La cour d’appel rejette la demande de Biden visant à préserver la confidentialité de l’enregistrement audio de l’entretien pour ses mémoires
Une cour d’appel fédérale a permis à Joe Biden de faire un pas de plus vers la divulgation publique d’entretiens menés il y a plusieurs années dans le cadre de la rédaction de ses mémoires. Cette décision très attendue rejette sa demande visant à préserver la confidentialité de dizaines d’heures d’enregistrements, ouvrant ainsi la voie à une dernière bataille juridique qui pourrait bientôt aboutir à la divulgation de documents liés à l’une des enquêtes les plus sensibles sur le plan politique de sa présidence.
Appel rejeté
Joe Biden a essuyé un revers juridique après qu’une cour d’appel fédérale a rejeté sa demande visant à empêcher la publication d’environ 70 heures d’enregistrements audio et de transcriptions d’entretiens privés menés avec le nègre littéraire de ses mémoires. Dans une décision prise à 2 voix contre 1, la Cour d’appel des États-Unis pour le circuit du district de Columbia a estimé que l’intérêt général l’emportait sur les préoccupations de M. Biden en matière de vie privée, même si certaines informations seront caviardées avant la publication.
Décision partagée
L’avis majoritaire a été rendu par les juges Sri Srinivasan et Gregory Katsas. Ils ont conclu que Joe Biden disposait toujours d’intérêts légitimes en matière de vie privée, mais ont estimé que ceux-ci pouvaient être protégés par des expurgations limitées. S’exprimant au nom de la majorité, les juges ont déclaré que l’« atteinte à la vie privée » qui subsistait « ne l’emportait pas sur l’intérêt public à la divulgation ». Cette décision fait avancer d’un pas la publication de ces enregistrements.
Une forte opposition
La juge Florence Pan s’est dissidente de l’avis majoritaire et a fait valoir que Joe Biden conservait un intérêt substantiel à la protection de sa vie privée concernant ces enregistrements. Elle a souligné que les conversations s’étaient déroulées entièrement au sein de la résidence privée de Joe Biden et qu’elles avaient ensuite été saisies dans le cadre d’une enquête qui s’était finalement conclue sans qu’aucune poursuite pénale ne soit engagée. Selon elle, ces circonstances justifiaient le maintien de la confidentialité des enregistrements malgré l’intérêt public suscité par cette affaire.
Comment les enregistrements ont été réalisés
Ces enregistrements remontent à 2016 et 2017, lorsque l’auteur Mark Zwonitzer a interviewé Joe Biden dans le cadre de la rédaction de ses mémoires, notamment Promise Me, Dad. Bon nombre de ces conversations portaient sur la vie personnelle de Joe Biden, sa carrière politique, ainsi que sur la maladie et le décès de son fils aîné, Beau. Elles sont restées confidentielles pendant des années avant de servir ultérieurement de pièces à conviction dans le cadre d’une enquête fédérale.
Enquête sur Hur
L’enregistrement audio a été saisi par les autorités dans le cadre de l’enquête menée par le procureur spécial Robert Hur sur la manière dont Joe Biden avait géré des documents classifiés après avoir quitté la vice-présidence. M. Hur a finalement renoncé à engager des poursuites pénales, mais il a suscité un vif intérêt en décrivant Joe Biden comme « un homme âgé bien intentionné, mais à la mémoire défaillante ». Cette appréciation est rapidement devenue un sujet central du débat politique.
Demandes au titre de la loi FOIA
Après la publication du rapport de Hur, la Heritage Foundation et plusieurs législateurs républicains ont déposé des demandes en vertu de la loi sur la liberté d’information (Freedom of Information Act) afin d’obtenir les enregistrements complets. Ils ont fait valoir que les Américains devaient pouvoir écouter eux-mêmes ces enregistrements et les comparer aux conclusions de Hur, plutôt que de se fier uniquement au rapport écrit publié par le procureur spécial.
La bataille juridique de Biden
Le litige s’est intensifié après que la juge fédérale Dabney Friedrich a statué en juin que les enregistrements pouvaient être rendus publics. Les avocats de Joe Biden ont immédiatement fait appel, faisant valoir que ces entretiens constituaient des conversations profondément personnelles enregistrées chez lui alors qu’il travaillait à la rédaction de ses mémoires. Ils ont comparé ces enregistrements à des extraits de journal intime ou à des communications privées qui n’étaient en aucun cas destinées à être rendues publiques.
Argument relatif à la vie privée
Les avocats de Biden ont également fait valoir qu’il était désormais un simple citoyen et qu’il devait bénéficier des mêmes garanties légales en matière de vie privée que n’importe qui d’autre. Les documents déposés auprès du tribunal ont souligné que bon nombre de ces enregistrements portaient sur des discussions familiales très personnelles, notamment des conversations concernant la maladie et le décès de Beau Biden, et ont affirmé que leur divulgation porterait atteinte à des aspects profondément intimes de sa vie.
Position du ministère américain de la Justice
Le ministère de la Justice a adopté une position contraire. Les avocats du gouvernement ont fait valoir que le public avait un intérêt majeur à prendre connaissance des éléments de preuve sur lesquels le procureur spécial Robert Hur s’était appuyé pour décider de ne pas engager de poursuites pénales. Selon le ministère de la Justice, la publication des enregistrements, après avoir été dûment expurgés, favoriserait la transparence tout en protégeant les informations véritablement privées.
Une dernière chance
Bien que M. Biden ait perdu son recours, les enregistrements ne seront pas rendus publics immédiatement. La cour d’appel a suspendu l’application de sa décision jusqu’au 3 août, laissant ainsi à l’équipe juridique de M. Biden le temps de demander une nouvelle audience devant l’ensemble des juges de la Cour d’appel du district de Columbia ou de déposer un pourvoi d’urgence devant la Cour suprême des États-Unis. Ces options constituent ses dernières chances d’empêcher la divulgation de ces enregistrements.
Et ensuite ?
Si aucune juridiction supérieure n’intervient avant l’expiration du délai, le ministère de la Justice communiquera au Congrès et au public les enregistrements audio et les transcriptions expurgés. Joe Biden ne s’est pas exprimé personnellement sur cette décision, laissant ses avocats exposer sa position juridique dans les documents déposés devant les tribunaux. Cette publication éventuelle pourrait raviver le débat politique autour de l’enquête menée par Hur et permettre au public d’accéder directement à des entretiens restés inaudibles pendant près d’une décennie.