Un différend politique et technologique entre Donald Trump et l’une des principales entreprises mondiales d’intelligence artificielle a été mis en lumière après la fuite d’une note interne du PDG d’Anthropic, Dario Amodei. Ce message interne destiné aux employés contenait des critiques inhabituellement directes à l’égard du président et suggérait que l’hostilité de l’administration envers l’entreprise avait des motivations politiques.
Dans cette note, Amodei écrivait qu’Anthropic n’avait pas fait à Trump le genre d’« éloges dignes d’un dictateur » que, selon lui, d’autres leaders technologiques lui avaient adressés. La fuite est survenue alors que les tensions s’intensifiaient déjà entre l’entreprise et les responsables de la défense américains au sujet des restrictions imposées par Anthropic à l’utilisation militaire de ses systèmes d’IA, transformant ainsi un message interne en une confrontation politique nationale.
Une note interne
Une confrontation entre Donald Trump et le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, a fait la une des journaux après la fuite d’une note interne rédigée par le dirigeant de l’entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle, qui révélait des critiques inhabituellement directes à l’égard du président et de son administration. Ce message, partagé en interne avec les employés de l’entreprise d’intelligence artificielle basée à San Francisco, décrivait ce que Amodei considérait comme les motivations politiques derrière l’hostilité de l’administration envers Anthropic.
Dans la note, il écrivait que « la véritable raison pour laquelle l’administration Trump ne nous aime pas est que nous n’avons pas fait de dons à Trump » et que l’entreprise avait également refusé d’offrir ce qu’il décrivait comme « des éloges dignes d’un dictateur à Trump ». Ces commentaires internes ont rapidement circulé dans les médias technologiques et politiques, plaçant l’entreprise et la Maison-Blanche au centre d’un conflit croissant sur la politique en matière d’IA et l’utilisation militaire de modèles avancés.
Surveillance de masse et armes entièrement autonomes
La fuite de cette note a révélé les tensions qui s’étaient accumulées entre Anthropic et les autorités fédérales au sujet de l’utilisation de ses systèmes d’IA par le gouvernement américain, en particulier au sein des agences de défense.
Anthropic, qui développe la famille de modèles d’IA Claude, a publiquement maintenu des restrictions sur certaines utilisations de sa technologie, notamment les applications liées à la surveillance de masse et aux armes entièrement autonomes. Selon les informations relatives à ce différend, le ministère de la Défense avait fait pression pour que les restrictions sur l’utilisation de ces modèles dans un contexte militaire soient assouplies.
Le refus d’Anthropic de lever ces restrictions a contribué à une rupture de la coopération, mettant l’entreprise en conflit avec les responsables des programmes de sécurité nationale et des achats technologiques de plusieurs agences.
Sur Truth Social
Avant que la note interne ne soit rendue publique, Trump avait déjà signalé une rupture nette avec l’entreprise dans un long message publié sur Truth Social, dans lequel il condamnait Anthropic et annonçait l’abandon progressif de sa technologie au niveau fédéral.
Dans ce message, Trump écrivait :
« LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE NE PERMETTRONT JAMAIS À UNE ENTREPRISE RADICALE DE GAUCHE ET WOKE DE DICTER À NOTRE GRANDE ARMÉE COMMENT MENER ET GAGNER DES GUERRES ! » Il a accusé l’entreprise de tenter de « FORCER LA MAIN au ministère de la Guerre » et a affirmé que ses actions « METTAIENT EN DANGER LA VIE DES AMÉRICAINS, nos troupes et notre sécurité nationale ».
Le président a ensuite ordonné aux agences fédérales de « CESSER IMMÉDIATEMENT toute utilisation de la technologie d’Anthropic » tout en établissant « une période de transition de six mois » pour les départements qui utilisent déjà les outils de l’entreprise.
La pleine puissance
La déclaration de Truth Social a présenté le différend comme une question d’autorité sur les décisions militaires et le rôle que les entreprises technologiques privées devraient jouer dans l’élaboration de la politique de défense nationale.
Trump a écrit que « cette décision appartient à VOTRE COMMANDANT EN CHEF et aux formidables dirigeants que je nomme pour diriger notre armée ».
Il a également averti l’entreprise de coopérer pendant le processus de retrait progressif au niveau fédéral, écrivant qu’Anthropic « ferait mieux de se ressaisir et de se montrer coopérative pendant cette période de retrait, sinon j’utiliserai tous les pouvoirs de la présidence pour la contraindre à se conformer, avec des conséquences civiles et pénales importantes à la clé ».
Le message se terminait par un avertissement politique plus général, déclarant que « C’est NOUS qui déciderons du sort de notre pays, et NON une entreprise d’IA radicale de gauche hors de contrôle ».
Déclarations publiques
Après la fuite de la note, Amodei a reconnu la controverse suscitée par ses commentaires internes et a cherché à se distancier du ton du message.
Dans des déclarations publiques rapportées dans les jours qui ont suivi, le PDG d’Anthropic a déclaré que la note interne « ne reflète pas mes opinions mûrement réfléchies » et s’est excusé pour la façon dont elle avait été rédigée.
Cette déclaration visait à apaiser la situation sans renoncer à la position générale de l’entreprise sur la sécurité de l’IA. Anthropic a continué à affirmer qu’elle soutenait la coopération avec les agences de sécurité nationale, mais maintenait des restrictions sur certaines utilisations des systèmes d’IA avancés qui, selon elle, pourraient créer des risques importants s’ils étaient déployés sans limites.
Une action en justice
Le conflit a désormais dépassé le stade des déclarations publiques et s’est déplacé devant les tribunaux. Le 9 mars, Anthropic a intenté une action en justice pour contester la décision du gouvernement de désigner l’entreprise comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement » en matière de sécurité nationale et de retirer sa technologie des agences fédérales.
Le dossier juridique fait valoir que les mesures prises par l’administration étaient illégales et punitives à l’égard d’une entreprise privée qui refusait de modifier ses politiques technologiques.
Le procès vise à annuler cette désignation et à empêcher toute nouvelle mesure de rétorsion du gouvernement liée aux contrats de défense et aux marchés publics fédéraux, transformant ainsi le différend entre Trump et l’une des principales entreprises mondiales d’IA en une bataille juridique sur les limites entre le pouvoir politique, la sécurité nationale et l’influence en pleine expansion de l’intelligence artificielle.