- QS veut démontrer qu'il peut gouverner.
- Son cadre financier mise sur de gros investissements.
- Ghazal multiplie les propositions en santé et transport.
- Le financement reste le principal point d'interrogation.
- La campagne doit maintenant tester sa crédibilité économique.
Ruba Ghazal veut faire changer la perception de Québec solidaire. Après des années à être associé aux revendications de gauche, le parti tente maintenant de démontrer qu'il peut gérer un gouvernement, financer ses promesses et livrer des services.
Son cadre financier présenté vendredi lui donne une première occasion de passer du discours politique à la démonstration comptable. QS promet un retour à l'équilibre budgétaire dès 2029-2030, sans austérité, tout en investissant massivement dans le logement, les services publics et le transport collectif.
Le parti prévoit notamment 11,8 milliards de dollars sur quatre ans pour le logement, avec l'objectif de construire ou d'acheter 50 000 logements sociaux et communautaires. Il propose aussi d'ajouter 200 dollars par enfant à l'Allocation famille.
Pour financer ses ambitions, QS mise notamment sur une taxe visant les fortunes de plus de 25 millions de dollars, dont le parti estime les revenus à 5 milliards de dollars par année. Une « provision Trump » de 2 milliards de dollars sur deux ans est également prévue pour faire face à l'instabilité économique liée à la guerre commerciale.
Depuis vendredi, Ghazal continue de multiplier les propositions. QS veut notamment rendre le transport collectif gratuit pour certains groupes et moins coûteux pour les autres utilisateurs.
Le message devient donc de plus en plus clair. QS ne veut plus seulement réclamer davantage de services. Il veut convaincre qu'il sait aussi les financer.
Et c'est précisément là que le véritable test de Ruba Ghazal commence.

Des milliards et une question
Les chiffres sont ambitieux, mais ils ramènent inévitablement à la même question: comment ces engagements seront-ils financés et les revenus prévus seront-ils réellement au rendez-vous?
Le transport collectif illustre le défi. QS veut renforcer considérablement le réseau et prévoit 23 milliards de dollars sur dix ans pour le réparer et le développer. Le parti ajoute maintenant des mesures visant à rendre le transport collectif plus accessible.
En santé, Ghazal attaque aussi les propositions de ses adversaires. Elle soutient que le plan du PQ prévoit moins de 40 millions de dollars pour son virage vers la première ligne, alors que QS propose d'y investir 1,8 milliard de dollars par année.
La différence entre les deux approches est majeure.
Mais plus les sommes avancées sont importantes, plus les électeurs peuvent demander des explications précises.
D'où viendra chaque dollar? Quels seront les échéanciers? Et surtout, quelles garanties permettront de croire que les projections financières de QS pourront se concrétiser?
La crédibilité économique de Ghazal sera donc scrutée de près.

Sortir de l'image du parti de protestation
Depuis le début de la campagne, Ruba Ghazal cherche à élargir le terrain de Québec solidaire.
Logement, alimentation, agriculture, santé, transport collectif, transition énergétique, coût de la vie: QS veut maintenant parler de presque tous les grands dossiers sur lesquels un gouvernement doit prendre des décisions.
Le cadre financier devait justement servir de colonne vertébrale à cette vision. Les nouvelles propositions présentées depuis viennent renforcer cette stratégie.
Mais elles augmentent aussi le niveau d'exigence.
Plus QS promet, plus Ghazal devra être capable d'expliquer les coûts, les échéanciers et les résultats attendus. Elle devra surtout défendre ses projections financières lorsque ses adversaires commenceront à les attaquer.
C'est une transformation importante pour Québec solidaire.
Le parti ne demande plus seulement aux électeurs s'ils veulent ses idées. Il leur demande maintenant de croire qu'il pourrait les administrer.
Et pour Ruba Ghazal, c'est probablement l'un des tests politiques les plus importants de cette campagne.
Car convaincre que l'État doit faire davantage est une chose.
Convaincre qu'on peut soi-même diriger cet État en est une autre.
