Québec 2026: Quand l’électricité devient une arme politique dans le bras de fer américain
- L'électricité québécoise change de dimension politique.
- Ruba Ghazal remet le levier énergétique sur la table.
- Les contrats américains compliquent toute menace de coupure.
- Québec possède une carte économique particulièrement sensible.
- Jusqu'où pousser le rapport de force?
Il y a quelque chose de nouveau dans cette campagne. L'électricité québécoise, longtemps présentée comme l'un des grands atouts économiques de la province, s'invite maintenant dans le bras de fer avec les États-Unis.
Lors du dernier débat, Ruba Ghazal a remis cette possibilité sur la table en évoquant l'idée de réduire ou de couper l'électricité exportée vers les États-Unis. Une sortie qui prend un relief particulier dans un contexte où les relations commerciales avec Washington sont déjà sous tension.
L'idée n'est toutefois pas apparue de nulle part. La question de l'électricité comme levier dans les négociations avec les Américains avait déjà été soulevée au Québec, notamment après des propos de l'ancien patron d'Hydro-Québec, Michael Sabia, qui avait lui-même qualifié cette possibilité de question ouverte.
Mais entre utiliser son énergie comme moyen de pression et fermer réellement le robinet, il y a un monde.
Le Québec vend déjà de l'électricité à plusieurs marchés américains et certains contrats sont de longue durée. Les exportations ne se règlent donc pas simplement en appuyant sur un interrupteur.
Reste que le message politique est clair. Dans une guerre commerciale, l'hydroélectricité peut devenir une carte dans le jeu québécois.

Une carte puissante, mais pas sans conséquences
La tentation est facile à comprendre. Le Québec possède une ressource dont plusieurs États américains ont besoin, alors que Washington utilise de son côté les tarifs douaniers comme moyen de pression.
Mais toute décision visant les exportations d'électricité aurait aussi des conséquences économiques et commerciales. Le Québec ne négocie pas dans le vide, et les contrats conclus avec les États-Unis ne disparaissent pas parce qu'une campagne électorale les remet au centre des discussions.
La question devient donc beaucoup plus vaste que celle de savoir s'il est possible de couper le courant.
Jusqu'où veut-on aller? Que gagne-t-on à brandir cette menace? Et surtout, à partir de quel moment un levier économique devient-il une arme à double tranchant?
Ces questions risquent de suivre les chefs bien au-delà du débat.

Le Québec peut-il vraiment jouer avec l'interrupteur?
Le contexte donne d'ailleurs encore plus de poids à cette discussion. Au premier semestre de 2026, les États-Unis représentaient 68,2% des exportations internationales de marchandises du Québec. Dans le même temps, les exportations québécoises vers le marché américain avaient reculé de 7,2%.
Le rapport de force est donc déjà bien réel.
Pour les prochains gouvernements, l'enjeu sera de déterminer comment utiliser les forces du Québec sans fragiliser ses propres intérêts. L'électricité peut certainement donner du poids à la table de négociation. Mais une carte n'a de valeur que si on sait quand la jouer.
Et dans cette partie avec nos voisins du Sud, le Québec découvre peut-être que son véritable pouvoir ne se trouve pas seulement dans ses barrages, mais dans sa capacité à savoir quand allumer… et quand simplement laisser planer le courant.
