Le procès pour le meurtre de Tupac Shakur s’ouvre avec des déclarations incriminantes et des témoins hostiles
Près de 30 ans après que Tupac Shakur a été abattu sur le Strip de Las Vegas, une affaire restée non élucidée pendant des décennies est enfin portée devant un jury. Les procureurs tentent de reconstituer les événements de cette nuit-là à l’aide d’anciens éléments de preuve, de témoins réticents et, surtout, des déclarations publiques faites pendant des années par l’homme qu’ils accusent aujourd’hui d’avoir orchestré l’attaque.
Un procès pour meurtre près de 30 ans plus tard
Le procès pour meurtre de Duane « Keffe D » Davis, accusé d’avoir tué en 1996 la légende du hip-hop Tupac Shakur, s’est ouvert près de 30 ans plus tard, le ministère public s’appuyant largement sur les déclarations publiques auto-incriminantes de l’accusé. Davis est jugé à Las Vegas et a plaidé non coupable du chef d’accusation lié à cette fusillade mortelle depuis une voiture.
Selon les procureurs, Davis aurait orchestré l'attaque
Le parquet n’accuse pas Davis d’avoir tiré les coups de feu qui ont tué Shakur. Il lui reproche en revanche d’avoir organisé cette vengeance, d’avoir aidé à se procurer l’arme utilisée lors de la fusillade et d’avoir pris place à bord de la Cadillac blanche impliquée dans l’attaque. Le parquet décrit Davis comme la personne responsable d’avoir déclenché la série d’événements qui a conduit à la fusillade.
Une agression physique quelques heures avant la fusillade
Le ministère public a présenté ce meurtre comme une vengeance suite à une altercation survenue plus tôt dans la journée du 7 septembre 1996, après un combat de boxe de Mike Tyson au MGM Grand.
Shakur et des membres de son entourage de Death Row Records ont été filmés en train d’agresser le neveu de Davis, Orlando « Baby Lane » Anderson, un incident qui, selon les procureurs, a constitué le mobile immédiat des événements qui se sont déroulés plus tard dans la nuit.
Selon l'État, Davis n'était pas l'auteur des coups de feu
Le procureur général adjoint Binu Palal, l’un des procureurs chargés de présenter les arguments de l’accusation contre Davis, a clairement reconnu que Davis n’était pas l’auteur des coups de feu, déclarant aux jurés :
«Soyons clairs: Duane Davis n’a pas appuyé sur la gâchette. Mais il a bel et bien planifié la fusillade en représailles au passage à tabac de son neveu.»
Les propres propos de Davis deviennent une preuve déterminante
Une grande partie du dossier de l’accusation devrait s’appuyer sur les déclarations que Davis a faites publiquement au fil des ans au sujet du meurtre de Shakur.
Les procureurs s’appuient sur ses interviews, ses interventions filmées et ses mémoires publiées en 2019, Compton Street Legend, pour affirmer que Davis a fourni à plusieurs reprises des détails sur la fusillade tout en décrivant sa propre présence et son implication dans les événements entourant l’attaque.
La défense conteste ces affirmations
Les avocats de Davis font valoir que ses déclarations publiques ne doivent pas être considérées comme des aveux fiables.
La défense soutient qu’il a exagéré ou inventé des récits concernant le meurtre afin d’attirer l’attention, de gagner de l’argent et de renforcer sa réputation. Ses avocats soulignent également ce qu’ils qualifient d’absence de preuves matérielles reliant directement Davis à la scène du crime, survenue il y a près de trois décennies.
Les résultats de l'autopsie permettent de reconstituer les circonstances de la mort de Shakur
La deuxième journée du procès a été consacrée aux preuves matérielles relatives au décès de Shakur. La médecin légiste Lisa Gavin a passé en revue les conclusions de l’autopsie originale de 1996 et a décrit les trois blessures par balle subies par le rappeur.
Une balle a gravement endommagé son poumon, qui a finalement dû être retiré, tandis que d’autres blessures ont causé des lésions importantes à ses intestins avant son décès.
Des images fortes suscitent une émotion intense
Des photos d’autopsie très explicites ont également été présentées aux jurés tandis que Gavin décrivait les blessures subies par Shakur. Cette présentation a ajouté une dimension émotionnelle au témoignage concernant un meurtre qui fait l’objet d’une attention publique intense depuis des décennies.
Les membres de la famille de Shakur ont été visiblement bouleversés par ces photos, certains détournant le regard ou quittant la salle d’audience pendant le témoignage médical.
Un témoin conteste les arguments du ministère public
Les difficultés liées à cette enquête qui dure depuis des décennies sont apparues au grand jour lorsque James McDonald, un ancien collaborateur de Suge Knight, cofondateur de Death Row Records, a opposé une résistance aux procureurs lors de son témoignage.
« Vous feriez mieux de me considérer comme un témoin hostile », a déclaré McDonald aux avocats. Il a également affirmé que « c’est une erreur, de ma part ou de celle de quiconque, de remuer le passé », exprimant ainsi sa réticence à évoquer cette affaire.
La police revient sur la scène de crime chaotique
Dean O’Kelley, ancien inspecteur de police de Las Vegas à la retraite, a témoigné au sujet de son intervention sur les lieux de la fusillade, près du Strip de Las Vegas. Il s’est souvenu avoir trouvé des douilles éparpillées sur la chaussée et avoir vu des agents tenter de sécuriser les lieux au milieu d’une confusion générale. Son témoignage a aidé le parquet à reconstituer la scène du crime où Shakur a été abattu alors qu’il se trouvait dans la voiture avec Knight.
Les jurés doivent déterminer si les propos de Davis sont fiables
Le procès devrait se poursuivre pendant plusieurs semaines, le temps que les procureurs comparent les déclarations enregistrées de Davis et ses mémoires avec les éléments de preuve recueillis au cours de l’enquête.
La défense tentera de présenter ces récits comme des récits sensationnalistes plutôt que comme de véritables aveux. Ce sera finalement aux jurés de décider si les propres propos de Davis prouvent sa participation au meurtre de Shakur ou s’ils corroborent l’argument de ses avocats selon lequel il a inventé ces histoires.