Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré que le monde entrait dans une nouvelle ère où les pays ne peuvent plus compter sur une seule superpuissance, institution ou alliance pour résoudre tous les grands défis. S'exprimant à la veille du sommet du G7 qui se tient cette semaine en France, Carney a fait valoir que les gouvernements devaient nouer des partenariats souples autour d'intérêts communs plutôt que de dépendre des structures géopolitiques traditionnelles. Ses propos interviennent alors que le Canada renforce ses liens avec des pays tels que l'Irlande sur des questions allant de l'intelligence artificielle et de la biotechnologie à la sécurité alimentaire, reflétant ce qui semble être une nouvelle stratégie de politique étrangère axée sur la constitution de réseaux de puissances moyennes partageant les mêmes valeurs dans un ordre mondial de plus en plus fragmenté.
Carney conclut des accords avec l'Irlande
Mark Carney a tenu ces propos lors d'une visite en Irlande, où il a rencontré le Taoiseach Micheál Martin avant de se rendre au sommet du G7. Le Premier ministre a laissé entendre que le système international qui a dominé une grande partie de l'après-guerre froide cède la place à un système plus décentralisé. M. Carney a fait part de l'inquiétude croissante des gouvernements occidentaux face à l'instabilité géopolitique, à la concurrence économique et aux bouleversements technologiques. Il est arrivé en Irlande le 13 juin dans le but d'élargir son réseau de «puissances moyennes», c'est-à-dire de pays dotés d'un PIB élevé et d'économies performantes.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire à ce stade, dans un ordre mondial en pleine mutation, c'est compter sur un seul ensemble d'institutions, un seul groupe ou un seul pays pour apporter les réponses,
– Mark Carney
À l'issue des rencontres entre les deux dirigeants, le Canada et l'Irlande ont annoncé leur intention d'étendre leur coopération dans les domaines de l'intelligence artificielle, de la biotechnologie, de l'industrie pharmaceutique et de la sécurité alimentaire. Mark Carney a qualifié cette visite d'occasion de renforcer une relation déjà en plein essor entre les deux pays. Les deux gouvernements ont récemment publié des stratégies nationales en matière d'intelligence artificielle et voient des opportunités de collaboration dans les domaines de la recherche, de l'innovation et du développement des compétences. Les responsables ont également annoncé leur intention d'étendre leur coopération dans le domaine des sciences de la vie, notamment en apportant un soutien aux chercheurs et aux étudiants travaillant dans des secteurs appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans la croissance économique future.
Il faut savoir ce que l'on veut, ce dont on a besoin, comment on sert ses citoyens, puis aller le chercher.
– Mark Carney
Renforcer ses alliés parmi les « puissances intermédiaires »
Soucieux de réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis, Carney met en avant la force que peuvent dégager les puissances moyennes en travaillant ensemble. Plutôt que de rechercher un remplaçant unique à l'ordre international existant, Carney met de plus en plus l'accent sur ce qu'il appelle des « coalitions ad hoc ». Ces coalitions ad hoc impliqueraient des groupes de pays travaillant ensemble sur des questions spécifiques où leurs intérêts convergent. Cette approche reconnaît que les gouvernements peuvent s'accorder sur certaines priorités tout en étant en désaccord sur d'autres. Carney a cité des questions telles que l'intelligence artificielle et la sécurité en ligne comme exemples de domaines dans lesquels les pays peuvent choisir des voies différentes. Certains gouvernements sont favorables à une réglementation plus stricte, tandis que d'autres adoptent une approche plus laxiste. Dans le cadre de ce modèle, le Canada chercherait à établir des partenariats au cas par cas, en recherchant des alliés partout où il existe des intérêts communs, plutôt que de s'appuyer exclusivement sur les blocs diplomatiques traditionnels.

Mark Carney tente de positionner le Canada comme un pont entre l'Europe et l'Amérique du Nord à un moment où de nombreux gouvernements remettent en question des hypothèses de longue date concernant les relations commerciales et de sécurité. Lors de sa visite en Irlande, il a fait valoir que les pays ne devraient pas se faire concurrence pour obtenir les faveurs des États-Unis. Il a plutôt suggéré que le Canada et ses partenaires européens puissent travailler ensemble pour faire avancer leurs intérêts communs tout en entretenant des relations constructives avec Washington. Ottawa déploie des efforts considérables pour diversifier ses partenariats économiques et diplomatiques sans pour autant abandonner ses alliances traditionnelles.
Le sommet du G7 permettra peut-être de mieux cerner si cette vision aboutira. M. Carney a laissé entendre que cette réunion pourrait contribuer à tisser certains des « fils » d'un nouvel ordre mondial. Ses propos tenus en Irlande indiquent toutefois qu'il ne s'attend pas à ce qu'un seul sommet, une seule institution ou une seule alliance définisse la voie à suivre. Au contraire, le Canada semble parier que l'avenir appartiendra aux pays capables de nouer des partenariats souples autour de la technologie, de la sécurité alimentaire, de la résilience économique et de valeurs démocratiques communes. L'accord conclu avec l'Irlande offre un premier exemple de ce à quoi cette stratégie pourrait ressembler dans la pratique. Le discours de Carney à Davos ayant fait grand bruit sur la scène internationale, le Premier ministre canadien cherchera à profiter d'un autre sommet international de premier plan pour réaffirmer son message.