Les ménages, les entreprises et les banques canadiennes ont, dans l’ensemble, mieux résisté à un contexte mondial difficile que prévu

Les ménages, les entreprises et les banques canadiennes ont, dans l’ensemble, mieux résisté à un contexte mondial difficile que prévu
Crédit: Getty Images

Selon la Banque du Canada, le système financier canadien reste stable malgré l'intensification des tensions géopolitiques, les différends commerciaux et l'incertitude économique qui règnent à l'échelle mondiale. La Banque du Canada a publié son dernier Rapport sur la stabilité financière le 27 mai, et les perspectives s'y révèlent globalement positives. La banque centrale a indiqué que les ménages, les entreprises et les banques canadiennes ont, dans l'ensemble, mieux résisté qu'escompté à un contexte mondial difficile, alors même que les risques liés à l'endettement mondial, à la volatilité des marchés et aux conflits internationaux ne cessent de croître. La sous-gouverneure principale Carolyn Rogers a déclaré que le système bancaire du pays restait résilient et capable d'absorber des chocs économiques majeurs, bien que les responsables aient averti que les vulnérabilités au sein du système financier mondial étaient devenues de plus en plus complexes et imprévisibles.

Ce rapport paraît dans un contexte d'instabilité mondiale importante alimentée par les conflits au Moyen-Orient, les tensions économiques persistantes avec les États-Unis et les inquiétudes concernant les marchés mondiaux de la dette. Les responsables de la Banque du Canada ont averti que, bien qu'aucune crise financière immédiate ne semble imminente, plusieurs risques qui se chevauchent pourraient néanmoins se combiner pour déstabiliser les marchés de manière inattendue. Parmi les principales préoccupations de la banque centrale figurent les prix des actifs à des niveaux historiquement élevés, l'augmentation de l'endettement des fonds spéculatifs et la hausse des niveaux de dette souveraine à l'échelle internationale. Le rapport souligne que ces vulnérabilités peuvent sembler gérables individuellement, mais qu'elles pourraient devenir dangereuses si plusieurs chocs frappaient simultanément les marchés financiers.

« Les gros titres donnent une impression de précarité, le climat est inquiet. Ainsi, même les ménages qui s'en sortent bien et sont capables de rembourser leurs dettes nous fournissent des données très flatteuses. Je suis certaine qu'il subsiste un certain niveau de tension. »

-Carolyn Rogers

Préoccupations soulevées dans le document

L'une des principales préoccupations mises en avant dans le rapport reste l'endettement des ménages et le renouvellement des prêts hypothécaires. Les ménages canadiens continuent d'afficher l'un des niveaux d'endettement les plus élevés parmi les économies avancées, en grande partie lié aux prêts hypothécaires accumulés pendant des années de taux d'intérêt bas et de flambée des prix de l'immobilier. Cependant, la Banque du Canada a déclaré que l'ajustement aux coûts d'emprunt plus élevés s'était jusqu'à présent déroulé plus en douceur que ne le craignaient initialement de nombreux économistes. Les responsables ont indiqué que la plupart des propriétaires renouvelant leurs prêts hypothécaires à des taux plus élevés ont continué à effectuer leurs remboursements sans déclencher de défauts de paiement généralisés ni de tensions bancaires majeures.

La Banque du Canada a également mis en garde contre plusieurs vulnérabilités émergentes. Les fonds spéculatifs et les institutions financières non bancaires recourent à des niveaux de levier de plus en plus élevés sur les marchés de la dette souveraine, ce qui fait craindre que l'instabilité ne se propage rapidement si la confiance des investisseurs venait à s'effriter soudainement. Les responsables ont également averti que les prix des actifs dans certains secteurs restaient à des niveaux historiquement élevés malgré l'incertitude économique. Le rapport a notamment mis en évidence les risques liés aux actions technologiques, à la spéculation sur les investissements dans l'intelligence artificielle et aux stratégies de trading financier fortement endettées. La banque a souligné que les systèmes financiers mondiaux sont devenus plus interconnectés et donc plus vulnérables à une contagion rapide en période de tensions sur les marchés.

Incidence des prix du pétrole

La banque centrale a rassuré les Canadiens quant à l'exposition du pays aux chocs énergétiques et commerciaux mondiaux. Selon les tests de résistance menés par la Banque du Canada, les principaux prêteurs resteraient financièrement stables même si les prix du pétrole grimpaient en flèche pendant plusieurs années consécutives en raison d'une escalade du conflit au Moyen-Orient. Les responsables ont testé des scénarios dans lesquels les prix du pétrole restaient supérieurs à 100 dollars américains le baril pendant de longues périodes et ont conclu que les banques canadiennes conserveraient suffisamment de capitaux pour absorber des perturbations économiques majeures. Ces conclusions interviennent alors que l'on craint de plus en plus que l'instabilité liée à l'Iran et aux routes maritimes mondiales n'ait un impact significatif sur les marchés énergétiques à l'échelle mondiale.

Les tensions commerciales avec les États-Unis, un facteur clé

Les tensions commerciales avec les États-Unis restent également une préoccupation majeure pour les décideurs politiques canadiens. Reuters a rapporté que la Banque du Canada continue de surveiller les effets économiques des droits de douane imposés au cours du second mandat de Donald Trump. La banque a noté que, alors que les deux pays se préparent à une future révision de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique, le commerce nord-américain est menacé. Bien que les dommages économiques directs causés par les droits de douane se soient jusqu'à présent révélés moins graves que beaucoup ne le craignaient, les responsables ont averti qu'une incertitude commerciale prolongée pourrait encore affaiblir les investissements des entreprises, l'embauche et la croissance des exportations. Plusieurs secteurs canadiens, notamment l'industrie manufacturière et l'agriculture, restent très vulnérables aux changements soudains de la politique commerciale américaine.

Le rapport a également mis en évidence les défis structurels croissants au sein du marché du travail et de l'économie canadiens. Le sous-gouverneur Nicolas Vincent a averti que les bouleversements technologiques, le vieillissement démographique et les pénuries de main-d'œuvre qualifiée rendent de plus en plus difficile pour la Banque du Canada de gérer l'inflation et la croissance économique uniquement par le biais de la politique traditionnelle des taux d'intérêt. Le taux de chômage au Canada a atteint 6,9 %, les secteurs industriels continuant de faire face à des conditions d'embauche difficiles. Les responsables ont laissé entendre que certains problèmes économiques auxquels le Canada est confronté pourraient désormais être de nature structurelle plutôt que conjoncturelle, ce qui signifie qu'ils ne peuvent pas être facilement résolus par des ajustements de politique monétaire à court terme.

Pas d'inquiétude, pour l'instant

Le Premier ministre canadien Mark Carney s'exprime lors d'une conférence de presse au West Block, sur la Colline du Parlement à Ottawa, en Ontario, au Canada, le 14 avril 2026. Le Parti libéral de Carney a obtenu la majorité au Parlement canadien le 13 avril après avoir remporté les trois sièges à pourvoir lors des élections partielles, renforçant ainsi la position des libéraux alors qu'ils s'efforcent de consolider un pays ébranlé par les menaces des États-Unis. (Photo par ANDREJ IVANOV / AFP via Getty Images)

Pour l'instant, la Banque du Canada maintient que le système financier du pays reste fondamentalement résilient malgré l'incertitude croissante à l'étranger. Les responsables ont souligné que les banques canadiennes restent rentables et capables de résister à d'importantes turbulences économiques si la situation venait à se détériorer davantage. Toutefois, le rapport a insisté à plusieurs reprises sur le fait que la résilience n'élimine pas le risque — en particulier dans une économie mondiale de plus en plus marquée par les conflits géopolitiques, la volatilité des marchés et l'évolution rapide des systèmes technologiques et financiers.