« La beauté passe par la souffrance », comme on dit. Malheureusement pour les Victoriens, c’était une réalité bien concrète. Si vous observez les tableaux de l’époque, vous remarquerez que tous les personnages ont la peau pâle et un teint impeccable. Mais cela avait un prix : ils s’enduisaient littéralement le visage de poison. Voici ce que nous savons sur ces cosmétiques mortels que les gens utilisaient pour paraître, au sens propre du terme, d’une beauté à couper le souffle.
1. Le maquillage toxique remonte à bien avant l'époque victorienne
Contrairement à ce que l’on croit généralement, cette mode consistant à s’appliquer du poison sur le visage ne remonte pas à l’époque victorienne ; elle est en réalité bien plus ancienne. Les membres de la royauté de l’Égypte antique se maquillaient les yeux avec du khôl, une poudre noire contenant du plomb, dont ils pensaient qu’elle les protégeait des maladies et symbolisait leur statut social élevé.
2. L'aspect pâle et maladif, c'était justement le but recherché
À l’époque victorienne, on prônait une beauté caractérisée par une peau si pâle qu’elle semblait presque transparente. Ce critère est devenu la norme de beauté car il laissait supposer que l’on était suffisamment riche pour ne jamais avoir à travailler en plein air, sous le soleil ; ainsi, avoir le teint pâle était en quelque sorte synonyme de privilège. Mais le plus incroyable, c’est que cela donnait simplement l’impression que ces personnes étaient en train de mourir de tuberculose.
3. Les femmes n'étaient pas seulement vaniteuses
Les historiens contemporains réfutent l’idée reçue selon laquelle ces femmes n’étaient que des sotteuses qui s’empoisonnaient par vanité. Dans un monde où les femmes n’avaient pratiquement aucun pouvoir, la beauté leur offrait un statut, de l’influence et un peu de contrôle. C’était en substance leur façon d’affirmer leur place dans la société.
4. La peinture au plomb a atterri directement sur le visage
Les femmes se recouvraient le visage d’une peinture blanche à base de plomb, et plus celle-ci abîmait leur peau, plus elles devaient en mettre pour masquer les dégâts. C’était un cercle vicieux dans un pot. Un pas en avant, trois pas en arrière !
5. La reine Élisabeth Ire en serait peut-être morte
La personnalité la plus célèbre à avoir porté du maquillage à base de plomb était la reine Élisabeth Ire. Après que la variole eut marqué son visage de cicatrices en 1562, elle se recouvrait d’une épaisse couche de peinture blanche à base de plomb appelée « céruse vénitienne ». Certains historiens estiment que sa mort, survenue quelques années plus tard, pourrait avoir été en partie due à un empoisonnement au plomb.
6. Sa recette était plus dangereuse qu'elle n'en avait l'air
Les scientifiques d’aujourd’hui ont d’ailleurs reproduit ces anciennes recettes afin de les tester plus en détail. Le simple mélange de plomb et de vinaigre que, selon la légende, utilisait Élisabeth Ire laissait passer beaucoup plus de plomb à travers la peau que les autres formules. Son mélange particulier était donc en réalité l’une des pires versions possibles.
7. Le maquillage s'est fissuré quand tu as souri
Une fois qu’une femme s’était maquillée avec du maquillage à base de plomb, elle devait souvent rester immobile, car les couches épaisses de maquillage risquaient de s’écailler ou de se fissurer si elle bougeait trop. C’est en quelque sorte une version encore plus effrayante de ce qu’on appelle un « visage ciselé ».
8. Les maquillages au plomb ne ressemblaient pas tous à un masque blanc
Lorsqu’il est bien appliqué, le plomb confère en réalité un fini doux, subtil, presque rosé, qui estompe les imperfections à la manière des fonds de teint modernes. On ne peut donc pas vraiment reprocher aux femmes de continuer à l’utiliser, surtout depuis qu’elles ont appris à contourner ses inconvénients.
9. Le mercure était vendu comme remède contre les imperfections cutanées
Passons maintenant aux soins de la peau : les Victoriens utilisaient du mercure pour éliminer leurs boutons. Un composé appelé bichlorure de mercure était recommandé pour venir à bout des imperfections — même s’il pouvait tout aussi bien nuire à la personne qui l’utilisait. Mais comme vous le savez désormais, les Victoriens ne manquaient pas de détermination !
10. Ils se frottaient les paupières avec du mercure
Pour tenter de faire repousser leurs cils perdus, certaines personnes mélangeaient également du mercure à du saindoux et s’en frottaient directement le pourtour des paupières. Eh oui, du mercure toxique directement dans les yeux !
11. Le maquillage rouge était souvent un poison lui aussi
Les produits cosmétiques aux teintes rouges, très en vogue à cette époque, étaient souvent à base de sulfure de mercure, également appelé cinabre ou vermillon. Ainsi, des lèvres ou des joues rosées pouvaient aussi signifier que l’on injectait du mercure dans sa peau. En tant que passionnée de rouges à lèvres et de fards à joues, je suis vraiment ravie de disposer aujourd’hui d’options bien plus sûres !
12. Les gens mangeaient des gaufrettes à l'arsenic pour avoir une peau nette
Les Victoriens pouvaient acheter des « pastilles pour le teint » à base d’arsenic, vendues par correspondance et en pharmacie, qu’on mangeait littéralement pour obtenir une peau pâle et claire. L’arsenic les rendait pâles en détruisant leurs globules rouges. Toutes ces blagues et ces mèmes sur les « enfants victoriens malades » contiennent en fait une part de vérité !
13. Certains se sont même baignés dans de l'arsenic
Dans certaines régions de Bohême, les femmes se seraient baignées dans des sources chaudes riches en arsenic pour éclaircir tout leur corps (et pas seulement leur visage, remarquez bien).
14. L'arsenic causait d'atroces ravages dans l'organisme
Il était impossible que les effets de tout cet arsenic ne soient pas graves. Une exposition à long terme pouvait entraîner des lésions rénales et du système nerveux, une perte de cheveux, des excroissances cutanées étranges, une décoloration de la peau, entre autres, voire la mort. Ainsi, à cette époque, si l’on voyait quelqu’un « briller », c’est qu’il était pratiquement condamné.
15. La belladone a progressivement rendu aveugles des femmes
J’aime beaucoup l’aspect rêveur, humide et écarquillé des yeux que l’on voit dans les photos de mode, mais autrefois, les femmes obtenaient cet effet en se mettant directement dans les yeux des gouttes de belladone (également appelée « morelle noire », si cela peut vous aider). Et comme son nom l’indique, une utilisation prolongée de cette substance pouvait effectivement entraîner la cécité.
16. Des « extensions » de cils impliquaient de la cocaïne et une aiguille
La version victorienne des extensions de cils n’est pas non plus pour les âmes sensibles. Des récits datant de 1899 décrivent comment une technicienne appliquait une solution de cocaïne liquide sur la paupière et le bord interne de l’œil pour l’engourdir, puis enfilait des cheveux arrachés sur la tête dans une aiguille à coudre et les cousait sur la ligne des cils.
17. Une crème dépilatoire pourrait vous mettre le feu
Il existait également une ancienne recette d’épilation à base de nitrate de potassium, qui est essentiellement le même composant que celui que l’on trouve aujourd’hui dans les feux d’artifice et le carburant des fusées. Outre le risque d’émettre des gaz toxiques, ce produit pouvait prendre feu si l’on s’approchait trop près d’une lampe à huile. Le traitement des poils des jambes comportait donc un risque, certes faible mais bien réel, de s’embraser.
18. Le radium est ensuite devenu le nouveau « remède miracle »
Au début du XXe siècle, le radium est devenu l’ingrédient miracle à la mode, ajouté aux crèmes pour le visage et même aux produits capillaires et dentaires pour donner un éclat « radieux ». Une marque française est même allée jusqu’à incorporer des substances radioactives dans ses cosmétiques. Les gens ont troqué un ingrédient mortel contre un autre, toujours à la recherche de cet éclat magique. On n’apprend vraiment rien, n’est-ce pas ?
19. Le poison se trouvait aussi dans leurs vêtements et dans leurs murs
Les Victoriens utilisaient le même arsenic toxique que celui employé dans les cosmétiques pour teindre leurs robes et leurs papiers peints d’un vert vif. Un chimiste a calculé qu’une seule robe de bal verte pouvait contenir près de la moitié de son poids en arsenic et en libérer une dose mortelle en une seule soirée. Entre le maquillage, la robe et les murs, une Victorienne à la mode baignait pour ainsi dire dans le poison.
20. Ils le savaient, mais ils l'ont porté quand même
Les Victoriens n’étaient pas du tout au clair à ce sujet ! Ils savaient très bien ce qui se passait. Mais ils ont simplement décidé que la beauté valait bien ce risque. Chaque époque a en quelque sorte son « poison qui en vaut la peine », et à bien y réfléchir, il y en a encore beaucoup aujourd’hui, mais de manière plus subtile !
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