Oh, nous connaissons tous le tristement célèbre cheval de Troie, et la sortie récente du film « Odyssey » de Nolan l’a sans aucun doute remis sur le devant de la scène. Certes, ce cheval de bois géant rempli de soldats grecs relève de la mythologie, mais il a tout de même permis de tirer une leçon assez intemporelle : mieux vaut peut-être inspecter un cadeau avant de le faire entrer chez soi. Les dirigeants de l’histoire avaient apparemment besoin de ce rappel, car les cadeaux diplomatiques ont toujours été très variés, allant des éléphants aux diamants, en passant par des robes portant un sous-entendu politique plutôt insultant. Comme le prouvent ces 20 exemples, un cadeau n’est parfois pas qu’un simple cadeau.
1. Le cheval de Troie n'a jamais été qu'une légende
J’ai en fait été surpris qu’aucune preuve archéologique n’ait été découverte pour étayer la célèbre histoire selon laquelle des soldats grecs se seraient cachés à l’intérieur d’un immense cheval de bois aux portes de Troie, en prétendant qu’il s’agissait d’une offrande à Athéna. Cette histoire apparaît dans des œuvres antiques, notamment l’Odyssée d’Homère et l’Énéide de Virgile, écrites plusieurs siècles après la date supposée de la guerre de Troie. Selon le récit, les Troyens auraient fait entrer le cheval dans leur ville, mais les soldats grecs en seraient sortis pendant la nuit pour ouvrir les portes. Ainsi, aussi emblématique que soit le cheval de Troie, ce cheval de bois géant appartient à la mythologie, et non à l’histoire avérée. Désolé, fans de l’Odyssée !
2. La statue de la Liberté était un acte de protestation, pas un cadeau
Loin d’être un cadeau du gouvernement français, la création de la Statue de la Liberté est née d’une proposition d’un penseur libéral, Édouard René de Laboulaye, visant à promouvoir le républicanisme et à protester contre le régime autoritaire de Napoléon III en France. Réalisée par le sculpteur Frédéric-Auguste Bartholdi et entièrement financée par des dons privés de simples citoyens français, la statue a été inaugurée le 28 octobre 1886 ; les chaînes brisées à ses pieds symbolisent l’abolition de l’esclavage.
3. Staline n'a pas lâché l'épée de Stalingrad
Lors de la conférence de Téhéran, le 29 novembre 1943, Winston Churchill remit à Staline une épée ornée de pierres précieuses, commandée par le roi George VI en signe de respect pour l’héroïsme du peuple soviétique lors de la bataille de Stalingrad. Staline embrassa la lame et la tendit au maréchal Kliment Vorochilov, qui la laissa tomber, faisant retentir l’épée sur le sol. Mais soyons clairs : ce moment embarrassant n’était pas de la faute de Staline !
4. Les éléphants de Mongkut servaient à l'exploitation forestière, et non au combat
En février 1861, le roi du Siam, Mongkut, proposa au président Buchanan d’envoyer aux États-Unis des couples d’éléphants reproducteurs afin d’aider à défricher les forêts. Cette offre constituait une affirmation de la souveraineté siamoise, une manœuvre stratégique visant à dissuader les colonisateurs européens. Lorsque la lettre parvint à Lincoln en 1862, celui-ci répondit par écrit pour décliner poliment l’offre ; les États-Unis disposaient déjà de la force motrice à vapeur pour ce type de travail. Aucun éléphant ne partit à la guerre (heureusement).
5. Un diamant en échange d’un ambassadeur assassiné
En janvier 1829, une foule en colère à Téhéran assassina l’ambassadeur russe Alexandre Gribouïedov. Craignant des représailles russes, le monarque persan Fath-Ali Shah Qajar envoya son petit-fils à Saint-Pétersbourg avec le diamant du Shah, une pierre ancienne de 88,7 carats sur laquelle étaient gravés les noms des souverains précédents. Nicolas Ier de Russie accepta ce joyau en guise d’indemnité totale, et l’affaire fut classée. C’est un diamant qui a permis d’éviter la confrontation.
6. Les pandas sont partis à la guerre avant d'aller au zoo
Deux pandas géants baptisés Pan-dee et Pan-dah (quel beau nom !) ont été offerts au zoo du Bronx en novembre 1941 par Madame Tchang Kaï-chek, quelques semaines avant Pearl Harbor. Il s’agissait d’un cadeau de la Chine nationaliste destiné à remercier les Américains pour leurs dons d’aide humanitaire. Il s’agissait d’une initiative visant à rallier le soutien populaire en faveur de l’aide militaire contre le Japon, plusieurs décennies avant la célèbre « diplomatie du panda » menée par la République populaire de Chine dans les années 1970.
7. Charlemagne a reçu un éléphant porteur d'un message politique
En juillet 802, les Annales royales franques rapportent qu’une ambassade d’Haron al-Rachid a offert l’éléphant d’Asie Abul-Abbas à Charlemagne, qui se trouvait alors à Aix-la-Chapelle. Abul-Abbas est resté sur le territoire franc jusqu’à sa mort en 810. Les historiens ont interprété ce don comme un signe d’intérêt commun contre l’Empire byzantin et l’émirat omeyyade de Cordoue.
8. Les cerisiers de Washington DC ont dû être replantés
En mars 1912, le don de 3 020 cerisiers Yoshino par le maire de Tokyo, Yukio Ozaki, a contribué à apaiser les tensions entre le Japon et les États-Unis liées aux lois anti-japonaises de Californie. Des ouvriers ont planté ces arbres autour du Tidal Basin, à Washington, D.C., après que le don initial de 2 000 cerisiers envoyé par Ozaki depuis Tokyo en 1909 eut dû être brûlé par le ministère américain de l’Agriculture (USDA) car ils étaient arrivés malades. Donc oui, les célèbres cerisiers de Washington constituent en réalité une deuxième tentative !
9. Qianlong n'était pas impressionné par les horloges britanniques
En 1793, Lord Macartney offrit à l’empereur Qianlong des horloges mécaniques, des télescopes et des planétariums afin de démontrer la puissance industrielle britannique et dans l’espoir d’obtenir des droits commerciaux. Qianlong, les considérant comme un simple tribut d’un vassal lointain, rejeta les demandes commerciales de la Grande-Bretagne, affirmant que la Chine n’avait pas besoin de ces « appareils ingénieux » étrangers. Cependant, les objets en question furent conservés dans la collection de l’empereur, comme l’attestent clairement les archives du palais.
10. FDR a offert à un roi son propre fauteuil roulant de rechange
Lors du sommet de Great Bitter Lake en 1945, à bord de l’USS Quincy, Roosevelt rencontra le roi saoudien Abdulaziz. Ce sommet renforça l’alliance américano-saoudienne et scella leur partenariat « pétrole contre sécurité ». Ce faisant, il a progressivement érodé l’influence britannique dans la région. Roosevelt a même offert deux cadeaux personnels à Abdulaziz : un avion royal de type C-54 Skymaster et, après avoir remarqué les difficultés de mobilité du roi, un fauteuil roulant de rechange identique que Roosevelt avait lui-même apporté à bord de l’USS Quincy.
11. Un éléphant blanc symbolisait les routes commerciales d'un empire
En mars 1514, le roi Manuel Ier du Portugal, désireux de démontrer la suprématie de son pays sur les routes commerciales de l’océan Indien, fit envoyer en cadeau au pape Léon X à Rome un éléphant asiatique blanc, une espèce rare, nommé Hanno, qui venait de Cochin et avait transité par Lisbonne. Cet éléphant, qui mourut en juin 1516, incita Léon X à promulguer des bulles papales confirmant les revendications du Portugal sur ces nouvelles terres orientales.
12. Un oiseau, une souris et un avertissement que la Perse a failli manquer
Lorsque Darius Ier envahit la Scythie en 513 av. J.-C., Idanthyrsus envoya au roi perse un oiseau, une souris, une grenouille et cinq flèches. Hérodote relate cette histoire comme un exemple de la diplomatie symbolique de l’époque (pas nécessairement mot pour mot). Darius interpréta ce message comme un signe de capitulation, mais son général Gobryas s’y opposa, affirmant que les Scythes tueraient les Perses à coups de flèches à moins que ces derniers ne puissent voler dans les airs comme des oiseaux, s’enfouir dans le sol comme des souris et se réfugier dans l’eau comme des grenouilles.
13. Darius III s'est moqué d'Alexandre à l'aide d'un fouet et d'une balle
Selon le « Roman d’Alexandre » (qui n’est pas un véritable récit historique militaire), vers 332 av. J.-C., Darius III envoya à Alexandre le Grand une balle, un fouet et de l’or, laissant entendre qu’Alexandre n’était encore qu’un enfant qui aurait dû jouer plutôt que de faire la guerre. Alexandre aurait retourné cette insulte à son avantage, interprétant ces objets comme des présages selon lesquels il régnerait sur la sphère (la balle) de la Terre, conquerrait la Perse (en la soumettant à coups de fouet) et recevrait l’or de la Perse en tribut.
14. Une couronne qui, discrètement, a fait de la Hongrie un vassal
Les historiens ne s’accordent toujours pas sur la question de savoir si le roi hongrois André Ier a jamais porté la couronne de Monomaque, une couronne en or finement ouvragée et émaillée, offerte par l’empereur byzantin Constantin IX Monomaque entre 1042 et 1055 de notre ère. Fabriquée dans les ateliers impériaux, cette couronne constituait un cadeau particulièrement prestigieux, mais elle pouvait également véhiculer un message politique. L’idéologie politique byzantine considérait que les monarques chrétiens devaient tirer leur autorité de Constantinople ; ainsi, les insignes de couronnement pouvaient signifier que le destinataire était un subordonné plutôt qu’un égal.
15. Les balles de tennis qui n'ont peut-être jamais existé
Des chroniqueurs anglais du XVe siècle ont rapporté que le dauphin Louis avait offert au roi Henri V un tonneau de balles de tennis, laissant ainsi entendre que le jeune roi ferait mieux de s’en tenir aux jeux plutôt que de faire la guerre. Shakespeare a par la suite popularisé cette anecdote, mais aucun document officiel ne fait état de cet incident dans les archives nationales. C’est une insulte de taille, mais malheureusement, peut-être trop grande pour être vraie.
16. Une robe offerte par Soliman a redéfini le statut de la France
Après avoir été fait prisonnier à la suite de la bataille de Pavie, François Ier sollicita l’aide du sultan ottoman Soliman le Magnifique. En février 1526, Soliman répondit en envoyant des habits d’apparat et une lettre. Cette lettre énumère les grands titres de Soliman, mais s’adresse à François simplement en tant que « roi de la province de France », présentant ainsi la France comme étant sous la protection ottomane plutôt que comme un allié à part entière, contrairement à ce que souhaitait François. Cette position est confirmée par le document original, conservé aux archives françaises.
17. Des tabatières sur un radeau ont dissimulé un partage des richesses à l'échelle continentale
Les lettres privées, empreintes de méfiance, du tsar Alexandre Ier contrastaient avec les somptueuses manifestations d’amitié impériale qui ont entouré ses négociations de 1807 avec Napoléon Bonaparte. Lors de leur rencontre sur un radeau sur la Neman, à Tilsit, en juillet 1807, les deux empereurs ont échangé des cadeaux somptueux, tels que des tabatières incrustées de diamants et de la porcelaine impériale. C’est là qu’ils signèrent également les traités de Tilsit, qui partageaient une grande partie de l’Europe entre leurs empires et contraignaient la Russie à se joindre au blocus de Napoléon contre la Grande-Bretagne. Ces cadeaux semblaient certes être un signe d’amitié, même si les hommes qui les échangeaient n’étaient pas tout à fait aussi confiants.
18. Un navire perdu est devenu le bureau d'un président
Le bureau en chêne du cabinet du président Rutherford B. Hayes a été fabriqué à partir du bois du HMS Resolute, un navire britannique d’exploration arctique abandonné dans les glaces en 1855, récupéré et restauré par la Marine américaine, puis restitué à la Grande-Bretagne en 1856 en signe de bonne volonté. En signe de réciprocité, la reine Victoria offrit ce bureau à Hayes en novembre 1880, scellant ainsi la réconciliation entre les deux marines et les deux pays.
19. Cixi a enfreint la loi impériale pour un portrait
Après la révolte des Boxers, l’impératrice douairière Cixi accepta de poser pour la peintre américaine Katharine Carl, rompant ainsi avec une tradition séculaire qui interdisait les portraits réalistes, de style occidental, des souverains Qing encore en vie. Le portrait à l’huile de Cixi qui en résulta, achevé en 1903-1904 après neuf mois de séances, mesurait pas moins de 10 pieds de haut et fut envoyé au président américain Théodore Roosevelt. Ce portrait fut exposé à l’Exposition universelle de Saint-Louis en 1904 et avait pour but de changer l’opinion que l’Occident se faisait de la Chine.
20. Le sceau en bois qui a mis une ambassade sur écoute pendant sept ans
Le 4 août 1945, les Jeunes Pionniers soviétiques ont offert à l’ambassadeur américain Averell Harriman un Grand Sceau des États-Unis sculpté dans le bois, connu sous le nom de « The Thing ». Le dispositif d’écoute indétectable caché à l’intérieur a été découvert par hasard en 1952 à la Spaso House. Ce micro avait été conçu par l’inventeur Léon Thérémine et ne nécessitait ni piles ni composants électroniques actifs pour fonctionner ; il utilisait plutôt un faisceau radio externe pour activer sa cavité résonante passive. Pendant sept ans, ce micro d’écoute est resté indétectable. Impressionnant !
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