Zuckerberg veut l’accès universel à la superintelligence… mais seule Big Tech a les moyens de la développer
Mark Zuckerberg présente la « superintelligence » comme une technologie capable de retirer le pouvoir aux gouvernements, aux entreprises et aux autres institutions dominantes pour le remettre directement entre les mains des individus. Mais sa vision comporte un paradoxe inévitable : la création d’une IA suffisamment puissante pour concrétiser cet avenir nécessite des sommes d’argent, une infrastructure informatique et une consommation d’énergie colossales, ce qui fait que les entreprises – dont Zuckerberg craint qu’elles ne deviennent trop puissantes – font partie des rares entités capables de la mettre au point.
L'avertissement de Zuckerberg
Mark Zuckerberg met en garde contre un avenir dangereux pour l’humanité si l’intelligence artificielle venait à être concentrée entre les mains d’une poignée d’institutions puissantes. La solution qu’il propose consiste à mettre la superintelligence directement entre les mains de milliards d’individus, offrant ainsi à chacun des capacités sans précédent pour travailler, créer, apprendre et rivaliser. Mais derrière cette promesse se cache une contradiction frappante.
Meta au cœur de l'action
Zuckerberg défend ce point de vue en tant que PDG milliardaire de Meta, l’un des rares géants de la technologie disposant des moyens financiers, des infrastructures et de la portée mondiale nécessaires pour développer l’IA à cette échelle. Sa vision promet de décentraliser le pouvoir technologique tout en s’appuyant sur Meta pour rendre cette décentralisation possible, ce qui soulève des questions quant à savoir qui contrôlerait en fin de compte cette technologie.
Le pouvoir aux citoyens
Dans son manifeste, Zuckerberg soutient que l’IA avancée devrait avant tout servir à renforcer les individus plutôt que les entreprises, les gouvernements ou une élite technologique. « Les questions déterminantes de notre époque sont les suivantes : qui aura accès à la superintelligence et à quoi la mettrons-nous au service ? Sera-t-elle centralisée et réservée à quelques institutions, ou constituera-t-elle un outil au service de tous ? », écrit-il.
Le paradoxe méta
Zuckerberg propose un équilibre des pouvoirs dans lequel une IA largement répartie empêcherait les institutions individuelles de devenir dominantes. « La clé d’un avenir positif pour tous réside dans la mise en place d’un équilibre des pouvoirs qui favorise les individus. La solution consiste à veiller à ce que la superintelligence soit largement répartie afin de donner du pouvoir aux gens », écrit-il. Mais la démarche qu’il propose ensuite place sa propre entreprise au cœur même de cette solution.
L'ambition de Meta
« Meta est l’entreprise qui se consacre avant tout à la création d’une superintelligence personnelle accessible à tous », déclare Zuckerberg. Sa philosophie repose donc sur un postulat inhabituel : l’une des plus grandes entreprises technologiques au monde pourrait devenir un acteur clé pour empêcher l’IA de devenir excessivement centralisée, alors même que Meta est en concurrence pour développer et commercialiser certaines des technologies concernées.
Une IA qui vous connaît
Zuckerberg imagine que l’IA personnelle sera profondément intégrée à la vie quotidienne. « Chacun disposera d’un assistant personnel extrêmement performant, capable de vous comprendre, de cerner vos objectifs et tout ce qui vous tient à cœur », prédit-il. Cet assistant pourrait apporter son aide dans les domaines des relations personnelles, de la santé, de la carrière, des finances, de la gestion du foyer et des loisirs, conférant ainsi à son utilisateur un rôle potentiellement important dans l’infrastructure qui encadre les décisions quotidiennes.
Accès contre contrôle
Meta prévoit de proposer des versions gratuites de sa technologie à des milliards de personnes, tandis que Zuckerberg promet également de solides mesures de protection de la vie privée. Un tel accès pourrait élargir considérablement la disponibilité d’une IA sophistiquée. Cependant, le fait que des milliards de personnes utilisent la superintelligence ne signifierait pas nécessairement que des milliards la contrôlent. Les modèles, l’infrastructure et les énormes ressources informatiques qui sous-tendent ces systèmes pourraient rester concentrés entre les mains d’un nombre relativement restreint d’entreprises.
Une révolution coûteuse
Cette distinction revêt une importance particulière, car l’IA de pointe nécessite des montants colossaux en capitaux, des puces spécialisées, de l’électricité, des centres de données et une expertise technique. Meta prévoit des dépenses d’investissement comprises entre 115 et 135 milliards de dollars en 2026, ce qui reflète en partie les investissements destinés à soutenir ses ambitions en matière de superintelligence. De tels coûts ne laissent qu’un nombre limité d’entreprises capables de rivaliser au plus haut niveau du développement de l’IA.
La question économique
Zuckerberg prévoit que la superintelligence personnelle pourrait aider les individus à créer des entreprises et à développer de nouvelles compétences, ce qui pourrait potentiellement générer davantage d’emplois plutôt que d’en supprimer. Il envisage également des entreprises de plus petite taille capables de fonctionner à grande échelle avec un effectif relativement réduit. Il n’est toutefois pas certain que suffisamment de nouvelles entreprises et de nouveaux métiers voient le jour pour compenser les pertes d’emploi liées à une automatisation de plus en plus performante.
Des gardiens puissants
Cette concentration ne se limite pas à l’aspect financier. Les grandes entreprises technologiques contrôlent déjà d’importantes plateformes grand public, des infrastructures cloud et d’autres ressources indispensables au développement et à la diffusion de l’IA. Si des milliards de personnes en viennent à dépendre d’un petit nombre d’assistants pour obtenir des informations, apprendre, travailler et prendre des décisions, les entreprises qui développent ces systèmes pourraient conserver une influence considérable sur leur conception, leurs limites en matière de sécurité et leur accès, tout en donnant davantage d’autonomie aux utilisateurs individuels.
La contradiction centrale
Le manifeste de Zuckerberg se retrouve ainsi confronté à sa contradiction fondamentale. Il souhaite que la superintelligence empêche les gouvernements, les entreprises et les systèmes d’IA d’accumuler un pouvoir écrasant, mais la mise en place de cet avenir nécessite des infrastructures dont seules certaines des entreprises les plus riches du monde peuvent se permettre de disposer. Donner accès à l’IA à des milliards de personnes pourrait démocratiser ce que les individus sont capables d’accomplir, mais cela ne démocratise pas nécessairement la propriété. Les entreprises qui développent cette intelligence pourraient rester parmi ses gardiens les plus puissants.