Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, aurait effectué une visite extraordinaire et hautement secrète à Moscou le 25 août, afin d'adresser un avertissement direct aux responsables russes contre le lancement d'une attaque militaire ou hybride contre un État membre de l'OTAN. Cette mission, qui n'avait pas été annoncée au préalable, a été décrite dans plusieurs articles de presse citant des sources proches du dossier, notamment dans un reportage du Wall Street Journal, et intervient dans un contexte d'inquiétude croissante des pays occidentaux quant aux intentions futures de la Russie à l'égard de l'alliance. Le message de M. Ratcliffe visait apparemment à établir une ligne de dissuasion claire, alors que les responsables du renseignement évaluent la possibilité que Moscou puisse, à terme, tenter de mettre à l'épreuve l'engagement de défense collective de l'OTAN. Bien que la CIA ait refusé de donner publiquement des détails sur cette mission, la décision inhabituelle d'envoyer son directeur en Russie souligne le sérieux avec lequel Washington traiterait ces renseignements.
Au cœur de cet avertissement figurent les craintes que la Russie puisse, à terme, défier l'OTAN sans nécessairement commencer par une invasion conventionnelle de grande envergure. Les responsables des services de renseignement occidentaux auraient envisagé des scénarios impliquant une opération militaire limitée, une cyberattaque, une campagne de sabotage ou une autre provocation hybride destinée à tester si les membres de l'OTAN réagiraient collectivement en vertu de l'article 5, qui considère une attaque armée contre un membre comme une attaque contre tous. Une attention particulière aurait été accordée à l'Estonie, à la Lettonie et à la Lituanie, trois pays baltes membres de l'OTAN limitrophes ou situés à proximité du territoire russe et déjà confrontés à des tensions régionales accrues, notamment des perturbations liées à la guerre électronique et des incidents dans l'espace aérien. La mission de Ratcliffe semble donc avoir porté un message clair : Washington ne veut pas que Moscou se méprenne sur la volonté de l'OTAN de défendre ses membres, même si une future provocation russe était délibérément maintenue à un niveau suffisamment limité ou ambigu pour compliquer la réponse initiale de l'alliance.
« Je peux seulement vous dire que des contacts ont eu lieu par l'intermédiaire des services de renseignement. »
– Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin
Le secret entourant les déplacements de Ratcliffe a rendu ce voyage particulièrement marquant. Washington n'avait pas annoncé cette visite à l'avance, et les détails n'ont commencé à filtrer qu'après que des observateurs aériens et des vidéos publiées sur les réseaux sociaux eurent, selon certaines sources, repéré un avion militaire américain entrant en Russie. Ratcliffe aurait voyagé à bord d'un C-17 Globemaster III de l'armée de l'air américaine, faisant d'abord escale en Lettonie avant de se rendre à l'aéroport de Vnoukovo à Moscou. Sa présence dans la capitale russe a été exceptionnellement brève, n'ayant duré, selon certaines sources, qu'environ quatre heures avant son départ. Plutôt que de tenir une réunion diplomatique publique, le directeur de la CIA a rencontré des responsables des services de renseignement russes à huis clos. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a par la suite reconnu l'existence de contacts entre les services de renseignement des deux pays, mais a précisé que Ratcliffe n'avait pas rencontré personnellement Vladimir Poutine. Selon le Kremlin, cependant, Poutine a été informé du contenu des discussions, garantissant ainsi que l'avertissement rapporté de Washington ait atteint les plus hautes sphères du gouvernement russe.

La mission présumée de Ratcliffe présente un parallèle historique indéniable, car les visites secrètes de directeurs en exercice de la CIA à Moscou sont extrêmement rares, en particulier pendant les périodes de confrontation intense entre Washington et le Kremlin. L'un des précédents les plus marquants remonte à novembre 2021, lorsque le directeur de la CIA de l'époque, William Burns, s'était rendu à Moscou alors que les États-Unis s'inquiétaient de plus en plus du renforcement militaire russe autour de l'Ukraine. Burns avait transmis un avertissement de Washington concernant les conséquences d'une offensive russe de grande envergure, plusieurs mois avant que Moscou ne lance finalement son invasion à grande échelle en février 2022. Cette intervention précoce n'avait pas réussi à empêcher la guerre, mais le voyage de Ratcliffe, selon les informations disponibles, suggère que les responsables américains recourent à nouveau aux canaux de renseignement à un moment qu'ils jugent potentiellement dangereux. Cette fois-ci, cependant, les inquiétudes s'étendraient, selon certaines sources, au-delà de l'Ukraine, pour porter sur la possibilité d'une future menace russe visant le territoire de l'OTAN lui-même.

Officiellement, ni Washington ni Moscou n'ont donné beaucoup de détails sur ce qui s'est passé au cours de cette visite d'environ quatre heures. La CIA a refusé de s'exprimer sur les paramètres spécifiques ou les résultats de cette mission présumée, tandis que le Kremlin a reconnu l'existence de contacts au niveau des services de renseignement sans révéler la teneur des discussions. Peskov a déclaré à l'agence de presse d'État russe TASS : « Je peux seulement vous dire que des contacts ont eu lieu par l'intermédiaire des services de renseignement. » Il n'a pas souhaité préciser si l'OTAN, l'Ukraine, l'Iran ou d'autres questions de sécurité internationale figuraient à l'ordre du jour. Donald Trump, de son côté, a cherché à atténuer les spéculations concernant l'urgence entourant le déplacement de Ratcliffe, qualifiant ce contact de « quasi-routinier » lors d'une interview à la radio. Le président a plutôt mis l'accent sur les efforts visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, déclarant : « Cela pourrait déboucher sur quelque chose. Nous travaillons d'arrache-pied pour que cette guerre [en Ukraine] prenne fin. » Ces messages publics contrastés laissent une grande partie de la mission de Ratcliffe délibérément dans l'ombre.
« Cela pourrait déboucher sur quelque chose. Nous travaillons d'arrache-pied pour mettre fin à cette guerre. »
– Donald Trump, président des États-Unis
Ce voyage inhabituel à Moscou met finalement en évidence deux voies qui se développent simultanément dans l'approche de Washington vis-à-vis de la Russie. L'administration Trump mène une diplomatie visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, tandis que les responsables des services de renseignement américains s'efforceraient, selon certaines informations, d'empêcher ce conflit – ou une autre confrontation avec Moscou – de s'étendre sur le territoire de l'OTAN. L'envoi du directeur de la CIA en Russie offre un canal discret permettant de transmettre des avertissements sans le spectacle d'un sommet diplomatique officiel, en particulier lorsque le message concerne des évaluations des services de renseignement que les gouvernements pourraient ne pas souhaiter voir divulguées publiquement. Il est pour l'instant impossible de déterminer si l'avertissement que Ratcliffe aurait adressé modifie les calculs de Moscou, et aucun des deux gouvernements n'a indiqué que cette visite avait abouti à un accord officiel. Mais la mission elle-même envoie un signal important : face aux craintes que la Russie ne mette un jour à l'épreuve les engagements défensifs de l'OTAN, Washington aurait jugé le risque suffisamment grave pour envoyer discrètement l'un de ses plus hauts responsables du renseignement directement à Moscou.
