Le gouvernement canadien refuse de préciser s’il a autorisé Israël et Netanyahu à survoler l’espace aérien canadien
Le gouvernement israélien affirme avoir demandé l'autorisation au Canada avant que l'avion officiel du Premier ministre Benjamin Netanyahu ne pénètre dans l'espace aérien canadien lors d'un vol à destination de Washington, D.C., mais le gouvernement fédéral refuse de préciser s'il a donné son accord. Le Boeing 767 de M. Netanyahu, surnommé « l'Aile de Sion », a survolé Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse alors qu'il se rendait à une rencontre avec le président américain Donald Trump et aux funérailles du sénateur républicain Lindsey Graham. Ce survol a ravivé les interrogations concernant les obligations du Canada en vertu du droit international, étant donné que M. Netanyahu fait toujours l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en 2024 par la Cour pénale internationale.
La Cour pénale internationale accuse M. Netanyahu de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité commis lors des attaques israéliennes contre Gaza et la Palestine. Le mandat d'arrêt, délivré le 21 novembre 2024, comprend des allégations de meurtre, de persécution, ainsi que le recours à la famine comme méthode de guerre. En tant que signataire du Statut de Rome, le Canada est tenu de se conformer aux décisions de la Cour. Le Premier ministre Mark Carney a déjà déclaré que Netanyahou serait arrêté s'il entrait au Canada, reprenant ainsi un engagement pris pour la première fois par l'ancien Premier ministre Justin Trudeau lorsqu'il était en fonction.
À l'heure actuelle, le Canada ne lie pas sa politique en matière de survol à des objectifs d'application de la loi, sauf en cas de risque imminent pour la sécurité.
Audrey Champoux, Cabinet du Premier ministre
Bien qu'il ait confirmé qu'Israël avait demandé l'autorisation de pénétrer dans l'espace aérien canadien, Ottawa a refusé de préciser si cette autorisation avait été accordée. Audrey Champoux, porte-parole du cabinet du Premier ministre, a déclaré que la politique canadienne en matière de survol n'était généralement pas liée à des questions d'application de la loi, sauf en cas de menace immédiate pour la sécurité. Mme Champoux a également indiqué que le Canada continuerait d'exhorter Israël à se conformer au droit international, à respecter les accords de cessez-le-feu et à autoriser l'acheminement de l'aide humanitaire vers Gaza. Affaires mondiales Canada a également réaffirmé l'engagement du Canada envers le Statut de Rome, mais a, de la même manière, refusé de confirmer si le gouvernement avait autorisé la trajectoire de vol de M. Netanyahu.
Ce refus de répondre suscite des critiques
Le refus du gouvernement de répondre a suscité des critiques de la part d'experts en droit international, qui font valoir que l'espace aérien canadien relève entièrement de la juridiction souveraine du Canada. Mark Kersten, professeur de droit international à l'université de la vallée du Fraser, a déclaré que les gouvernements étrangers ne peuvent pas décider de leur propre chef de survoler le territoire canadien sans autorisation. Il a fait valoir qu'un avion entre dans la juridiction canadienne dès qu'il franchit la frontière maritime du pays, ce qui rend la question de l'autorisation gouvernementale essentielle pour déterminer si la souveraineté du Canada et ses obligations juridiques internationales ont été respectées lors du dernier voyage de M. Netanyahu.
« C'est notre espace aérien. Nous exerçons des droits souverains sur cet espace aérien. »
Mark Kersten, Université de la Vallée du Fraser
M. Kersten a déclaré qu'autoriser M. Netanyahu à survoler l'espace aérien canadien risquait de créer un précédent qui affaiblirait à la fois la souveraineté du Canada et l'autorité plus large du droit international. Il a fait valoir que la souveraineté s'étend au-delà des frontières terrestres pour inclure les eaux territoriales et l'espace aérien qui les surplombe, ce qui fait des décisions relatives au survol bien plus que de simples questions d'aviation. M. Kersten a également rejeté les arguments selon lesquels cette question serait moins importante parce que l'avion de M. Netanyahu n'a jamais atterri au Canada, affirmant que le contrôle de l'espace aérien national est un élément central de la souveraineté d'un État que les gouvernements doivent défendre sans relâche.
Israël évitait auparavant l'espace aérien canadien

Les registres de vol montrent qu'Israël se montrait auparavant beaucoup plus prudent lors de la planification des voyages à l'étranger impliquant M. Netanyahu. Lors d'un déplacement à New York en septembre 2025, le « Wing of Zion » avait emprunté un itinéraire nettement plus long au-dessus de la mer Méditerranée et de l'océan Atlantique, évitant ainsi complètement l'espace aérien canadien. Plus récemment, cependant, l'avion de M. Netanyahu a survolé le Canada à plusieurs reprises, notamment lors de vols en décembre 2025 et février 2026. Son dernier voyage marquait la troisième fois que son avion traversait l'espace aérien canadien, alors même que le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale reste en vigueur.
La réglementation aérienne canadienne exige que les avions des gouvernements étrangers demandent l'autorisation avant de pénétrer dans l'espace aérien canadien, les demandes devant généralement être soumises au moins 72 heures avant l'arrivée. Si Israël a confirmé qu'une telle demande avait été formulée, les responsables se sont abstenus de préciser si l'autorisation avait été accordée. Cette incertitude donne lieu à deux explications possibles. Soit le Canada a approuvé le survol malgré son engagement déclaré envers la Cour pénale internationale, soit Ottawa a rejeté la demande et Israël a tout de même poursuivi son vol. Le gouvernement fédéral n'a abordé publiquement aucune de ces deux possibilités et n'a pas expliqué pourquoi il continue de refuser de répondre directement à la question.