Québec met en place deux programmes venant en aide aux entreprises touchées par les nouveaux tarifs américains de 50%. La première ministre Christine Fréchette a réuni la presse samedi à Montréal pour annoncer la mesure.
Le Programme d'aide d'urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME) est destiné aux entreprises ayant un chiffre d'affaires entre un et deux millions de dollars. Il sera géré par les municipalités régionales de comté. Les entreprises exportatrices aux États-Unis, dont les produits sont visés par les droits de douane, ainsi que les fournisseurs et les sous-traitants seront admissibles à cette aide. Ces entreprises pourront recevoir un prêt pouvant atteindre 150000 $.
L'autre programme vise les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à deux millions de dollars et dont les revenus sont considérablement réduits par des tarifs douaniers américains de 25% et plus sur les exportations canadiennes. Via le Fonds offensif pour le renforcement des capacités économiques (FORCE), les entreprises pourront obtenir des liquidités pour maintenir leurs activités et bénéficieront d'un moratoire allant jusqu'à 24 mois pour le remboursement ainsi que d'un congé d'intérêts pendant 12 mois. FORCE est administré par Investissement Québec.
Les entreprises peuvent faire une demande auprès de ces programmes dès cette semaine. Ni Mme Fréchette ni son ministre des Finances, Eric Girard, n'ont été en mesure de chiffrer le coût de ces nouveaux programmes. M. Girard n'a néanmoins pas exclu d'«amener des crédits additionnels» pour les financer si la demande devenait trop forte.
«Trump s'attaque directement à notre sécurité économique», a déploré Mme Fréchette samedi. Selon elle, les nouveaux droits de douane touchent 7,7 milliards $ d'exportations québécoises, ce qui représente plus de 9% des exportations québécoises vers les États-Unis.
«C'est colossal», a réagi Mme Fréchette. Des entreprises nous ont confié déjà avoir commencé à perdre des contrats depuis cette nouvelle menace tarifaire en juillet. Certaines vont devoir ralentir leur production. Il y a des travailleurs qui vont peut-être voir leurs heures être réduites, d'autres risquent de perdre leur emploi.»
La première ministre a salué la décision de M. Carney de mettre fin aux négociations avec les États-Unis. Selon elle, l'administration Trump a choisi «la confrontation».
Autres façons de tenir tête aux Américains? Mme Fréchette a souligné qu'elle ne remettrait pas les produits américains sur les tablettes de la Société des alcools du Québec (SAAQ) et que Québec continuerait de pénaliser les entreprises américaines dans les appels d'offres. Elle dit avoir également convoqué le milieu économique, le milieu agricole, les syndicats et les institutions financières afin de discuter des tarifs douaniers.
Mais Mme Fréchette n'exclut pas d'aller plus loin. Samedi matin, Mark Carney rappelé que les États-Unis importent de grandes quantités de d'énergie canadienne: «Le Canada alimente la croissance américaine. […] Je ne pense pas qu'ils veuillent que l'on arrête d'envoyer notre énergie».
Est-ce que la ministre Fréchette irait jusqu'à couper la vente d'énergie produite par Hydro-Québec aux Américains? «Pour l'instant, ce n'est pas une action que nous avons envisagée. À voir comment va évoluer la situation. Pour l'instant, je n'exclus rien», a-t-elle répondu aux journalistes.
Le scrutin approche
L'échec des négociations Canada-États-Unis survient à quelques jours du déclenchement des élections au Québec cette semaine. Pour le moment, Christine Fréchette n'a pas voulu dire si elle pensait qu'elle devrait suspendre sa campagne par moments pour gérer la crise.
Cette dernière a d'ailleurs rencontré les chefs des autres partis politiques provinciaux samedi. Selon elle, il est «temps de se serrer les coudes». «Je nous sais tous sur la même longueur d'onde, notamment quant à notre volonté de protéger notre culture et notre langue officielle, le français. Je les remercie pour leur collaboration et leur engagement envers les Québécois. Je les ai invités à partager ce qu'ils entendent sur le terrain, notamment quant aux besoins et aux demandes des entreprises et des régions», a ajouté la première ministre.
«Peu importe l'issue de l'élection du 5 octobre, la protection et le soutien des entreprises québécoises sont non négociables au Québec. Il n'y a pas de scénario dans lequel nous laissons tomber les Québécois », a affirmé le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. Il promet d'étudier rapidement «la teneur des programmes» de Mme Fréchette.
Le chef péquiste a également promis de «s'assurer que les sommes recueillies par le fédéral [par les contre-mesures] soient réallouées aux entreprises québécoises d'ici, de sorte que nous obtenions notre juste part». Il a également qualifié Mme Fréchette et son parti de «spectateurs» dans cette affaire.
«Des emplois sont menacés, des entreprises sont fragilisées et je n'ai toujours pas entendu de plan suffisamment solide pour protéger les secteurs les plus vulnérables de notre économie», a-t-il déploré Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec, offrant toutefois sa «pleine collaboration».
Ce dernier aurait «souhaité que cette rencontre nous permette d'aller plus loin». Selon lui, elle relevait davantage d'un «exercice de relations publiques» qu'une «réelle volonté de travailler ensemble». «On s'est essentiellement contenté de nous répéter des informations déjà rendues publiques lors des conférences de presse plus tôt [samedi]», a-t-il affirmé.
Le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime, abonde en ce sens. «J'en ai toutefois profité pour l'interpeller sur les barrières interprovinciales au commerce et l'inviter à les suspendre afin d'accroître les échanges économiques au Canada», a-t-il mentionné.
La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a relaté avoir demandé que les programmes d'aide aux entreprises soient assortis de garanties de maintien d'emploi: «Je suis en attente d'une réponse. Pour moi, c'est évident que les travailleurs et les travailleuses qui font rouler nos entreprises et nos usines soient au cœur des solutions mises de l'avant.»
«J'ai demandé à ce que les programmes d'aide aux entreprises soient assortis de garanties de maintien d'emploi. Je suis en attente d'une réponse », a lancé la porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal.
« Je vous avoue demeurer sur mon appétit », a enchaîné le chef conservateur, Éric Duhaime, dans une déclaration. Jugeant que Mme Fréchette «a essentiellement répété ce qu'elle avait déjà annoncé plus tôt», il en a profité pour l'inviter à suspendre les barrières au commerce interprovincial et à accroître les échanges à l'intérieur du Canada.
«Peu importe nos allégeances, les Québécois doivent aujourd'hui se serrer les coudes. Cela dit, il y aura un temps, très prochainement, où nous pourrons juger du mauvais état de préparation de la CAQ face à cette crise», a-t-il ajouté.