Postes Canada : Pourquoi votre service postal n’est pas censé réaliser de bénéfices

Postes Canada : Pourquoi votre service postal n’est pas censé réaliser de bénéfices
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Postes Canada est un gouffre financier.

C'est le message des détracteurs et du caucus conservateur : Postes Canada coûte trop cher au gouvernement et doit être supprimée. Il est vrai que Postes Canada perd de l'argent à tour de bras. Elle a affiché des pertes annuelles de 1,57 milliard de dollars en 2025, un record. Cette perte de 1,57 milliard de dollars a été attribuée à une forte baisse du volume de colis en 2025. Postes Canada a transporté près de 33 % de colis en moins en 2025 en raison de perturbations du service et d'une méfiance croissante envers l'organisation. Avec des options comme UPS, FedEx, Intelcom et Puralator (propriété de Postes Canada) qui proposent des tarifs plus avantageux pour les petits colis et offrent des services de retour pratiques, Postes Canada n'est plus le service de prédilection des Canadiens. C'est là le problème.

Les services postaux sont un service, pas une entreprise

Il semble y avoir une idée fausse concernant la raison d'être de Postes Canada. Postes Canada n'existe pas pour faire des profits ; elle existe pour fournir un service aux Canadiens. Plus encore, sa raison d'être est de permettre aux Canadiens vivant dans des zones rurales et isolées d'accéder à l'information. Pendant des décennies, Postes Canada a été le seul lien entre les communautés rurales et nordiques et le reste du Canada. Des centaines de milliers de Canadiens comptaient sur Postes Canada pour communiquer avec leurs proches et recevoir des colis. Des centaines de communautés nordiques comptaient même sur Postes Canada pour livrer des produits alimentaires aux supermarchés. Postes Canada n'existe pas pour faire des profits ; elle existe pour fournir un service aux Canadiens, en particulier à ceux qui en ont besoin. Postes Canada dessert plus de 150 communautés isolées accessibles uniquement par avion, effectuant plus de 300 vols vers ces communautés chaque semaine. Selon la FCEI, plus de 40 % des Canadiens ont déclaré compter fortement sur Postes Canada en 2025.

Pourquoi Postes Canada perd-elle autant d'argent ?

En 2025, Postes Canada a déclaré une perte record de 1,57 milliard de dollars. Ce chiffre représente près du double de la perte enregistrée par l'organisation en 2024, qui s'élevait à 841 millions de dollars. Depuis 2018, le service a enregistré des pertes chaque année, pour un total de plus de 6 milliards de dollars. Ces pertes constantes ont poussé les politiciens conservateurs à plaider en faveur de la privatisation du service postal canadien afin de réduire les dépenses, mais historiquement, la privatisation des services sociaux finit par nuire davantage aux Canadiens qu'elle ne les aide (voir des exemples comme le système de conduite d'examen en Ontario ou la privatisation du CN dans les années 1990, qui ont tous deux fini par coûter de l'argent aux Canadiens chaque année depuis).

Il y a une réponse simple à la question de savoir pourquoi Postes Canada perd de l'argent : les lettres. Oui, le transport de colis a chuté de près de 33 %, mais avec la concurrence des autres entreprises, le problème est plus vaste. La réponse simple est que nous n'envoyons plus autant de courrier qu'avant. Selon Postes Canada, en 2006, les ménages canadiens recevaient sept lettres par semaine ; en 2025, ils n'en recevaient plus que deux. En 2006, Postes Canada a acheminé 5,5 milliards de lettres à travers le Canada ; en 2025, ce chiffre n'était plus que de 2 milliards. Postes Canada a toujours été en concurrence avec des entreprises comme Intelcom, UPS et FedEx pour les colis, mais elle contrôlait totalement le secteur du courrier. Aujourd'hui, alors que la principale source de revenus de Postes Canada a été réduite par la numérisation mondiale, l'entreprise doit trouver d'autres sources de revenus, et non pas chercher à réduire ses coûts.

Les pertes de Postes Canada suscitant la colère des Canadiens et des politiciens, le service restructure complètement ses systèmes de distribution du courrier pour faire des économies. Postes Canada va supprimer la distribution en porte-à-porte pour quatre millions d'adresses, pour passer à des boîtes aux lettres communautaires, un système déjà utilisé par 75 % du pays. Bien que ce changement permette de faire des économies, Postes Canada prévoit également de réduire ses effectifs de distribution de 30 %. C'est là que les problèmes commencent. Postes Canada devrait exister pour deux raisons : pour acheminer le courrier aux Canadiens et pour fournir des emplois aux Canadiens. Si Postes Canada réduit ses effectifs de 30 %, l'organisation économisera près de 400 millions de dollars par an, mais les Canadiens perdront également des millions. Le salaire de base moyen d'un facteur de Postes Canada est de 50 000 dollars. Avec plus de 15 000 facteurs à la Poste canadienne, les Canadiens perdront jusqu'à 250 millions de dollars en salaires. La Poste canadienne doit endiguer ses pertes, mais réduire les salaires de 250 millions de dollars n'est pas la solution. Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes a qualifié ce plan d'« attaque contre les travailleurs » et a affirmé que la Poste canadienne utilisait ses pertes comme excuse pour supprimer des emplois.

« Supprimer des emplois de qualité et réduire les services à travers le pays ne résoudra pas les problèmes de Postes Canada. On ne peut pas se frayer un chemin vers la croissance par des coupes budgétaires »,

-Syndicat canadien des travailleurs et travailleuses des postes

La solution (possible)

Il n'existe pas de solution unique aux difficultés financières de Postes Canada. L'organisation est confrontée à de graves problèmes systémiques et a désormais perdu le soutien de nombreux Canadiens. Ce qu'il faut, c'est un changement dans la façon dont nous percevons Postes Canada et dont le gouvernement la soutient. Des millions de Canadiens comprennent à quel point Postes Canada est vitale pour les communautés isolées, et très peu souhaitent voir des emplois supprimés. Postes Canada doit s'inspirer d'autres services postaux nationalisés et reproduire leurs structures. Alors que Postes Canada enregistre une baisse du volume de colis, Die Post (la Poste suisse) a signalé une hausse en 2025, tout comme Deutsche Post DHL. Ces deux services ont également déclaré des bénéfices (même si le financement public en constituait une part importante). Ces services prospèrent parce que la population du pays leur fait confiance. Postes Canada doit devenir une option attrayante pour les Canadiens. Les grèves ayant pratiquement paralysé le service pendant une partie de l'année 2025, les Canadiens ne font plus confiance à Postes Canada et se tournent vers d'autres options plus fiables, souvent moins chères également. Le Canada doit embellir la réalité.

Il existe également une autre solution, plus radicale et peu plausible : Amazon. Si Amazon utilisait Postes Canada pour plus de 50 % de ses livraisons, le service en tirerait un grand bénéfice. Avant les grèves de Postes Canada de 2024 et 2025, Amazon s'appuyait déjà sur des transporteurs privés, mais pendant ces grèves, Amazon s'est réorganisée pour n'utiliser Postes Canada qu'en cas de nécessité. Cela signifie que seules les communautés isolées reçoivent des colis Amazon par l'intermédiaire de Postes Canada. Dans un monde idéal, le gouvernement canadien serait en mesure de contraindre Amazon à recourir à Postes Canada, mais une multitude de lois l'en empêchent. La loi canadienne sur la concurrence (extrêmement défaillante) interdit au gouvernement d'obliger une entreprise privée à utiliser un service public, et il existe une série d'accords commerciaux qui seraient également mis à rude épreuve si le Canada interdisait à Amazon de recourir à certains services privés.

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Ce que le gouvernement peut faire, c'est s'inspirer du modèle américain et faire de Postes Canada l'option la plus pratique en exerçant des pressions sur les entreprises privées. Ce choix susciterait presque certainement des critiques de la part des capitalistes et des marchés internationaux, mais il redynamiserait également Postes Canada. Si le gouvernement imposait de nouvelles normes réglementaires adaptées à Postes Canada, il pourrait faire pression sur les transporteurs privés tout en favorisant Postes Canada. Par exemple, le gouvernement pourrait exiger que tous les transporteurs de courrier au Canada offrent leurs services aux communautés isolées. À l'heure actuelle, c'est le principal atout de Postes Canada. Presque tous les transporteurs privés ont recours à Postes Canada pour les livraisons du « dernier kilomètre ». Intelcom, FedEx, Amazon et DHS s'appuient tous sur les avions de Postes Canada pour livrer des colis aux communautés isolées. Le gouvernement canadien pourrait également imposer des taxes aux réseaux de livraison privés, mais cette décision risquerait d'enfreindre les accords commerciaux internationaux si d'autres pays estimaient que ces taxes visent spécifiquement les entreprises étrangères.

S'il n'existe pas de solution simple pour sauver Postes Canada, il est clair que la suppression d'emplois et la réduction des services ne seront pas la solution. On ne peut pas se frayer un chemin vers la croissance par des coupes budgétaires. La croissance et la sécurité ont un coût, et le gouvernement canadien doit faire de Postes Canada une priorité.