Le projet SIFA peut-il devenir le boulet de la CAQ?

Le projet SIFA peut-il devenir le boulet de la CAQ?
Crédit: SIFA pourrait-il devenir le nouveau boulet électoral caquiste?
  • SIFA fait grimper les inquiétudes autour des dépenses publiques.
  • La facture actuelle dépasse largement l'estimation de départ.
  • Des organismes de surveillance ont soulevé plusieurs problèmes.
  • Le gouvernement défend encore les bénéfices attendus du projet.
  • En campagne, SIFA pourrait devenir un symbole politique.

Il y a des chiffres qui attirent l'attention. Et il y en a d'autres qui racontent une histoire politique.

Le projet SIFA de Santé Québec appartient clairement à la deuxième catégorie.

En 2022, sa facture de développement était évaluée à 96,2 millions de dollars. Aujourd'hui, le projet autorisé par Québec atteint 329,4 millions, alors qu'il ne couvre même pas encore l'ensemble des objectifs prévus au départ. À cela s'ajoutent des coûts d'exploitation évalués à environ 1,2 milliard de dollars sur dix ans.

Et c'est là que le dossier devient politiquement beaucoup plus délicat pour la CAQ.

Parce que SIFA n'est pas simplement une histoire de logiciels, de contrats et de spécialistes en informatique. C'est une histoire de gestion publique. De contrôle des dépenses. De capacité à voir venir les dérapages. Et surtout, de capacité à arrêter un projet lorsqu'il ne prend plus la direction prévue.

L'Autorité des marchés publics a relevé des problèmes importants dans la gestion budgétaire et contractuelle du projet et a formulé six ordonnances à Santé Québec et au ministère de la Santé. Un avis gouvernemental recommandait même d'évaluer la possibilité de mettre fin au projet et de repartir sur des bases plus solides.

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Qui surveillait la facture pendant qu'elle montait?

Le gouvernement, lui, ne présente pas SIFA comme un gouffre sans fond. Santé Québec soutient que le projet doit permettre de remplacer 41 systèmes informatiques vieillissants et affirme qu'une fois pleinement déployé, il pourrait générer plus de 1,2 milliard de dollars d'économies.

C'est l'argument qui change toute la lecture du dossier.

Après tout, moderniser l'informatique d'un réseau aussi vaste que celui de la santé peut coûter cher. Et conserver des systèmes vieillissants comporte lui aussi des risques et des coûts.

Le problème politique, c'est que les Québécois ne votent pas seulement sur la pertinence d'un projet. Ils jugent aussi la manière dont leur gouvernement le pilote.

Et SIFA arrive au pire moment pour la CAQ.

En pleine campagne électorale, Christine Fréchette doit défendre l'idée que son parti demeure capable de gérer l'État avec rigueur. Pendant ce temps, ses adversaires disposent d'un exemple particulièrement facile à comprendre: une facture qui grimpe, des objectifs qui ne sont pas tous atteints et des organismes de surveillance qui soulèvent des questions.

Le contraste est brutal.

D'un côté, Québec demande de contrôler les dépenses. De l'autre, il doit expliquer pourquoi un projet public peut connaître une telle dérive avant même d'être complètement réalisé.

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Le véritable risque pour la CAQ

Le danger n'est peut-être pas que SIFA coûte 329,4 millions.

Le danger, c'est que ce dossier devienne un raccourci politique.

Comme SAAQclic avant lui, SIFA pourrait finir par représenter quelque chose de beaucoup plus large que son propre contrat. Non pas nécessairement un autre fiasco du même ordre, car les deux dossiers ne sont pas identiques, mais un symbole de la difficulté du gouvernement à garder la main sur certains grands projets numériques.

Et c'est précisément ce que la CAQ ne peut pas se permettre en campagne.

Après huit ans au pouvoir, elle ne peut plus demander aux électeurs de juger uniquement ses intentions. Elle doit répondre de sa gestion.

La question qui risque donc de suivre SIFA n'est pas seulement «combien cela va-t-il coûter?».

C'est plutôt celle-ci: combien d'autres projets l'État québécois peut-il se permettre de surveiller trop tard?

Si la CAQ veut convaincre qu'elle demeure le parti de la gestion, elle devra démontrer que SIFA n'est pas le symptôme d'un problème plus profond.

Parce qu'en politique, une facture qui dérape devient rarement seulement une facture.

Elle devient une histoire.

Et celle-là arrive en pleine campagne.

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