Le prince Harry essuie une défaite cuisante dans le cadre d’un procès pour atteinte à la vie privée contre l’éditeur du Daily Mail
Le prince Harry a essuyé l’un des plus grands revers juridiques de sa longue bataille contre la presse à sensation britannique, après que la Haute Cour de Londres a rejeté l’ensemble des chefs d’accusation retenus dans le cadre de son procès pour atteinte à la vie privée contre l’éditeur du Daily Mail et du Mail on Sunday. Cette décision constitue une victoire importante pour Associated Newspapers, tandis que le duc de Sussex risque de devoir faire face à des frais de justice pouvant s’élever à plusieurs millions de livres sterling.
Défaite majeure devant les tribunaux
Le prince Harry a essuyé l’une des plus cuisantes défaites judiciaires de sa longue campagne contre la presse people britannique, après avoir perdu son important procès en atteinte à la vie privée contre Associated Newspapers Limited (ANL), l’éditeur du Daily Mail et du Mail on Sunday. Soutenu par Sir Elton John, David Furnish et l’actrice Elizabeth Hurley, le duc de Sussex avait accusé le groupe de presse d’avoir procédé à une collecte illégale et généralisée d’informations pendant près de deux décennies.
Arrêt de 436 pages
Dans un arrêt exhaustif de 436 pages, le juge Matthew Nicklin, de la Haute Cour de Londres, a rejeté l’intégralité des 97 chefs d’accusation, concluant que les plaignants n’avaient pas réussi à établir qu’ANL avait obtenu leurs informations privées par des moyens illégaux. Cette décision marque une victoire majeure pour l’éditeur, tout en infligeant un revers coûteux à l’une des batailles juridiques les plus médiatisées menées par le prince Harry contre les médias britanniques.
Les allégations
Le procès portait sur des allégations selon lesquelles ANL aurait eu recours à de nombreuses méthodes illégales pour obtenir des informations confidentielles entre 1993 et 2011. Les plaignants reprochaient à l’éditeur d’avoir engagé des détectives privés pour installer des dispositifs d’écoute dans des domiciles et des véhicules, d’avoir intercepté des conversations téléphoniques privées, d’avoir piraté des messages vocaux, d’avoir versé des pots-de-vin à des policiers corrompus en échange d’informations confidentielles et d’avoir utilisé des techniques dites de « blagging » pour obtenir illégalement des dossiers médicaux et des relevés de voyage.
Les preuves ne sont pas suffisantes
Tout au long de la procédure, le tribunal a toutefois conclu que les accusations n’étaient pas étayées par des preuves suffisantes. Le juge Nicklin a estimé que, même si les plaignants pouvaient avoir sincèrement cru qu’une activité illégale avait eu lieu, leurs soupçons ne pouvaient se substituer à des preuves concrètes. Ce jugement a réaffirmé le principe selon lequel des allégations graves nécessitent des preuves claires plutôt que des suppositions fondées sur la nature des articles publiés.
Un argument juridique clé rejeté
Un argument central avancé par l’équipe juridique du prince Harry a également été rejeté. Ses avocats avaient fait valoir que, dans la mesure où de nombreux articles contenaient des informations très personnelles — et où Associated Newspapers n’était plus en mesure, plusieurs décennies plus tard, d’identifier précisément la source de certains articles —, il fallait en déduire que ces informations avaient été obtenues illégalement. La juge Nicklin a rejeté ce raisonnement, estimant qu’il ne s’agissait « pas d’une approche recevable ».
Journalisme légal accepté
Au contraire, le tribunal a retenu les témoignages de journalistes du Daily Mail décrivant des méthodes de reportage légales. Les éléments de preuve ont montré que de nombreux articles avaient été rédigés à partir d’informations fournies par des attachés de presse, des collaborateurs de la famille royale, des amis et d’autres contacts légitimes connaissant bien les personnes concernées. L’arrêt a conclu que la publication d’informations privées ne prouvait pas automatiquement que les journalistes les avaient obtenues par des moyens criminels ou illégaux.
Critiques à l'encontre des requérants
Le juge Nicklin a également critiqué des parties importantes des éléments de preuve rassemblés par l’équipe juridique des plaignants.
Il a qualifié certaines parties de ces recherches d’« incohérentes », d’« peu convaincantes » et, en fin de compte, de ressemblant davantage à une « recherche à l’aveuglette » qu’à un ensemble de preuves convaincantes susceptibles de démontrer l’existence d’un comportement illégal généralisé.
Ces conclusions ont constitué un rejet catégorique des allégations plus générales formulées à l’encontre d’Associated Newspapers.
Un contraste avec les victoires précédentes
Cette décision contraste fortement avec les précédentes victoires du prince Harry face à d’autres groupes de presse britanniques. Le duc avait auparavant obtenu gain de cause contre Mirror Group Newspapers, puis conclu un accord à l’amiable substantiel avec News Group Newspapers dans le cadre d’affaires distinctes impliquant des éditeurs différents, des éléments de preuve différents et des contextes juridiques différents.
Cette dernière décision marque donc un revirement spectaculaire dans sa campagne judiciaire plus large menée contre certains médias britanniques.
Des millions en jeu
Les conséquences financières pourraient être considérables. Les frais de justice liés à cette affaire sont estimés à plus de 50 millions de livres sterling, soit environ 66,8 millions de dollars, et une audience de suivi prévue le 29 juillet déterminera la part des frais de justice d’Associated Newspapers que le prince Harry et les autres plaignants devront prendre en charge.
ANL a salué cette décision, la qualifiant de « victoire historique pour la liberté de la presse ».
Harry conteste le verdict
Le prince Harry a réagi avec fermeté dans une déclaration commune avec la baronne Doreen Lawrence, autre plaignante, en déclarant : « Nous sommes venus devant le tribunal pour obtenir justice et que les responsables rendent des comptes.
Mais nous n’avons obtenu ni l’un ni l’autre.» Il a fait valoir que cette décision était en contradiction avec des jugements antérieurs rendus dans le cadre de litiges relatifs au piratage téléphonique et a déclaré : « Ce jugement représente un revirement complet de la position adoptée par les juges précédents concernant les plaintes pour piratage téléphonique qui avaient abouti contre News Group Newspapers et Mirror Group Newspapers (qui étaient représentés, à l’époque, par le juge qui a rendu cette décision).
Les conclusions générales concernant divers détectives privés, que les tribunaux avaient retenues dans ces affaires parallèles comme ayant mené des activités illégales exactement au même moment, en lien avec des affaires similaires et des personnalités connues, ont été totalement ignorées. Le fait que cette Cour ait choisi de les rejeter constitue une incohérence difficile à comprendre ou à concilier avec le bon sens, ou avec les éléments de preuve entendus dans la salle d’audience elle-même. »
« Une tentative de dissimulation totale et flagrante »
Le duc a poursuivi ses critiques à l’égard de cette décision en ajoutant :
« Lorsque la Cour affirme qu’il n’y a pas suffisamment de preuves d’actes répréhensibles, alors même que les documents démontrent le contraire, on est en droit de se demander comment la justice aurait pu être rendue. »
Il a conclu en qualifiant ce jugement de « manœuvre de camouflage totale et évidente, mais qui, malheureusement, n’est pas tout à fait inattendue ».
Ce jugement met fin à l’un des plus importants procès en matière de vie privée de ces dernières années au Royaume-Uni, tout en laissant le prince Harry face à une défaite juridique majeure et à des frais de justice pouvant s’élever à plusieurs millions de livres sterling.