- Les partis veulent tous réduire l'État.
- Les méthodes proposées sont très différentes.
- Le discours sur l'efficacité gagne du terrain.
- Mais que peut-on réellement couper?
- Et si les Québécois voulaient surtout un État plus efficace?
Il y a quelque chose d'assez particulier dans cette campagne électorale. À gauche comme à droite, le mot «État» semble soudainement être devenu trop gros.
Éric Duhaime veut frapper fort avec une réduction de 47 milliards de dollars des dépenses sur cinq ans et environ 20 000 fonctionnaires en moins. Paul St-Pierre Plamondon propose lui aussi une cure minceur, notamment en abolissant Santé Québec et en s'attaquant à certaines structures qu'il juge périphériques. Et maintenant, Christine Fréchette promet à son tour de réduire l'appareil gouvernemental, avec 2900 postes supplémentaires qui pourraient disparaître.
Le plus intéressant n'est donc peut-être plus de savoir qui veut réduire l'État. C'est devenu presque un passage obligé.
La vraie question est plutôt celle-ci: pourquoi cette idée est-elle devenue aussi populaire?
Après des années où les gouvernements ont promis davantage de programmes, davantage d'investissements et davantage de présence de l'État, le discours semble s'être inversé. On parle maintenant de bureaucratie, de dédoublements, de structures coûteuses et de fonctionnaires qu'on pourrait retirer sans toucher aux services.
Même la CAQ, qui a déjà supprimé plus de 5000 postes depuis son engagement à réduire les effectifs, revient à la charge.
Mais derrière les slogans, une question demeure: réduire l'État, oui… mais couper quoi, exactement?

Tout le monde veut couper. Personne ne veut faire mal
Duhaime peut promettre 47 milliards de dollars d'économies tout en assurant qu'il ne touchera ni à la santé, ni à l'éducation, ni à la culture. PSPP peut vouloir abolir Santé Québec tout en présentant sa démarche comme une façon de simplifier l'appareil gouvernemental. Fréchette peut annoncer 2900 postes de moins en excluant elle aussi la santé et l'éducation.
Le message est clair: on peut rapetisser l'État sans rapetisser les services.
Mais c'est justement cette promesse qui mérite d'être examinée de près.
Car si tout le monde peut couper sans que personne ne perde rien, il faut alors se demander: où se trouve réellement l'économie?
Et surtout, qui paiera le prix si les gains d'efficacité promis ne se matérialisent pas?

Le nouveau consensus a ses limites
Il y a quelques années à peine, réduire la taille de l'État était surtout associé à une certaine droite politique. Aujourd'hui, l'idée s'est déplacée vers le centre du débat électoral. Même ceux qui ne proposent pas le même remède reconnaissent qu'il y a quelque chose à revoir dans la machine gouvernementale.
Mais peut-être que le véritable consensus québécois n'est pas de vouloir moins d'État.
Peut-être que les électeurs veulent surtout moins de gaspillage, moins de bureaucratie et davantage d'efficacité.
La nuance est importante.
Parce qu'un État plus petit n'est pas nécessairement un État plus efficace. Et un État plus gros n'est pas nécessairement un État qui fonctionne mal.
Entre les deux, il y a tout le travail que les slogans électoraux permettent difficilement de montrer: quels programmes abolir, quelles structures fusionner, quels services confier au privé, quels postes maintenir et surtout, quels services les Québécois considèrent encore comme essentiels.
La campagne semble donc avoir trouvé sa nouvelle question: jusqu'où peut-on rapetisser l'État sans que les citoyens aient l'impression qu'on leur enlève quelque chose?
C'est probablement là que le véritable débat commence.