- La détresse des jeunes atteint un sommet préoccupant.
- Les filles sont particulièrement touchées.
- La santé mentale devient un enjeu électoral.
- Les partis multiplient les solutions proposées.
- Prévenir avant la crise devient essentiel.
La santé mentale des jeunes n'est plus le sujet que l'on glisse en bas de la liste lorsqu'on parle d'éducation, de famille ou de santé. À quelques jours du scrutin, elle s'est installée au cœur de la campagne. Et les chiffres expliquent pourquoi.
Chez les jeunes du secondaire, la proportion présentant un trouble anxieux diagnostiqué est passée de 9% en 2010-2011 à 20% en 2022-2023. La santé mentale florissante, elle, a reculé de 47% à 37% entre 2016-2017 et 2022-2023. Chez les filles, le niveau élevé de détresse psychologique atteignait même 57%, contre 25% chez les garçons.
Autrement dit, ce n'est plus une inquiétude abstraite. Cela touche les salles de classe, les familles, les services sociaux, la réussite scolaire et, éventuellement, l'entrée dans la vie adulte.
Pourquoi maintenant? Parce que le problème est devenu suffisamment massif pour que les promesses électorales commencent à dépasser le simple discours sur l'accès aux soins.
Le 23 septembre, Christine Fréchette a annoncé 32,4 millions de dollars pour la santé mentale des jeunes, dont dix nouvelles Aires ouvertes et une commission sur la santé mentale des 6 à 16 ans.
Et ce n'est pas la seule formation à avoir fait de cette réalité un sujet de campagne. Paul St-Pierre Plamondon s'était engagé dès août à s'attaquer à la détresse psychologique des jeunes, tandis que son parti a depuis mis la prévention et la santé mentale au cœur de sa vision du réseau.

Une génération qui demande autre chose qu'un rendez-vous
Le véritable changement se trouve peut-être là. On commence à comprendre que répondre à la santé mentale des jeunes ne consiste pas uniquement à trouver une place chez un professionnel lorsque la crise est déjà installée.
Les Aires ouvertes illustrent cette volonté d'intervenir plus tôt. Elles permettent aux 12 à 25 ans d'obtenir gratuitement, avec ou sans rendez-vous, différents services au même endroit. Près de 12 000 jeunes y ont reçu des services en 2024-2025.
Le débat touche aussi l'école. Le PLQ propose d'ajouter 1 000 ressources spécialisées dans les écoles publiques, dont des psychologues, des psychoéducateurs et des techniciens en éducation spécialisée.
Et derrière ces annonces, une question devient incontournable. Qu'est-ce qui pousse autant de jeunes vers l'anxiété, la détresse ou le découragement?
Les données pointent vers plusieurs réalités qui se croisent. Le sommeil, l'omniprésence des écrans, la pression scolaire, la précarité, l'isolement et les transformations vécues depuis la pandémie font partie du portrait. Près de 41% des élèves du secondaire estimaient d'ailleurs que leur santé mentale s'était détériorée en raison de la pandémie.
Le défi politique sera donc beaucoup plus large que d'ajouter des professionnels. Il faudra aussi agir avant que le jeune arrive à bout de souffle.

Et si le vrai test était d'écouter avant de réparer?
C'est peut-être ce qui explique la place grandissante de cet enjeu dans la campagne. Les jeunes ne demandent pas seulement qu'on soigne ce qui ne va plus. Ils vivent dans un monde où l'avenir paraît parfois lourd à porter, entre le coût de la vie, le logement, les études, l'environnement et une présence numérique constante.
La campagne commence donc à poser une question qui dépasse les promesses de services. Quel Québec sommes-nous en train de préparer pour ceux qui devront y vivre le plus longtemps?
Le prochain gouvernement devra répondre avec des professionnels, certes, mais aussi avec de la prévention, de la stabilité et des portes d'entrée simples vers l'aide.
Parce qu'en santé mentale, attendre que ça craque coûte toujours plus cher que d'apprendre à entendre les petites fissures.
Cette fois, la campagne semble enfin avoir compris que pour prendre soin de l'avenir, il faut finalement de faire de la prévention… avant que la pression ne devienne dépression.
