Le 20 mai, un grand jury fédéral de Floride a mis en accusation l'ancien président cubain Raúl Castro et plusieurs anciens responsables militaires cubains pour leur rôle présumé dans la destruction en vol, en 1996, de deux avions civils exploités par le groupe d'exilés « Brothers to the Rescue », basé à Miami. Cet incident a coûté la vie à quatre personnes, dont trois citoyens américains, et reste l'un des affrontements les plus meurtriers entre Cuba et les États-Unis depuis la guerre froide. Cette mise en accusation choquante de Castro a provoqué une onde de choc à La Havane comme à Washington, exacerbant considérablement les tensions entre les deux pays au cours de l'une des périodes les plus instables que Cuba ait connues depuis des décennies.
L'acte d'accusation a été annoncé à Miami par le procureur général par intérim Todd Blanche, qui a décrit cette affaire comme une tentative attendue depuis longtemps pour tenir des hauts responsables cubains pour responsables de ces décès. Les procureurs ont inculpé Castro de complot en vue de tuer des ressortissants américains, de destruction d'aéronefs et de multiples chefs d'accusation de meurtre liés à l'attaque du 24 février 1996. Selon des responsables américains, des avions de chasse MiG cubains ont intercepté et détruit les avions alors qu'ils volaient dans l'espace aérien international au-dessus du détroit de Floride. Les autorités cubaines contestent cette version des faits depuis près de trois décennies, affirmant que les avions ont violé à plusieurs reprises l'espace aérien cubain malgré de multiples avertissements du gouvernement.
Cette initiative marque l'une des actions judiciaires les plus agressives jamais entreprises par Washington contre un haut responsable du gouvernement cubain. Castro, qui occupait le poste de ministre de la Défense de Cuba lors de l'incident de 1996 avant de succéder plus tard à son frère Fidel Castro à la présidence, reste l'une des figures les plus influentes au sein du Parti communiste cubain bien qu'il se soit officiellement retiré du pouvoir il y a des années. Les experts juridiques se sont immédiatement demandé si l'acte d'accusation déboucherait un jour sur un véritable procès ; toutefois, compte tenu de l'âge de Castro et de la quasi-impossibilité de l'extrader de Cuba. Castro est actuellement âgé de 94 ans et reste sur l'île sous la protection du gouvernement cubain.
Les responsables cubains ont vivement réagi à cette mise en accusation, accusant les États-Unis d'exploiter des griefs historiques afin de justifier leurs efforts visant à renverser le régime communiste de l'île. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, a qualifié ces accusations de motivées par des considérations politiques et a accusé Washington de tenter de déstabiliser le pays alors qu'il traverse déjà une grave crise humanitaire. Le président Miguel Díaz-Canel a affirmé à plusieurs reprises que les États-Unis menaient ce qu'il qualifie de « guerre économique » visant à faire tomber le gouvernement cubain par le biais de sanctions, de restrictions sur le carburant et d'isolement diplomatique. Les médias d'État cubains ont qualifié l'acte d'accusation d'« agression juridique » contre la souveraineté du pays.
Les États-Unis tentent de déstabiliser Cuba par la pression économique et l'intimidation
– Déclaration du ministère cubain des Affaires étrangères
Abattage de l'avion de Brothers to the Rescue
L'abattage des « Brothers to the Rescue » reste l'un des événements les plus chargés en émotion au sein de la communauté des exilés cubano-américains. À l'origine, l'organisation menait des missions humanitaires visant à localiser les migrants cubains bloqués en mer pendant les crises migratoires des années 1990. Au fil du temps, cependant, les autorités cubaines ont accusé le groupe d'effectuer des vols de plus en plus provocateurs près de l'île tout en distribuant des tracts antigouvernementaux au-dessus de La Havane. Le 24 février 1996, des avions de chasse cubains ont abattu deux appareils appartenant à l'organisation, tuant les pilotes Carlos Costa, Mario de la Peña, Pablo Morales et Armando Alejandre Jr. L'attaque a suscité l'indignation internationale et conduit à l'adoption de la loi Helms-Burton, qui a considérablement renforcé l'embargo américain contre Cuba.
À Miami, de nombreux militants cubano-américains ont salué cette mise en accusation comme un moment historique susceptible de permettre enfin de tirer les responsables de l'attaque à responsabilité. Plusieurs groupes d'exilés se sont rassemblés devant le tribunal fédéral après l'annonce, certains qualifiant ces accusations de début de la fin pour les dirigeants révolutionnaires cubains. D'autres ont fait valoir que cette mise en accusation était largement symbolique et peu susceptible d'entraîner des conséquences juridiques significatives. Les analystes interrogés par les grands médias américains ont suggéré que ces accusations revêtaient davantage une importance politique qu'une portée judiciaire concrète, notamment parce que l'administration Trump présente de plus en plus Cuba comme une menace à la fois géopolitique et idéologique située à seulement 150 km des côtes américaines.
Pression américaine continue
Il n'est pas certain que cette mise en accusation change quoi que ce soit à l'intérieur de Cuba. Il y a peu de chances que le gouvernement cubain coopère un jour aux efforts d'extradition, et les analystes juridiques estiment qu'il est peu probable que Castro comparaisse un jour devant un tribunal américain. Cependant, la portée symbolique de ces accusations pourrait s'avérer significative, quelle que soit l'issue juridique. Pour l'administration Trump, cette mise en accusation marque une nouvelle escalade majeure dans les efforts de Washington visant à affaiblir le gouvernement communiste cubain par le biais de pressions économiques et politiques. Washington a déjà imposé des sanctions aux pays vendant du pétrole à Cuba, provoquant l'une des crises énergétiques les plus graves de l'histoire du pays. Le 14 mai, les autorités cubaines ont admis que le pays avait effectivement épuisé ses réserves de diesel et de fioul, laissant le réseau électrique national au bord de l'effondrement. Les habitants de La Havane et de plusieurs villes de province ont subi des coupures de courant de plus de 20 heures par jour. La crise a entraîné des perturbations importantes dans les systèmes de transport, de santé et de distribution alimentaire. Les responsables cubains ont imputé la crise aux sanctions américaines et à la réduction des livraisons de pétrole étranger, en particulier en provenance du Venezuela et du Mexique.