Je suis toujours partante pour tout, sauf peut-être pour tout ce qui touche au paranormal. Bon, je retire ce que j’ai dit ; en réalité, je suis plutôt anxieuse, et « partante pour tout » est une description un peu exagérée pour quelqu’un qui, en entendant un bruit sourd inexpliqué à 2 heures du matin, se mettrait immédiatement à remettre en question tous ses choix de vie. Mais j’apprécie tout de même une bonne histoire de fantômes, à condition que je la lise et que je n’en sois pas la protagoniste. Et je les trouve encore plus intéressantes quand on met de côté les aspects effrayants pour découvrir qu’un événement réel a été à l’origine de l’histoire. Cela étant dit, voici 20 histoires de fantômes victoriennes derrière lesquelles se cache une réalité bien concrète.
1. La « maison la plus hantée » de Londres n'était en réalité qu'une maison triste et délabrée
Selon des magazines de la fin de l’époque victorienne, des invités et des marins auraient connu une mort atroce au 50 Berkeley Square, terrifiés par une « horreur sans nom » qui hantait le grenier. Cependant, il n’existe absolument aucun document de police ou des autorités locales permettant de corroborer ces récits, qui étaient probablement des rumeurs répandues par des voisins à l’imagination débordante, réagissant à l’état de délabrement de la maison. Le résident tristement célèbre du 50 Berkeley Square était Thomas Myers, un riche reclus. La maison tomba en ruine pendant qu’il y résidait, de 1859 jusqu’à sa mort en 1874.
2. Le spiritisme a commencé avec deux adolescents qui se faisaient craquer les orteils
Le 21 octobre 1888, Maggie Fox monta sur une scène à New York et avoua qu’un véritable mouvement était né de ce qu’elle présentait comme sa capacité à faire craquer les articulations de ses orteils. En mars 1848, elle et sa sœur Kate affirmèrent pouvoir communiquer avec un esprit qui faisait entendre des coups, appelé « M. Splitfoot » (qui serait Charles B. Rosna, un colporteur assassiné), à Hydesville, dans l’État de New York. Leur histoire donna un élan décisif au mouvement spirite, fondé sur la croyance selon laquelle les vivants pouvaient communiquer avec les morts.
3. « Spring-Heeled Jack » était un agent de Panic, pas un monstre
À partir d’octobre 1837, les Londoniens se mirent à parler d’une créature dotée de griffes, capable de franchir les murs et de cracher des flammes bleues. À mesure que les journaux et les romans à sensation bon marché, appelés « penny dreadfuls », reprenaient cette histoire, les récits initiaux prirent des proportions bien plus grandioses que la réalité. Ces attaques étaient très certainement l’œuvre de farceurs et d’agresseurs humains, amplifiées par la panique attisée par la presse. Mais au début de l’année 1838, Jane Alsop et Lucy Scales furent victimes d’attaques bien réelles, et le maire, Sir John Cowan, convoqua des réunions publiques et organisa une opération policière pour identifier les responsables.
4. Le fantôme du presbytère de Borley est antérieur à son célèbre chasseur de fantômes
Le presbytère de Borley allait par la suite devenir célèbre comme l’une des maisons les plus hantées d’Angleterre, notamment après que l’enquêteur en phénomènes paranormaux Harry Price l’eut étudié au XXe siècle. Mais ses histoires de fantômes remontent à bien plus loin. Le révérend Henry Dawson Ellis Bull fit construire le presbytère de Borley dans l’Essex en 1863. La légende locale racontait qu’un monastère médiéval occupait autrefois cet emplacement et qu’une religieuse y avait été exécutée. Il n’existe aucune preuve historique attestant de l’existence d’un monastère sur ce site. Dès juillet 1885, la famille et les domestiques de Bull affirmaient avoir vu une religieuse sur ce qu’ils appelaient le « Nun’s Walk » (le sentier de la religieuse) ainsi que le fantôme d’un cocher sans tête.
5. Dickens s'est inspiré d'un véritable naufrage pour écrire son histoire de fantômes
Charles Dickens a publié « Le Gardien du signal » en décembre 1866, mais l’horreur de ce récit s’inspirait en partie de deux catastrophes ferroviaires réelles : l’accident du tunnel de Clayton dans le Sussex (25 août 1861, 23 morts) et le déraillement de Staplehurst dans le Kent (9 juin 1865, 10 morts). Dickens lui-même a survécu au déraillement de Staplehurst et, au cours des deux semaines qui ont suivi, il a perdu la voix.
6. Le jeune Conan Doyle a navigué dans l'Arctique avant la création de Sherlock Holmes
Les dangers du voyage d’Arthur Conan Doyle dans l’Arctique étaient bien réels, mais ses fantômes, eux, ne l’étaient pas. En 1880, Conan Doyle, alors âgé de vingt ans, bien avant de créer Sherlock Holmes, a navigué de mars à septembre en tant que médecin de bord à bord du Hope, un baleinier arctique. Il a ensuite transposé cette expérience dans « Le capitaine du Pole-Star », dans lequel le capitaine entend des cris sur la glace et aperçoit le fantôme de sa fiancée décédée. L’histoire a été publiée dans le magazine Temple Bar en janvier 1883.
7. Le fantôme de Fisher a indiqué un ruisseau : les taches de sang ont fait le reste
Frederick Fisher, un forçat affranchi, disparut en juin 1826 à Campbelltown, en Australie. Son voisin, George Worrall, affirma que Fisher était parti en Angleterre à bord d’un navire. En octobre 1826, l’agriculteur John Farley rapporta avoir vu le fantôme de Fisher pointer du doigt un ruisseau, où la police, aidée de chiens de pistage, découvrit le corps de Fisher. Worrall fut pendu en février 1827, non pas en raison de cette vision, mais sur la base de preuves matérielles, notamment des taches de sang. Ce qui n’était au départ qu’un meurtre de l’époque géorgienne devint une célèbre légende victorienne de fantômes.
8. Le Fanu a fait appel à un vrai peintre pour illustrer un faux cauchemar
Dans « Schalken le peintre », œuvre de 1839 de l’écrivain irlandais J. Sheridan Le Fanu, une version romancée du véritable peintre néerlandais de l’Âge d’or Godfried Schalcken assiste au mariage forcé de sa bien-aimée avec un spectre aux allures de cadavre. Schalcken lui-même était célèbre pour ses tableaux inquiétants, chargés d’ombres et éclairés à la lueur des bougies, qui ont contribué à créer l’atmosphère de ce récit surnaturel de Le Fanu. Ainsi, si Schalcken a réellement existé, les événements cauchemardesques de l’histoire, eux, sont purement fictifs.
9. Le rêve d'une belle-mère : un corps retrouvé dans la grange rouge
En mai 1827, Maria Marten, âgée de 25 ans et maîtresse de William Corder, fut assassinée à Polstead, dans le Suffolk. Après la fuite de Corder, la belle-mère de Maria, Ann Marten, affirma avoir fait trois rêves révélant l’emplacement du corps. Si certains se montraient sceptiques quant à ces visions, estimant que de simples soupçons avaient peut-être conduit Ann jusqu’à cet endroit, sa déclaration permit de découvrir le corps de Maria, dissimulé dans la grange rouge de Corder. Bien que Corder eût envoyé des lettres affirmant que Maria était toujours en vie, le corps fut exhumé en avril 1828 et Corder fut pendu en août.
10. La légende du fantôme de Drury Lane reposait sur un véritable squelette
En 1848, lors de travaux de rénovation au Theatre Royal de Drury Lane, à Londres, des ouvriers ont percé un mur creux dans le balcon supérieur, mettant au jour une pièce murée et un squelette dont les restes étaient accompagnés d’un poignard. Cette découverte a naturellement ravivé la légende fantomatique du « Homme en gris », une apparition qui, selon la rumeur, se manifesterait coiffée d’un tricorne et vêtue d’une cape de chevalier.
11. L'histoire de Stevenson sur le voleur de cadavres n'était guère une fiction
Publiée en décembre 1884, la nouvelle de Robert Louis Stevenson intitulée « The Body Snatcher » (Le voleur de cadavres), qui raconte comment des étudiants en médecine se procuraient des cadavres pour les disséquer, s’inspire des meurtres réels commis par Burke et Hare. En 1828, à Édimbourg, William Burke et William Hare ont tué seize personnes et vendu leurs corps au docteur Robert Knox, professeur d’anatomie, à des fins de dissection. Alors que Burke fut pendu en janvier 1829, Knox ne fut jamais poursuivi en justice, bien que sa réputation en ait été gravement entachée.
12. Un étudiant en médecine a piégé le fantôme de Cheltenham à l'aide d'une ficelle
Entre 1882 et 1889, les occupants d’une maison de Cheltenham, en Angleterre, ont rapporté avoir vu une apparition : une grande femme vêtue d’un linceul noir et tenant un mouchoir à la main. Rosina Despard, étudiante en médecine, qui écrivait sous le pseudonyme de « Rose Morton », a mené une enquête approfondie et a même tenté de piéger l’apparition à l’aide de morceaux de ficelle tendus en travers des escaliers. Le chercheur en parapsychologie Frederic Myers publia par la suite un compte rendu de cette affaire en 1892 par l’intermédiaire de la Society for Psychical Research, une organisation fondée pour étudier les phénomènes prétendument paranormaux. Bien que la silhouette ait été provisoirement identifiée comme étant celle d’une ancienne résidente, Imogen Swinhoe, cela n’a jamais été confirmé. Cette affaire reste inexpliquée.
13. La « maison hantée » de Ballechin s'est effondrée sous le poids de ses propres méthodes
En février 1897, l’aristocrate écossais, le marquis de Bute, loua le manoir de Ballechin, dans le Perthshire, afin d’enquêter sur des allégations d’activité poltergeist et sur l’apparition d’une religieuse liée à l’ancien propriétaire, le major Robert Steuart, décédé en 1876. L’écrivaine et enquêtrice du paranormal Ada Goodrich Freer dirigea l’enquête et publia par la suite un ouvrage à ce sujet en 1899. Mais ses méthodes ne tardèrent pas à faire l’objet d’une controverse. La Society for Psychical Research critiqua ses méthodes et prit ses distances par rapport à l’enquête de Ballechin, tandis que l’affaire suscita un débat dans le Times.
14. Wilkie Collins a transformé une pendaison manquée en une intrigue fantastique
Le roman « The Dead Alive », publié en 1874 par l’écrivain anglais Wilkie Collins, s’inspire d’une affaire réelle : celle d’un homme que l’on croyait assassiné et qui réapparut vivant, dont Collins eut connaissance lors d’une tournée de conférences aux États-Unis. Cet homme, Russell Colvin, avait disparu de Manchester, dans le Vermont, plusieurs années auparavant. En 1819, deux frères, Stephen et Jesse Boorn, avaient été reconnus coupables de son meurtre et condamnés à mort par pendaison. Condamnés sur la base de rumeurs, voire de rêves, les frères devaient être exécutés lorsque Colvin réapparut, bien vivant, dans le New Jersey. Voilà une façon de faire annuler une condamnation pour meurtre.
15. L'ouverture d'un palais aux touristes a donné naissance à un fantôme royal
Catherine Howard, la cinquième épouse du roi Henri VIII, fut exécutée pour trahison en février 1542. Selon une légende bien postérieure, elle se serait un jour échappée de ses gardes au château de Hampton Court et aurait couru en hurlant dans un couloir en direction de la chapelle royale. Cette histoire de fantôme prit de l’ampleur après que la reine Victoria eut ouvert gratuitement le château de Hampton Court au public en 1838. Des visiteurs et des gardes ont rapporté avoir entendu des cris et aperçu un fantôme blanc dans ce même couloir, qu’ils ont identifié comme étant Catherine. Des historiens victoriens, dont Agnes Strickland, ainsi que des guides touristiques, ont perpétué cette légende.
16. Le « poltergeist » d'Esther Cox faisait suite à une véritable agression
L’affaire de poltergeist impliquant Esther Cox, une jeune femme de Nouvelle-Écosse, a débuté en 1878 à Amherst, en Nouvelle-Écosse, et comprenait des allégations d’incendies spontanés, d’objets volants, de bruits de coups et de messages mystérieusement gravés dans le plâtre. Les phénomènes paranormaux présumés auraient commencé après qu’Esther Cox eut survécu à une agression traumatisante. Des chercheurs contemporains ont émis l’hypothèse que ces événements pourraient résulter d’une combinaison de traumatisme psychologique et d’une possible supercherie. En 1879, l’écrivain Walter Hubbell s’installa dans la maison afin d’observer lui-même les phénomènes supposés. En 1888, Hubbell publia un best-seller intitulé The Great Amherst Mystery.
17. L'histoire de fantôme de Lord Dufferin n'était pas étayée par un accident d'ascenseur
Dans les années 1890, les cercles mondains se racontaient une histoire surnaturelle qui aurait été rapportée par Frederick Hamilton-Temple-Blackwood, 1er marquis de Dufferin et d’Ava, diplomate britannique et ancien vice-roi des Indes. La légende raconte que Dufferin aurait un jour aperçu un homme mystérieux portant un cercueil et qu’il aurait ensuite reconnu le visage de cet homme chez un ascensoriste d’un hôtel parisien. Il refusa de monter dans l’ascenseur, dont le câble se serait alors rompu, tuant toutes les personnes qui s’y trouvaient. Aucun accident mortel d’ascenseur à Paris n’est toutefois mentionné dans les registres de la police parisienne ou dans ceux des hôtels.
18. « Black Sarah » était une femme en deuil, pas un fantôme
Les histoires de fantômes autour de Sarah Whitehead n’ont commencé qu’après sa mort, mais sa véritable histoire remonte à bien plus loin. Son frère, Philip Whitehead, était employé à la Banque d’Angleterre ; il fut exécuté pour faux et usage de faux en 1811. De 1812 jusqu’à la fin des années 1830 ou au début des années 1840, Sarah se rendait presque tous les jours dans les locaux de la Banque, situés sur Threadneedle Street, vêtue d’un voile épais et d’une robe de deuil noire, pour interroger les employés au sujet de son frère. Les administrateurs de la Banque eurent pitié de Sarah et lui accordèrent une petite allocation. Ce n’est que plus tard que les rumeurs transformèrent cette femme en deuil en un fantôme connu sous le nom de « Black Sarah » ou « la nonne noire de la Banque ».
19. Le « fantôme du pousse-pousse » de Kipling était une invention, mais son Simla, lui, existait bel et bien
Dans « Le Rickshaw fantôme » de Rudyard Kipling, publié en décembre 1885, Jack Pansay, fonctionnaire britannique, abandonne cruellement sa maîtresse, Agnes Keith-Wessington. Après la mort d’Agnes, son fantôme et son pousse-pousse aux panneaux jaunes tourmentent Pansay sur les routes de montagne de Simla jusqu’à ce qu’il s’effondre complètement. Bien que Pansay et Agnes soient des personnages entièrement fictifs, le cadre était très familier à Kipling, qui avait travaillé comme journaliste à Simla, alors capitale d’été de l’Inde britannique.
20. Un futur roi a repéré un bateau fantôme, puis un homme est mort
Le 11 juillet 1881, le prince George, âgé de 16 ans et futur roi George V, se trouvait temporairement à bord du HMS Inconstant au large de l’Australie, tandis que son propre navire, le HMS Bacchante, subissait des réparations au niveau du gouvernail. Lui et d’autres membres d’équipage ont rapporté avoir vu un navire spectral, rougeoyant, passer devant leur proue à 4 h du matin. Cette observation a été consignée dans le journal de bord associé à George et à son frère aîné, le prince Albert Victor. La vigie qui a aperçu l’apparition en premier serait tombée du mât et serait décédée quelques heures plus tard. Certains historiens maritimes suggèrent que ce navire mystérieux aurait pu être un « Fata Morgana », un type de mirage provoqué par la distorsion d’objets lointains due à des couches d’air à différentes températures, mais cela n’est pas certain.
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