20 façons dangereuses dont les gens éclairaient leur maison avant l’arrivée de l’électricité
En tant que personne qui ne peut pas se passer de ses lunettes, je remercie chaque jour le ciel de vivre à une époque où il suffit d’appuyer sur un interrupteur pour avoir suffisamment de lumière et voir clairement. Ma vue me fait déjà tout voir flou ; je n’ai pas besoin d’ajouter à cela une petite flamme vacillante. Mais pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, une fois le soleil couché, les gens devaient se contenter de tout ce qu’ils pouvaient brûler, et certaines de ces solutions étaient fumantes, malodorantes, coûteuses, explosives… voire les quatre à la fois. Voici 20 façons dont les gens éclairaient leurs maisons avant l’arrivée de l’électricité, ainsi que certains des risques liés à cette lutte contre l’obscurité.
1. Les lampes à jonc brûlaient vite et ne coûtaient presque rien
En 1789, le naturaliste Gilbert White décrivait les aspects sordides de la lampe à jonc, l’un des moyens les moins coûteux dont disposait un ménage pour éclairer une pièce. Elle était constituée de la moelle sèche du jonc mou, débarrassée de son écorce verte et imbibée de graisse de lard fondue ou de graisse de mouton. Fixée en biais dans un support en fer, cette tige d’un pied durait entre quinze et trente minutes, après quoi elle s’éteignait. Bon marché, certes, mais il fallait la remplacer plusieurs fois par soirée.
2. Les bougies en suif nécessitaient de couper régulièrement la mèche
Les bougies au suif étaient très abordables et couramment utilisées ; on les fabriquait en trempant une mèche dans du suif issu de graisse de mouton ou de bœuf. Quelques minutes après avoir été allumée, une bougie au suif dégageait une odeur nauséabonde, coulait de toutes parts et crachait de la suie. Il fallait également les « éteindre », c’est-à-dire couper leur mèche avec des ciseaux, toutes les 15 à 20 minutes. Si on ne le faisait pas, la pièce se remplissait de fumée. Ce n’est certainement pas le genre de bougie que j’aimerais voir brûler chez moi !
3. La lampe Betty recyclait ses propres gouttes
La lampe « Betty », dont le nom provient probablement du mot allemand signifiant « meilleur » et non d’une femme prénommée Betty, constituait un moyen de réduire le gaspillage de combustible. Elle était dotée d’un canal incliné menant à la cuvette à graisse, de sorte que tout combustible non brûlé s’écoulait dans la cuvette pour être réutilisé plutôt que gaspillé. La lampe écossaise « Crusie », de conception similaire, utilisait deux cuvettes en fer superposées pour atteindre le même objectif.
4. Le « quulliq » ne servait pas seulement à éclairer une pièce
Pendant plus de 3 000 ans, un bassin en stéatite en forme de croissant, appelé « qulliq », a fourni de la lumière, de la chaleur et un moyen de faire fondre de la glace pour obtenir de l’eau potable aux foyers inuits vivant dans leurs habitations de neige. Cette lampe, alimentée à l’huile de phoque ou à la graisse de baleine, pouvait servir à sécher des vêtements humides et à chauffer toute l’habitation, le tout grâce à des mèches en linaigrette arctique.
5. Les « Slut Lights » n'étaient que des chiffons, de la graisse, et rien d'autre
Lorsque les autres combustibles venaient à manquer, certains foyers fabriquaient des « lampes à chiffons ». Cette vieille expression anglaise, qui désigne soit des chiffons, soit des aides de cuisine, n’avait à l’époque aucune des connotations qu’elle revêt aujourd’hui. La lampe elle-même ne pouvait guère être plus simple : un plat rempli de graisse de cuisine sale, avec un chiffon tordu servant de mèche.
6. La cire d'abeille et le spermaceti n'éclairaient que les pièces des riches
Les bougies en cire d’abeille brillaient de mille feux et brûlaient presque sans fumée, dégageant un parfum de miel, mais elles coûtaient trois à dix fois plus cher que les bougies au suif. Les bougies en spermaceti constituaient une autre option onéreuse ; elles étaient fabriquées à partir d’une substance cireuse extraite de la tête des cachalots. Dures et blanches, elles ne fondaient pas à haute température et brûlaient de manière si régulière que leur lumière servait de référence pour définir l’unité standard de luminosité en Grande-Bretagne. Compte tenu des autres options, malodorantes et salissantes, il n’est pas étonnant que les riches aient aspiré à de meilleures alternatives.
7. L'huile de baleine a éclairé les foyers jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de baleines
On a eu recours à une lampe à double tube pour brûler l’huile issue de la graisse de baleine. L’huile de baleine étant épaisse, les lampes étaient conçues pour transférer la chaleur vers le bas, vers l’huile, afin de la maintenir fluide. La surchasse a réduit la population de baleines, ce qui a entraîné une hausse des prix dès les années 1840. À mesure que l’huile de baleine se raréfiait, de plus en plus d’Européens se sont tournés vers le colza, une huile de graines de colza déjà utilisée dans certaines lampes, mais qui était elle aussi visqueuse. De nouvelles conceptions ont donc dû être mises au point pour s’adapter à ce produit.
8. Les lanternes en corne ont empêché le vent de l'emporter
Avant que le verre ne devienne le matériau de prédilection pour les fenêtres en forme de lanterne, on utilisait à la place de fines feuilles de corne de bovin. L’ancienne orthographe du mot « lantern », « lanthorn », reflète le fait que les fenêtres-lanternes étaient souvent fabriquées à partir de corne de bovin, raclée pour l’amincir et ramollie par ébullition. La corne translucide laissait passer la lumière tout en protégeant la flamme du vent, ce qui la rendait particulièrement utile pour transporter une source de lumière à l’extérieur. Des lanternes en fer-blanc ajouré étaient également utilisées pour projeter des motifs lumineux.
9. La cheminée d'Argand a atténué la lueur des bougies
En 1780, le physicien suisse Aimé Argand inventa une lampe dotée d’une mèche cylindrique creuse placée entre deux tubes métalliques, surmontée d’un conduit en verre destiné à canaliser un fort courant d’air autour de la flamme, lui apportant ainsi de l’air des deux côtés à la fois. Elle brillait six à dix fois plus fort qu’une bougie et ne produisait aucune fumée. Il la fit breveter en Angleterre en 1784.
10. La lampe Carcel fonctionnait à l'huile, comme une montre
Sur les anciennes lampes à huile, le réservoir surélevé qui alimentait la flamme pouvait projeter une ombre gênante. En 1800, Carcel, horloger et inventeur français, fit breveter un nouveau modèle de lampe dans lequel une pompe à ressort, dissimulée dans le socle, propulsait de l’huile de colza épaisse jusqu’au brûleur, où l’excès de combustible débordait et refroidissait ainsi le brûleur. Le mécanisme à ressort pouvait alimenter la lampe en huile de manière continue pendant jusqu’à 16 heures.
11. La lampe solaire n'avait rien à voir avec le soleil
La lampe solaire a été brevetée par Robert Cornelius, de Philadelphie, en 1843. En réalité, elle n’avait rien à voir avec la lumière du soleil. Son anneau en laiton en forme de dôme propulsait l’air vers le haut, dans une mèche, grâce à un système de type Argand. Cela permettait à la lampe solaire de fonctionner avec du saindoux ou de l’huile de colza, deux matières premières peu coûteuses, sans produire de fumée.
12. Les lampes à huile de saindoux faisaient fondre leur propre combustible
La graisse de porc était l’un des combustibles les moins chers qui soient, mais elle présentait un inconvénient : elle était solide à température ambiante. Les lampes à huile de saindoux contournaient ce problème en acheminant la chaleur du brûleur vers de larges bandes de cuivre ou de laiton plongées dans le réservoir. Cette chaleur faisait fondre la graisse, qui remontait alors le long de la mèche. Entre 1840 et 1860, plusieurs modèles de ces lampes à graisse de porc ont été brevetés aux États-Unis.
13. Le camphène était un produit efficace, bon marché… et mortel
Le camphène (obtenu par distillation de la térébenthine de pin) et le « liquide à brûler », un mélange de térébenthine et d’alcool, produisaient une flamme étonnamment vive à un prix étonnamment bas, mais pouvaient facilement se vaporiser à l’intérieur du réservoir d’une lampe et devenir explosifs. Des millions de foyers à travers l’Amérique du Nord ont adopté ces huiles à lampe entre les années 1830 et 1850, alors que l’huile de baleine se faisait de plus en plus rare et chère, pour finalement subir des incendies domestiques dévastateurs, d’horribles brûlures au visage et des décès.
14. La lampe Sinumbra s'est débarrassée de sa propre ombre
Même une lampe à huile puissante présentait un inconvénient gênant : son propre réservoir de combustible pouvait obstruer une partie de la lumière qu’elle produisait. Au début du XIXe siècle, la lampe « sinumbra » a résolu ce problème grâce à une conception permettant à la lumière de se projeter directement sur la surface située en dessous, sans que le réservoir ne projette une ombre importante. Son nom, qui vient du latin et signifie « sans ombre », lui allait comme un gant. Les modèles datant des années 1830 utilisaient de l’huile de baleine et s’inspiraient de la conception antérieure de la lampe Argand.
15. La mèche auto-réglable a enfin mis fin à cette corvée
En 1823, le chimiste français Chevreul isola l’acide stéarique à partir de graisse animale. Il en résulta une cire plus dure et une combustion plus propre et plus facile. La tâche fastidieuse consistant à couper la mèche au moins toutes les vingt minutes fut éliminée grâce à une mèche améliorée. Inventée par le chimiste français Cambacérès et brevetée en 1825, cette nouvelle mèche tressée s’enroulait vers l’extérieur à mesure qu’elle brûlait, se dirigeant ainsi vers la partie la plus chaude de la flamme, où elle consumait son propre résidu. Vers 1850, le chimiste écossais James Young introduisit la cire de paraffine, ce qui réduisit considérablement le coût des bougies à combustion propre.
16. Le kérosène était un combustible sûr, ce que le camphène n'a jamais été
Le kérosène a été breveté par le géologue canadien Abraham Gesner en 1854. Il était initialement distillé à partir du charbon, puis du pétrole, et se distinguait chimiquement de la térébenthine issue du pin par la présence de camphène. Les nouvelles lampes fonctionnant au kérosène, équipées de mèches tissées à plat et de verrières en verre, fonctionnaient très bien. Après la découverte de pétrole en Pennsylvanie en 1859, les lampes à kérosène se sont rapidement répandues, éclairant les foyers du monde entier pendant des décennies.
17. Le gaz de ville apportait de la lumière instantanée… et du monoxyde de carbone
À partir de 1816, à Baltimore et dans d’autres villes, il devint possible d’éclairer les maisons au « gaz de ville », qui n’était pas le gaz naturel d’aujourd’hui, mais un gaz produit à partir de charbon chauffé et acheminé par des canalisations jusqu’aux foyers. Il suffisait d’ouvrir un robinet fixé sur un support mural en forme de queue de poisson ou d’aile de chauve-souris pour que la flamme apparaisse instantanément. Le gaz de ville ne nécessitait ni mèche ni surveillance constante, ce qui constituait un gain de confort considérable après des siècles passés à tailler les mèches et à remplir les lampes. Cependant, le gaz consommait l’oxygène des habitations et dégageait du monoxyde de carbone dans les pièces.
18. La mantille de Welsbach a permis de préserver l'éclairage au gaz
En 1885, le chimiste autrichien Carl Auer von Welsbach inventa la gaine à incandescence, un revêtement qui brillait lorsqu’il était chauffé par une flamme de gaz, mais la faible lumière verte qu’elle dégageait n’était pas satisfaisante. Entre 1890 et 1891, Auer von Welsbach mit au point une formule qui, une fois brûlée, laissait derrière elle un fin réseau minéral émettant une lumière blanche éblouissante : 99 % d’oxyde de thorium et 1 % d’oxyde de cérium. Cette formule produisait cinq fois plus de lumière par pied cube de gaz que les versions précédentes.
19. L'acétylène a transformé la pierre grise en lumière du soleil
L’acétylène a été commercialisé en 1892 par Thomas Willson, qui avait mis au point un procédé de fabrication du carbure de calcium. Il était utilisé dans les fermes comme source d’éclairage autonome et dans les premiers véhicules comme phares. Les générateurs d’acétylène fonctionnaient en mélangeant du carbure de calcium gris avec de l’eau, ce qui produisait un gaz inflammable qui brûlait à la buse en formant une flamme vive, d’un blanc éclatant comme la lumière du soleil. Il ne restait alors du carbure qu’un boue calcaire crayeuse.
20. Des exploitations agricoles éclairent leurs habitations sans réseau électrique
Entre 1900 et les années 1920, certaines fermes prospères ont adopté des systèmes dits « à fil creux » qui faisaient circuler de l’essence liquide sous pression à travers de petits tuyaux en cuivre jusqu’à des luminaires fixés au plafond, où le carburant était vaporisé et brûlé pour produire une lumière vive. Au lieu d’attendre que les lignes électriques les desservent, les ménages ruraux pouvaient en quelque sorte acheminer leur carburant d’éclairage dans toute la maison, ce qui leur procurait un éclairage intérieur puissant tout en restant totalement indépendants du réseau électrique.
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