Un rapport montre que les républicains emboîtent le pas à Trump dans leurs opinions anti-canadiennes

Un rapport montre que les républicains emboîtent le pas à Trump dans leurs opinions anti-canadiennes
Crédit: Getty Images

Les attaques répétées de Donald Trump contre le Canada ont des répercussions. Non seulement sur les Canadiens, mais apparemment aussi sur les Américains. Un nouveau sondage suggère que la rhétorique du président pourrait également modifier la façon dont les électeurs républicains perçoivent l'un des plus proches alliés des États-Unis, le soutien au Canada enregistrant une forte baisse. Selon les politologues, cette évolution reflète l'influence croissante du président sur l'opinion républicaine, alors qu'il impute de plus en plus souvent au Canada la responsabilité des différends commerciaux et des difficultés économiques, tout en ressassant les accusations habituelles selon lesquelles ce pays aurait profité des États-Unis. Cette tendance intervient alors que Donald Trump continue de faire face à une baisse de sa cote de popularité et à une pression politique croissante.

Un récent sondage Gallup montre que la cote de popularité du Canada auprès des républicains est passée de 85 % en 2025 à 62 % cette année, soit une baisse de 23 points en seulement 12 mois. Cette chute contraste fortement avec l'opinion des démocrates, parmi lesquels 95 % continuent d'avoir une opinion favorable du Canada. Les électeurs sans affiliation politique restent également largement favorables, 80 % d'entre eux exprimant une opinion positive malgré un léger recul par rapport à l'année dernière. Selon les chercheurs, l'aggravation du clivage partisan reflète la polarisation croissante de la vie politique américaine sous le second mandat de Trump.

Les attitudes pour ou contre Trump déterminent notre vie politique.

Robert C. Rowland, Université du Kansas

Les républicains suivent Trump

Les politologues affirment que les électeurs républicains sont désormais plus enclins à adopter les positions de Trump sur des questions qui faisaient autrefois l'objet d'un large consensus bipartisan. Matthew Lebo, professeur de sciences politiques à l'Université Western, a mis en avant l'évolution des attitudes des républicains vis-à-vis des droits de douane, de l'Accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique (CUSMA) et de la guerre avec l'Iran comme preuve que le discours de Trump façonne de plus en plus l'opinion au sein du parti. Il fait valoir que lorsque Trump affirme à plusieurs reprises que le Canada a traité les États-Unis de manière injuste, de nombreux électeurs républicains commencent à accepter ces arguments, indépendamment de leurs opinions antérieures ou des liens diplomatiques de longue date entre les deux pays.

Les responsables politiques républicains emboîtent également le pas à Trump

Ce revirement influence également les responsables politiques républicains. Selon M. Lebo, les membres du Congrès et les candidats se préparant à des primaires très disputées pourraient critiquer de plus en plus le Canada afin de séduire les partisans les plus fidèles de Trump. Lors des primaires républicaines, faire preuve de loyauté envers le président revêt souvent une grande valeur politique, en particulier auprès des électeurs ralliés au mouvement MAGA. Si ces attaques peuvent dynamiser la base du parti, M. Lebo estime qu'elles ont moins de chances de trouver un écho auprès des électeurs modérés ou indépendants lors des élections générales, ce qui crée des motivations politiques différentes selon le public visé.

Les États-Unis restent globalement bien perçus au Canada

Cette évolution de la rhétorique intervient alors que l'opinion publique au Canada reste faible, mais acceptable. Selon un sondage publié par le Pew Research Center, 33 % des Canadiens ont une opinion favorable des États-Unis, poursuivant ainsi une chute spectaculaire observée ces dernières années. La confiance dans les relations bilatérales s'est détériorée sur fond de différends commerciaux, de menaces tarifaires et des suggestions répétées de Trump selon lesquelles le Canada devrait faire partie des États-Unis. Les analystes estiment que ces propos ont mis à rude épreuve l'une des relations diplomatiques les plus étroites d'Amérique du Nord, tout en exacerbant les tensions politiques de part et d'autre de la frontière.

Ces résultats soulèvent des questions plus larges quant à la pérennité des relations canado-américaines si l'opinion publique continue de se polariser selon les clivages politiques. Pendant des décennies, le Canada s'est systématiquement classé parmi les alliés les plus fiables aux yeux des Américains, quel que soit le parti au pouvoir à Washington. Les chercheurs avertissent désormais que cette dynamique commence à évoluer, les messages de Trump façonnant de plus en plus les opinions des républicains en matière de politique étrangère, de commerce et de partenariats internationaux. Ils affirment que le Canada s'inscrit désormais dans un discours politique plus large où les alliés sont présentés moins comme des partenaires stratégiques que comme des concurrents économiques, ce qui engendre une nouvelle incertitude quant à la coopération transfrontalière en matière de commerce, de défense et de sécurité.

Les États-Unis continuent globalement de percevoir le Canada de manière positive

Les drapeaux canadien et américain flottent près de la frontière canado-américaine à Blackpool, au Québec (Canada), le 2 février 2025. Le Canada ripostera aux droits de douane américains en imposant à son tour des droits de 25 % sur certains produits américains, a déclaré le Premier ministre Justin Trudeau le 1er février. « Le Canada répondra aux mesures commerciales américaines en imposant des droits de douane de 25 % sur des produits américains d'une valeur de 155 milliards de dollars canadiens (106 milliards de dollars) », a-t-il déclaré d'un ton dramatique, mettant en garde contre une rupture des liens de longue date entre le Canada et les États-Unis. (Photo : ANDREJ IVANOV / AFP) (Photo : ANDREJ IVANOV/AFP via Getty Images)

Malgré cette forte baisse de popularité auprès des républicains, le Canada reste globalement l'un des pays les mieux perçus aux États-Unis. Les analystes soulignent que l'opinion publique peut évoluer rapidement, en particulier pendant les cycles électoraux, mais estiment que ce dernier sondage illustre l'influence croissante de la rhétorique présidentielle sur les attitudes partisanes. À l'approche des élections de mi-mandat de 2026 et alors que Donald Trump continue de critiquer le Canada sur les questions de commerce, de droits de douane et de souveraineté, les chercheurs s'attendent à ce que ces relations restent un sujet politique récurrent. La question de savoir si ces changements de perception persisteront au-delà de la présidence de Trump pourrait, en fin de compte, déterminer si cette évolution représente une tendance politique temporaire ou un changement durable dans la façon dont les républicains perçoivent l'un des plus proches alliés des États-Unis.