Le Canada peut «se permettre» de tenir longtemps dans la guerre commerciale: rapport
Alors que Donald Trump et son Congrès continuent d'affirmer que le Canada dépend des États-Unis, les faits semblent indiquer le contraire. Alors que Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises que le Canada ne pourrait pas résister à une guerre commerciale de longue durée avec les États-Unis, deux éminents économistes ont exprimé leur désaccord. Dans des déclarations publiées le 9 septembre 2026, l'ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis, Frank McKenna, et l'ancien sous-gouverneur de la Banque du Canada, Paul Beaudry, ont tous deux affirmé que le Canada avait les moyens de résister à la guerre commerciale de Donald Trump, du moins pour le moment.
Attendre que la tempête passe est, à ce stade, la bonne approche. Si quelqu'un essaie de vous malmener, il faut parfois simplement lui tenir tête.
Paul Beaudry
Escalade de la guerre commerciale
Le 8 septembre, la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis s'est à nouveau intensifiée, après près de deux mois de négociations au point mort. Le Premier ministre canadien Mark Carney s'est retiré de la table des négociations le 21 août, après que Donald Trump aurait demandé des concessions ayant des répercussions sur les Canadiens francophones et la langue française au Canada. Depuis le retrait de Carney, les deux pays ont imposé de nouveaux droits de douane sur divers produits. Après que Carney eut mis fin aux négociations en août, Donald Trump a immédiatement imposé des droits de douane de 50 % sur près de 30 milliards de dollars de produits canadiens. Carney et le Canada ont désormais riposté.
Le 8 septembre, le Canada a imposé près de 30 milliards de dollars de droits de douane de rétorsion. Ces droits de douane visent principalement l'acier, l'aluminium, les produits laitiers, l'électroménager, le matériel agricole, la pâte à papier et le papier, les plastiques et l'électronique. Après l'imposition de ces droits de douane, Donald Trump a annoncé que les États-Unis mettraient en place de nouveaux droits de douane pour riposter aux mesures de rétorsion du Canada.
« Le Canada nous arnaque depuis des années – j'ordonne par la présente à la GSA, en collaboration avec l'USTR, de prendre toutes les mesures nécessaires pour RETIRER les produits d'origine canadienne des listes d'attribution multiples de la GSA »
Donald Trump via TruthSocial
Les économistes estiment que le Canada peut s'en sortir… pour l'instant
Selon Frank MacKenna, le Canada est bien mieux placé pour tenir le coup face à l'escalade de la guerre commerciale avec les États-Unis que pour signer un mauvais accord qui pourrait avoir des répercussions sur le pays pendant des années. M. MacKenna, ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis et actuel président de la Brookfield Corporation, affirme que plus la guerre commerciale se prolonge, plus elle pourrait en réalité profiter au Canada qu'aux États-Unis – malgré le déséquilibre économique entre les deux pays. M. MacKenna, qui a également occupé le poste de premier ministre du Nouveau-Brunswick, estime que le temps joue en fait davantage en faveur du Canada qu'en faveur des États-Unis, citant la situation budgétaire du Canada, ses recettes plus élevées et ses investissements continus comme raisons pour lesquelles le pays dispose d'une marge de manœuvre suffisante pour absorber davantage de dommages économiques.
« Le temps joue en notre faveur – ce n'est pas bon pour les investisseurs. Ce n'est pas bon pour la confiance des consommateurs. Mais l'attente est tout aussi pénible pour les États-Unis que pour le Canada. Et les Canadiens font preuve d'une grande détermination.
Donald Trump via TruthSocial
Paul Beaudry, professeur à la Vancouver School of Economics de l'Université de Colombie-Britannique et ancien sous-gouverneur de la Banque du Canada, s'est également exprimé sur la manière dont le Canada peut tirer parti de ce délai. Selon M. Beaudry, bien que les coûts pour le Canada soient plus élevés que ceux pour les États-Unis, le Canada est en mesure de supporter un différend prolongé avec son principal partenaire commercial. M. Beaudry a évoqué les secteurs touchés par les droits de douane américains, notamment l'acier, le bois d'œuvre, l'automobile et l'aluminium, mais il souligne que céder du terrain dans les négociations est une alternative bien pire que le coût des droits de douane imposés par Trump.
M. Beaudry a souligné que, bien que les secteurs susmentionnés soient touchés par les droits de douane, ceux-ci ne représentent qu'une part relativement faible de l'économie globale. Par exemple, selon Statistique Canada, la fabrication de véhicules automobiles et de pièces détachées ainsi que la production de métaux de première transformation représentent ensemble environ 1,5 % de l'économie du pays. M. Beaudry a toutefois ajouté que plus la guerre commerciale durera, plus les conséquences potentielles sur les investissements seront importantes, en particulier dans le secteur automobile. Certains constructeurs automobiles, dont Stellantis, sont déjà en train de reconsidérer ou de reporter leurs projets de développement de véhicules au Canada.
La guerre commerciale : un phénomène plus médiatisé que réel
M. Beaudry a également évoqué le caractère sensationnaliste dont font preuve les médias à propos de la guerre commerciale. Il a souligné que, bien que celle-ci ait un impact sur les produits canadiens et les prix à la consommation, la majeure partie des échanges commerciaux entre les États-Unis et le Canada reste non contestée. Selon M. Beaudry, l'industrie automobile est le secteur le plus touché par ces négociations commerciales. Malheureusement, M. Beaudry doute que l'industrie automobile canadienne puisse revenir au régime hautement intégré et largement exempt de droits de douane qui existait avant le différend, et il prévoit que des droits de douane, sous une forme ou une autre, resteront presque certainement en vigueur.
L'industrie automobile est l'une de celles qui se trouvent dans la situation la plus difficile, car l'administration Trump tient vraiment, vraiment à rapatrier une plus grande partie de l'industrie automobile aux États-Unis ; cela ne laisse rien présager de bon pour l'industrie automobile.
Paul Beaudry
M. Beaudry et Mme McKenna s'attendent tous deux à ce que le Canada revienne bientôt à la table des négociations, mais ils soulignent tous deux que le Canada et Mark Carney ne seront pas disposés à signer un accord qui se traduirait par des concessions de la part du Canada. M. Beaudry n'est pas convaincu que les deux pays parviendront à un accord avant la fin de l'année, mais lui-même et Mme McKenna restent optimistes quant à la capacité du Canada à poursuivre les négociations avec d'autres pays étrangers et à réussir à réduire progressivement sa dépendance commerciale vis-à-vis des États-Unis.