Steven Guilbeault a quitté ses fonctions en raison de divergences d’opinion avec Mark Carney sur les questions climatiques
L'ancien ministre fédéral Steven Guilbeault a annoncé qu'il démissionnerait de son poste de député plus tard cet été, mettant ainsi un terme à une longue carrière politique qui l'a imposé comme l'une des figures les plus influentes de la cause environnementale dans la politique canadienne moderne. Guilbeault a confirmé cette décision jeudi lors d'une interview accordée à CTV News, indiquant qu'il comptait se retirer de la politique fédérale après avoir occupé pendant près de sept ans le poste de député libéral de Laurier—Sainte-Marie, à Montréal. Son départ intervient alors que le Premier ministre canadien Mark Carney s'est orienté vers une politique conservatrice et que l'environnementaliste a été relégué au second plan au profit des décisions économiques.
Qui est Steven Guilbeault ?
Steven Guilbeault est devenu l'une des figures les plus reconnaissables du gouvernement de Justin Trudeau après avoir été nommé ministre de l'Environnement en 2021, poste dans lequel il a supervisé certaines des politiques climatiques les plus ambitieuses de l'histoire du Canada. Ancien militant de Greenpeace connu pour avoir escaladé la Tour CN de Toronto en 2001 lors d'une manifestation environnementale, Guilbeault a passé des décennies à militer pour les questions climatiques avant d'entrer en politique fédérale en 2019. Ses partisans le considéraient comme l'un des défenseurs de l'environnement les plus engagés au sein du gouvernement canadien, tandis que ses détracteurs (notamment en Alberta et en Saskatchewan) l'accusaient de mener une guerre contre l'industrie pétrolière et gazière canadienne par le biais de plafonds d'émissions et de réglementations environnementales.
« J'ai donné tout ce que j'avais au service public et à la lutte contre le changement climatique. »
-Steven Guilbeault
Au cours de son mandat au sein du cabinet, Guilbeault a joué un rôle central dans l'élaboration du programme de réduction des émissions du Canada. Guilbeault a été le fer de lance des obligations en matière de véhicules électriques, des plafonds d'émissions pour le pétrole et le gaz, des réglementations sur l'électricité propre et des politiques de tarification du carbone. Il est devenu le visage public de la politique climatique libérale lors d'intenses batailles politiques avec les premiers ministres conservateurs et les groupes industriels. La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, a accusé à plusieurs reprises Guilbeault de cibler le secteur énergétique de l'Alberta et de porter atteinte à l'autonomie provinciale, tandis que les politiciens conservateurs l'utilisaient souvent comme symbole de ce qu'ils décrivaient comme une ingérence fédérale excessive dans les questions climatiques.
Malgré les critiques, Guilbeault est resté l'un des plus fervents défenseurs d'une action climatique ambitieuse au sein du gouvernement libéral. Il a fait valoir que le Canada ne pourrait pas respecter ses obligations internationales en matière de climat sans une réduction significative des émissions de l'industrie lourde et des transports. Sous sa direction, le Canada a finalisé une réglementation exigeant que tous les véhicules de tourisme neufs vendus d'ici 2035 soient à zéro émission et a présenté pour la première fois des plans visant à plafonner les émissions du secteur pétrolier et gazier. Les organisations environnementales ont salué bon nombre de ces mesures comme historiques, même si certains militants ont estimé que le gouvernement agissait encore trop lentement pour atteindre ses objectifs climatiques.
En dehors de la politique, Guilbeault a passé des décennies à militer pour l'environnement avant de devenir député. Il a occupé des fonctions de haut niveau au sein de Greenpeace Canada et d'Équiterre, contribuant à l'organisation de campagnes et de manifestations climatiques très médiatisées tout au long des années 1990 et 2000. Son militantisme a fait de lui l'un des rares ministres de haut rang de l'histoire du Canada à être passé directement des mouvements de protestation environnementaux à des fonctions gouvernementales de haut niveau. Ses détracteurs ont souvent évoqué son passé de militant pour affirmer qu'il était idéologiquement opposé à l'exploitation des ressources, tandis que ses partisans ont vu dans sa nomination au cabinet la preuve que les questions climatiques étaient enfin prises au sérieux au plus haut niveau du gouvernement.
Que signifie son départ ?

Le départ de Steven Guilbeault reflète les changements politiques plus larges en cours au sein du Parti libéral fédéral, suite au retrait de M. Trudeau de la vie politique et à l'arrivée au pouvoir de Carney. Si Mark Carney a continué à défendre l'action climatique, son gouvernement a réorienté le message politique des libéraux en matière d'énergie et de politique industrielle, dans un contexte d'inquiétudes économiques croissantes et de critiques au Canada. Selon les analystes, le départ de Guilbeault pourrait marquer un tournant, passant de la politique environnementale plus conflictuelle de l'ère Trudeau à une approche davantage axée sur l'économie sous Carney.
Guilbeault n'a pas annoncé de projets précis pour l'avenir, bien qu'il ait indiqué son intention de rester impliqué dans les questions environnementales et de politique publique après avoir quitté le Parlement. Certains analystes ont émis l'hypothèse qu'il pourrait éventuellement revenir à la défense de l'environnement, au monde universitaire ou à des organisations internationales de lutte contre le changement climatique. D'autres ont suggéré que son expérience à la fois en tant que militant et ministre de haut rang pourrait faire de lui une voix influente dans les discussions sur la politique climatique mondiale en dehors de la politique élective. Guilbeault s'est contenté de déclarer qu'il estimait que c'était « le bon moment » pour se retirer après des années de batailles politiques autour de la politique climatique et de la réglementation environnementale. Il a évoqué l'intérêt soudain de Carney pour la construction de nouveaux pipelines avec l'Alberta, affirmant que cela s'éloignait des promesses électorales de Carney.
Je n'étais pas opposé à l'idée de signer un protocole d'accord avec l'Alberta, mais nous ne devrions pas le faire au détriment de notre plan de lutte contre le changement climatique,
Steven Guilbeault
Alors que Guilbeault quitte un siège sûr à Montréal à la fin de l'été, les spéculations vont déjà bon train quant à son remplaçant. Guilbeault occupe son siège depuis 2019, et ses partisans se font entendre haut et fort sur les questions environnementales au Canada. Le départ de Guilbeault est un autre signe que Mark Carney ne cherche pas à être un « libéral typique », mais qu'il regarde au-delà des clivages partisans pour diriger le pays. Cela se reflète également dans le nombre de députés du Parti conservateur du Canada (PCC) qui ont changé de camp pour rejoindre le Parti libéral et Mark Carney.