré la frustration croissante, Montréal reste plus abordable que Toronto ou Vancouver selon de nombreux indicateurs nationaux. Les données de WealthNorth et d'Apartments.com suggèrent que les loyers moyens des appartements de deux chambres à Montréal restent environ 40 % inférieurs à ceux de logements comparables à Toronto. Pourtant, les experts en logement avertissent que les comparaisons d'accessibilité financière n'apportent guère de réconfort aux locataires locaux confrontés à une hausse rapide des coûts par rapport à leurs propres salaires. La pression semble particulièrement forte dans les quartiers du centre-ville, notamment le Plateau-Mont-Royal, Ville-Marie et certaines parties du Sud-Ouest, où la concurrence pour les appartements reste intense malgré une légère amélioration des taux d'inoccupation.
Et maintenant ?

À l'approche de la saison des renouvellements de bail en juillet, de nombreux locataires montréalais doivent désormais faire face à des négociations difficiles avec leurs propriétaires, tout en naviguant entre des règles de logement de plus en plus complexes et des coûts en hausse. En vertu de la loi québécoise, les locataires peuvent refuser les augmentations de loyer proposées et demander à la Commission de location des logements (CLL) de déterminer officiellement un ajustement de loyer équitable, bien que certains locataires affirment craindre des représailles ou des difficultés à trouver un logement à l'avenir si les conflits s'intensifient. Alors que les préoccupations liées à l'accessibilité au logement continuent de dominer le débat politique dans toute la province, la bataille autour des loyers devrait rester l'un des enjeux sociaux et économiques les plus controversés à Montréal tout au long de l'année à venir.