Des scientifiques ont identifié du tryptophane, un des 20 acides aminés protéinogènes, dans des échantillons provenant de l'astéroïde Bennu, grâce à la mission OSIRIS-REx de la NASA. Cette découverte est particulièrement remarquable, car c'est la première fois que cet acide aminé complexe est observé dans un matériau d'origine extraterrestre, alors même qu'il n'a jamais été détecté dans des météorites arrivées sur Terre. La mission OSIRIS-REx a été lancée dans le but d'étudier Bennu, un astéroïde riche en carbone considéré comme un vestige du système solaire primitif. En 2020, la sonde a prélevé près de 122 grammes de matériaux à sa surface avant de ramener les échantillons sur Terre en 2023. L'un des intérêts majeurs de cette mission est que les échantillons ont été récupérés sans subir les altérations liées à l'entrée dans l'atmosphère terrestre, ce qui les rend bien plus « purs » que les météorites habituelles. Cela permet aux chercheurs d'observer des molécules fragiles, des sels et des minéraux qui auraient autrement été détruits.

Le tryptophane trouvé dans cette dernière découverte est l'un des vingt acides aminés utilisés par les organismes vivants pour fabriquer des protéines, et fait partie de ceux dits essentiels, que le corps humain ne peut pas produire. Les études précédentes sur l'astéroïde Bennu avaient déjà révélé la présence de 32 acides aminés, dont 14 faisant partis des 20 acides aminés utilisés par la vie terrestre, ainsi que les cinq bases azotés constituant l'ADN et l'ARN. Cette nouvelle détection du tryptophane porte maintenant à 15 le nombre d'acides aminés de la vie trouvés sur cet astéroïde. Des découvertes similaires avaient été faites sur Ryugu, un autre astéroïde étudié par le Japon, ainsi que dans certaines météorites. Ces éléments renforcent l'hypothèse selon laquelle les astéroïdes auraient pu jouer un rôle majeur dans l'apport des ingrédients nécessaires à l'apparition de la vie sur Terre.

Selon les chercheurs, les molécules retrouvées sur Bennu se seraient formées naturellement dans l'espace, bien avant la naissance de notre planète, probablement à partir de matériaux issus de supernovas. L'astéroïde contient également de l'ammoniac, des minéraux variés et d'autres espèces chimiques qui montrent qu'il abritait une activité géologique complexe dans le passé, avec des systèmes liquides capables de générer différentes réactions. Les spécialistes comparent les molécules trouvées à des pièces de puzzle : elles ne constituent pas la vie, mais en représentent les briques essentielles. Le fait que des acides aminés complexes se forment spontanément dans l'espace appuie fortement l'idée que les conditions nécessaires à l'émergence de la vie ne sont pas uniques à la Terre, et que notre planète a probablement été enrichie par des matériaux extraterrestres durant ses premiers millions d'années.

Selon Sara Russell, un professeure de sciences planétaires et cheffe du groupe des matériaux planétaires, le tryptophane est difficile à détecter dans les météorites, car il ne résiste pas bien à la chaleur de l'entrée atmosphérique. Sa présence dans un échantillon intact comme celui de Bennu est donc particulièrement précieuse pour comprendre ce que contenaient les petits corps du système solaire avant qu'ils ne tombent sur Terre. De nombreux chercheurs soulignent l'importance des missions de retour d'échantillons comme OSIRIS-REx : elles permettent d'obtenir du matériel réellement représentatif du système solaire primitif, et de mieux comprendre comment la vie a pu apparaître sur notre planète.